LABATUT Lucien

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 28 juin 1879 à Chancelade (Dordogne), mort le 25 octobre 1950 à Aulon (Haute-Garonne) ; négociant ; maire socialiste d’Aulon ; député SFIO.

Fils du maire d’Aulon, Lucien Labatut milita au Parti socialiste dès les années 1910 et fut élu en 1913 conseiller d’arrondissement du canton d’Aurignac par 1 130 voix contre 139. Réélu en 1919, il entra au conseil général en 1922. En décembre 1919, il succéda à son père à la mairie d’Aulon et y resta jusqu’en octobre 1941 il retrouva sa fonction de premier magistrat municipal d’avril 1944 à son décès en octobre 1950.

Après le congrès de Tours (décembre 1920), Labatut resta au Parti SFIO avec la majorité de la Fédération socialiste de Haute-Garonne. Candidat sur la liste socialiste aux élections législatives du 11 mai 1924, il fut élu à la plus forte moyenne. Il recueillit 31,7 % des voix des électeurs inscrits, les trois autres députés socialistes du département, avaient obtenu de meilleurs scores : Vincent Auriol (34,4 %), J. Rieux (32,8 %), Bedouce (32,7 %). Au Palais-Bourbon, le maire d’Aulon fit preuve d’une grande activité parlementaire : il participa aux commissions de l’agriculture, des pensions, de l’hygiène, déposa et rapporta de nombreuses propositions de lois.

Labatut se situait à gauche de la SFIO et la guerre du Maroc l’amena à collaborer avec le Parti communiste. Selon La Voix des Travailleurs du 3 novembre 1926, il fut le « seul socialiste qui vota contre les crédits de guerre » le 9 juillet 1925. Son secrétaire de mairie étant soupçonné de diffuser du matériel de propagande contre la guerre du Rif, la mairie fut perquisitionnée (voir Marcel Bourdages). Labatut réagit énergiquement et organisa avec le PC une réunion publique de protestation, le 25 septembre 1926. Le compte rendu publié dans l’hebdomadaire communiste régional, permet de comprendre ses rapports avec l’extrême gauche : l’orateur communiste Jean Baby « prit la parole pour remercier le député socialiste de son action en faveur des emprisonnés... Notre camarade, après avoir bien séparé les votes du citoyen Labatut de ceux de l’immense majorité des élus socialistes, rappelle que si la répression s’est abattue si violente sur le PC, c’est que celui-ci n’a pas trouvé le soutien sur lequel il était en droit de compter dans l’action des socialistes au Parlement et dans le pays [...] Le citoyen Labatut tient à ajouter quelques mots pour marquer quelques points où il est en désaccord avec notre camarade. Il n’approuve pas la tactique du PC dans son opposition à la guerre du Maroc. Cette tactique risquait, prétend-il, de faire tomber sur les soldats une répression redoutable [...] Il donne enfin son adhésion au Secours rouge [...] Je ne connais pas d’ennemis à gauche, a dit à plusieurs reprises le citoyen Labatut, mais les radicaux avec leurs chefs en tête passés de l’autre côté de la barricade, sont pour moi des ennemis « (3 octobre 1926). Le 10 juillet 1925, il intervint au Palais-Bourbon pour dénoncer la répression dont était victime son secrétaire de mairie et condamner à nouveau la guerre.

Ces prises de position étaient d’autant plus courageuses qu’elles ne favorisaient pas sa situation électorale dans une circonscription de tradition radicale. Quant au PC, il regretta que ce « gauchiste SFIO qui a oublié d’être logique et tient à demeurer député », ne soit pas allé jusqu’à la rupture avec son parti (La Voix des Travailleurs, 10 mars 1928). Aux élections législatives d’avril 1928, Labatut recueillit dans la circonscription de Saint-Gaudens, 27,9 % des voix des électeurs inscrits au premier tour et fut battu au second par le radical-socialiste Hippolyte Ducos (avec 35,1 %). En mai 1932, son score se maintint à 27,6 % ; il se retira au second tour et la plupart de ses électeurs s’abstinrent. Les résultats du premier tour d’avril 1936, donnèrent quelques espoirs (35,1 %), mais les suffrages de droite se reportèrent sur le nom d’Hippolyte Ducos qui fut élu pour la troisième fois. Labatut avait obtenu 40 % des voix des électeurs inscrits. Il fut candidat sans succès aux élections sénatoriales, en janvier 1924 et septembre 1936.

Dans la fédération socialiste de Haute-Garonne, Labatut mena constamment la lutte contre la participation des socialistes aux gouvernements radicaux ; ainsi au congrès départemental de janvier 1930, sa motion recueillit vingt mandats contre trente à une autre proposition antiparticipationniste et soixante-treize à la thèse de Vincent Auriol.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article114822, notice LABATUT Lucien par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 26 novembre 2010.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Nat. F7/13082 et F7/13171. — Arch. Mun. d’Aulon. — La Voix des Travailleurs, 1926-1930. —L’Émancipation (Haute-Garonne), 20 avril 1932.

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