LABOUREUR Pierre, Antoine

Par J.-L. Broilliard, Claude Pennetier

Né le 23 novembre 1892 à Réjat (commune de Guéret, Creuse). Successivement employé aux hypothèques à Guéret, aux Messageries Hachette à Paris, carrier, marchand de vins dans les gares, représentant de commerce. Militant communiste.

Pierre Laboureur se fit remarquer, dès ses jeunes années, par ses idées avancées, ce qui lui fit perdre le modeste emploi qu’il occupait à Guéret et lui valut de passer 24 heures en prison à l’âge de dix-huit ans : il avait en effet placardé une affiche, dépourvue de timbre, dénonçant les sévices dont étaient victimes les soldats des compagnies disciplinaires dans les bataillons d’Afrique. La lecture des écrits de Gustave Hervé inspirait ces options antimilitaristes. Il fit cependant son service militaire qui fut prolongé par la guerre au cours de laquelle les Allemands le firent prisonnier et l’envoyèrent travailler dans une usine de Dortmund. Là, il assista, une certaine nuit, à la remise du pouvoir entre les mains des conseils d’ouvriers par les soldats de la Révolution allemande.

Démobilisé, il trouva un emploi à Paris aux Messageries Hachette. Aussitôt il adhéra à la IXe section du Parti socialiste où l’on discutait passionnément des 21 conditions imposées pour l’adhésion à la IIIe Internationale.

Il revint à Guéret aussitôt après la scission de Tours abandonnant un travail trop dur. Il mena désormais une vie difficile, à demi-clandestine, de révolutionnaire professionnel échappant souvent à la surveillance de la police en allant se réfugier chez les carriers des environs de Guéret qui travaillaient dans les bois. Il devint rapidement le dirigeant communiste le plus en vue du département et succéda à Eugène Lagrange, premier secrétaire fédéral. Le 10 mai 1922 il créa le comité intersyndical de Guéret qui groupait les syndicats CGTU des ouvriers carriers, du Bâtiment, des bijoutiers, des PTT. Pierre Laboureur assurait le secrétariat secondé par Rudolf, secrétaire adjoint et Filloux, trésorier. Le 18 juin de la même année, il fut élu secrétaire adjoint de l’Union départementale de la CGTU avant d’être confirmé dans ce poste en juin 1923 (voir Demay, trésorier, et Adrienne Montégudet, secrétaire).

Le 2 novembre 1923, un rapport interne du Parti communiste annonçait qu’il allait partir à l’école léniniste. Plus tard, lors d’une campagne électorale, ses adversaires affirmèrent qu’il avait suivi les cours de l’école du Parti à Bobigny.

Secrétaire de la Fédération communiste de la Creuse, Pierre Laboureur figurait sur la liste Bloc ouvrier et paysan lors des élections législatives du 11 mai 1924. Il arriva en première position de la liste avec 3 720 voix sur 70 822 inscrits (5,2 %).

En 1925, il fut arrêté à Bourganeuf à la suite d’une réunion publique où il avait incité les militaires à désobéir à leurs chefs. On l’accusa d’avoir conseillé aux épouses d’empêcher leur mari de partir en Afrique assassiner les autochtones. Et il fut condamné à trois mois de prison sans sursis et à 100 francs d’amende malgré la défense vigoureuse de l’avocat local, Camille Riffaterre. Pendant qu’il était incarcéré à la tour Zizim, il fut élu conseiller d’arrondissement du canton de Pontarion avec 725 voix contre 582 à son adversaire. Le préfet déféra cette élection au Conseil d’État qui négligea de s’en occuper. On lui reprochait de ne pas être domicilié dans le canton.

Après sa libération, à la fin d’octobre 1925, il fit un séjour de trois mois à Paris et revint occuper à Limoges le poste de secrétaire politique de la Fédération du Centre-Ouest. Là, il fut chargé plus particulièrement du journal communiste, Le Travailleur du Centre.

Le 22 avril 1928, il fut candidat aux élections législatives de l’arrondissement de Guéret : il obtint 1 723 voix au premier tour. Son maintien, au deuxième tour, eut comme conséquence la défaite du socialiste Bénassay.

Pour des raisons de désaccords politiques et de mésententes personnelles, Pierre Laboureur quitta Limoges. Il pensait avoir trouvé un métier qui lui permettrait d’exercer une activité militante parallèle, celui de marchand de vins ambulant : les wagons-réservoirs étaient acheminés dans les gares et leur contenu versé directement dans les fûts des clients. Ce commerce devint vite trop absorbant, et ne lui laissait plus le temps de militer. Il put cependant conduire la liste BOP aux élections municipales de mai 1929. Le 4 avril 1931, le préfet de la Creuse annonçait que le candidat à l’élection législative partielle dans la circonscription d’Aubusson serait « très probablement » Pierre Laboureur. Il n’en fut rien et aucun communiste ne se présenta. Il repartit à Paris et y resta jusqu’à la veille de la guerre puis se replia sur Excideuil (Dordogne).

Il fut laissé en liberté surveillée pendant la guerre et se retrouva président du Comité de libération du canton d’Excideuil.

Dans sa correspondance de 1974, il ironisait sur « la démocratie avancée » du Parti communiste français et se disait lecteur de Libération (lettre du 4 janvier 1974, en particulier).

Pierre Laboureur mourut le 15 juillet 1983.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article114909, notice LABOUREUR Pierre, Antoine par J.-L. Broilliard, Claude Pennetier, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 24 novembre 2010.

Par J.-L. Broilliard, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Nat. F7/12981, F7/13093, F7/13104. — Arch. Dép. Creuse, I M 201, I M 357, 3 M 307, 3 M 310, 3 M 313, 3 M 316. — Bibl. Marxiste de Paris, microfilms n° 121 et 187. — Le Prolétaire du Centre, 2 juillet 1922. — Le Travailleur du Centre-Ouest, 1925-1928. — L’Humanité, 8 juin 1923. — Témoignage de l’intéressé recueilli par J.-L. Broilliard. — Renseignements recueillis par J. Girault. — État civil de Guéret.

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