LAMBERT Renée, Émilienne, Emma

Par Pascale Le Brouster

Née le 1er août 1918 à Évry-Petit-Bourg (Seine-et-Oise, Essonne), morte le 30 juillet 2008 à Pérenchies (Nord) ; ouvrière modiste, puis mécanicienne en confection, syndicaliste féministe CFTC-CFDT du Nord ; permanente de l’UL-CFTC de Lille (1948-1962) ; membre du conseil de l’UD-CFTC du Nord (1952-1962) ; secrétaire générale de la Fédération CFTC du Vêtement (1958-1964), puis trésorière de la Fédération CFDT HACUITEX (1964-1968) ; membre du conseil confédéral de la CFTC-CFDT (1957-1961, 1963-1967) ; présidente de la commission féminine confédérale CFTC-CFDT (1960-1967) ; membre du Conseil économique et social (1979-1984).

Dernière-née d’une famille de deux enfants, Renée Lambert était la fille d’Émile Lambert, magasinier dans une maison de vente de tissus en gros à Lille (Nord) et d’Emma Leprete, couturière à domicile. Pendant la Première Guerre mondiale, son père fut mobilisé et sa mère se réfugia dans la région parisienne. Ses parents se retrouvèrent à Lille en 1919. Ils étaient tous deux catholiques, mais non pratiquants. Son père, socialiste, fut, entre autres, un fervent défenseur de Roger Salengro. Renée Lambert vécut son enfance à Lille dans un modeste logement, rue de Douai, au premier étage duquel se trouvait « l’atelier » de sa mère qui était également la chambre des deux enfants. Sa mère mourut très jeune en 1930 et elle fut élevée par un oncle et une tante. Renée Lambert fréquenta l’école publique jusqu’à l’obtention du certificat d’études primaires (CEP) en 1932 et, bien qu’issue « d’un milieu plutôt laïque », fit sa communion solennelle. Âgée de quatorze ans, elle voulut alors devenir modiste, ce qui n’était pas sans lien avec le fait que sa mère eût, elle-même, été couturière. Toutefois, le milieu de la mode ayant la réputation d’être « plutôt déluré », ce ne fut pas sans réticences que sa famille accepta son choix. De 1932 à 1948, Renée Lambert eut cinq employeurs. En effet, sa tante pensait qu’en changeant régulièrement de maison, Renée Lambert n’en apprendrait que mieux son métier. Apprentie, puis demi-ouvrière, elle devint donc ouvrière modiste.

Son entrée dans la vie active coïncida avec son engagement au sein de la Jeunesse ouvrière chrétienne féminine (JOCF), puisque ce ne fut que peu de temps après, en 1933, qu’elle devint jociste. En effet, il existait dans son quartier une équipe de la JOCF. Aussi, en tant que catholique et, désormais ouvrière, lui parut-il logique de s’y intégrer. Trois ans plus tard, à la faveur des grèves de juin 1936, elle prolongea son engagement à travers le syndicalisme. En effet, elle adhéra aux syndicats féminins chrétiens de Lille, affiliés et organisés de façon autonome au sein de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) jusqu’en 1944. À cette date, après la suppression de la non-mixité, ils furent dissous dans des syndicats mixtes. Dans l’entretien qu’elle accorda à Christine Bard, Renée Lambert souligna toutefois qu’elle était entrée dans cette structure exclusivement féminine « sans s’en n’être guère aperçue ». En effet, cet « entre femmes » n’était pas sans rappeler le fonctionnement de la JOCF, tout comme le milieu professionnel dans lequel elle travaillait, les ateliers de couture étant à majorité féminine. Mais surtout, plus que la mixité ou la non mixité du syndicat auquel elle adhéra, ce qui importait, pour Renée Lambert, c’était sa participation au mouvement social. Du reste, elle n’eut de réelle activité syndicale que durant le Front populaire, les maisons de couture qui l’employaient n’étant pas un terrain propice au militantisme. Aussi, milita-t-elle essentiellement en tant que jociste. À ce titre, lorsque la guerre survint, elle s’engagea dans des actions de solidarité en faveur des personnes âgées, et ce jusqu’en 1946, date à laquelle elle quitta la JOCF.

Après la Libération, face au chômage que le milieu de la mode connaissait, Renée Lambert souhaita changer de métier. Apprenant que l’Union locale de Lille cherchait une secrétaire, elle rencontra un de ses permanents, Clément Schiettecatte*, qui l’embaucha en juin 1948. De simple syndiquée, elle devint ainsi permanente à l’UL de Lille. Succédant à Maria Engster*, responsable avant-guerre des syndicats féminins de Lille, elle fut chargée du suivi de divers syndicats, majoritairement féminins, dont ceux de l’habillement et du secteur hospitalier. Elle eut également des responsabilités sur le plan interprofessionnel puisqu’elle fut élue au conseil de l’Union départementale CFTC du Nord, lors de son congrès en juin 1952. En 1957, elle entra à la commission administrative de l’UD en tant que vice-présidente, puis devint l’adjointe à la trésorerie de Gaston Tytgat*. Elle occupa ces responsabilités, tant au sein de l’UL qu’au sein de l’UD, jusqu’en mars 1962. À cette date, elle s’installa à Paris afin de pouvoir assumer pleinement les responsabilités fédérales qu’elle avait eues au cours des années 1950. En effet, depuis 1950, elle siégeait au comité régional de la Fédération CFTC du Vêtement et, depuis 1952, à son conseil fédéral. Mais surtout, en 1957, elle avait été élue au conseil confédéral de la CFTC. Un an plus tard, en 1958, elle était devenue secrétaire générale, responsabilité qu’elle occupa jusqu’en 1964. De 1958 à 1964, elle eut à gérer deux questions, d’une part, celle de l’évolution de la CFTC et, d’autre part, celle du regroupement des trois organisations – Vêtement, Textile, Cuirs et Peaux – en une seule fédération. Renée Lambert traita ces deux questions dans le rapport d’activité qu’elle présenta au congrès fédéral de Tourcoing (Nord) en mai 1964. Celui-ci se prononça majoritairement en faveur de l’évolution de la CFTC et proclama à l’unanimité la dissolution de la Fédération du Vêtement. Les 2 470 syndicats représentés adhérèrent à la nouvelle Fédération Habillement-Cuir-Textile (Hacuitex) désormais dirigée par Frédo Krumnow. Renée Lambert siégea dès lors au bureau fédéral d’Hacuitex dont elle fut trésorière jusqu’en 1968. Rare femme chargée de responsabilités au sein de la CFDT, elle demeura également jusqu’en 1967 membre du conseil confédéral (CC) où elle représenta la Fédération du Vêtement, puis Hacuitex. Son élection successive au CC en 1957, 1959, 1963 et 1965 fit de Renée Lambert une exception, puisque celui-ci ne compta que quatre femmes sur quarante-quatre membres en 1957, deux en 1959 et 1963 et, enfin, trois en 1965. À cet égard, si être femme et militante put pour Renée Lambert représenter parfois quelques avantages, comme lors de la grève en 1950 d’une blanchisserie lilloise où, en tant que femme, elle fut la seule représentante syndicale autorisée à entrer dans l’usine, être reconnue et acceptée en tant que telle ne se fit pas sans difficulté. Tel fut, par exemple, le cas en 1961 lors de la grève menée dans un garage lillois où elle dut conquérir sa légitimé auprès des hommes grévistes. Ainsi, sa situation de femme, célibataire, et responsable syndicale, son expérience au sein de la JOCF, des syndicats féminins chrétiens, puis de la CFTC, son vécu dans un milieu professionnel exclusivement féminin étaient autant d’éléments qui conduisirent Renée Lambert à défendre la « promotion féminine » et à s’engager au sein de la commission féminine confédérale de la CFTC-CFDT (CFC).

En effet, du milieu des années 50 à 1967, Renée Lambert fut également membre de la CFC, où elle représentait la Fédération du Vêtement. De 1960 à 1966, elle la présida, Simone Troisgros*, seule femme membre du bureau confédéral de la CFTC-CFDT, en étant secrétaire. Durant sa présidence, la CFC connut un profond renouvellement symbolisé par l’arrivée en 1961 de Jeannette Laot*, alors permanente à la Fédération nationale des Tabacs, Madeleine Délessert*, secrétaire de l’Union départementale du Rhône, et d’Aimée Jeantet*, permanente de la Fédération des Industries chimiques (FIC). Rompant avec le familialisme qui caractérisait alors la commission, ces trois militantes engagèrent l’ensemble de la CFC dans une réflexion de fond sur les problèmes féminins et en firent un instrument à même d’élaborer une stratégie syndicale pour les femmes. Bien que militante majoritaire, défendant initialement une approche plutôt familialiste des rapports sociaux de sexe, Renée Lambert accompagna toutefois la mise en place de cette stratégie. Elle fit ainsi partie de l’équipe restreinte dont la CFC se dota en septembre 1963 pour suivre les questions relatives aux travailleuses, appelée équipe fonctionnelle. Elle y participa aux côtés de Simone Troisgros, Élisabeth Martinie*, Jeannette Laot et Aimée Jeantet. En tant que membre du CC, elle faisait d’ailleurs partie des rares femmes capables de défendre les intérêts des travailleuses dans les instances dirigeantes de la CFTC-CFDT. Renée Lambert prit part aux différents travaux de la CFC, dont l’enquête sociologique menée de 1961 à 1963 sur les femmes au travail, la journée nationale féminine de 6 janvier 1963, pour laquelle elle lança un appel à participation dans Syndicalisme, ou encore la journée nationale féminine du 13 juin 1965. En janvier 1966, pour des raisons d’ordre professionnel et de temps, elle ne reposa pas sa candidature à la présidence de la CFC. Cette fonction fut désormais assumée par Jeannette Laot qui depuis 1961 portait, avec Aimée Jeantet et Madeleine Délésessert, la nouvelle stratégie de la CFC. Renée Lambert continua à représenter Hacuitex à la CFC jusqu’au 23 septembre 1967, date à laquelle Marie-Jo Ayrault*, alors responsable de la branche bonneterie à Hacuitex la remplaça. Après s’être investie dans les événements de Mai 68, Renée Lambert quitta également, à l’automne 1968 le bureau fédéral d’Hacuitex, son mandat de trésorière arrivant à échéance.

Désirant rejoindre Lille, sa région d’origine, elle postula alors à un emploi de mécanicienne en confection, compétence qu’elle avait acquise en 1962 lors d’une formation professionnelle accélérée. En 1970, elle fut ainsi embauchée par la maison de confection, Maniglier, à Fives-Lille, où elle travailla jusqu’à sa retraite en 1983. De 1970 à 1980, elle fut élue déléguée du personnel et membre du comité d’entreprise. À ces titres, elle déploya au sein de son entreprise une intense activité syndicale, se heurtant à l’hostilité du chef de l’entreprise à l’égard du syndicalisme. Au cours de cette période, la section CFDT qu’elle animait apporta notamment son soutien aux ouvrières de la chemiserie Desombre, également à Fives-Lille, qui d’août 1975 à mars 1977 occupèrent leur usine afin de sauver leurs emplois. L’implication de Renée Lambert dans cette lutte de femmes, n’était pas sans lien avec l’action qu’elle avait menée quelques années plus tôt au sein de la CFC. En effet, la grève de Désombre, tout comme celles de LIP et de la CIP, furent autant de luttes durant lesquelles les femmes en posant de nouvelles revendications permirent de redéfinir le champ syndical. En 1979, Renée Lambert devint membre de la délégation CFDT au Conseil économique et social, fonction qu’elle occupa jusqu’en 1984. Cette nouvelle responsabilité la conduisit à déléguer une part plus importante du travail de la section syndicale CFDT à ses coéquipières. Elle conserva toutefois ses fonctions de déléguée du personnel et de membre du CE jusqu’en 1983. À cette date, elle pris sa retraite après avoir consacré la majeure partie de sa vie au militantisme et s’installa à Lambersart (Nord), près de Lille.

Dès qu’elle fut retraitée, elle adhéra au syndicat CFDT des retraités de la région lilloise et participa aux congrès de l’Union régionale interprofessionnelle des retraités (URIR) CFDT Nord-Pas-de-Calais. Adhérente de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité, elle proposa, entre autres, au congrès de 1999 une résolution sur l’orientation allant en ce sens. Toutefois, impliquant un recours éventuel à l’euthanasie, cette résolution ne fut pas retenue. Elle fut également la correspondante de Tous ensemble, journal autour duquel, au sortir du mouvement de social de novembre-décembre 1995, se rassemblèrent les opposants dans la CFDT. En 2002, suite à des problèmes de santé, elle dut quitter son appartement de Lambersart pour s’installer dans une maison de retraite à Pérenchies (Nord) où elle mourut.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article114963, notice LAMBERT Renée, Émilienne, Emma par Pascale Le Brouster, version mise en ligne le 4 mai 2011, dernière modification le 6 septembre 2011.

Par Pascale Le Brouster

ŒUVRE : Renée Lambert, « Pourquoi une journée Nationale féminine », Syndicalisme, 898, 29 septembre 1962, p. 6.

SOURCES : Arch. CFDT : activité du secteur « femmes » (1958-1961) ; activité de la CFC (1961-1970) ; XXXIe congrès CFTC (1961) : résultats du scrutin pour l’élection au CC du 3 juin 1961 ; XXXIIe congrès CFTC (1963) : candidature au CC Catégorie B de Renée Lambert ; XXXIIIe congrès CFTC (1965) : candidature au CC Catégorie A de Renée Lambert. – « Extraits d’un entretien avec Christine Bard », Christine Bard, Paroles de militants, Association 1884-1984, Lille, 1990, p. 10, p. 16, p. 29, p. 53, p. 72-73, p. 91 et p. 124. – Annie Kuhnmunch, Inventaires des archives confédérales de la CFDT. – « L’organisation de la CFTC-CFDT et les congrès confédéraux : fonctionnement des instances confédérales, leurs membres, rapports présentés au congrès », Paris, CFDT-IRES, 2006, p. 49-62. – Notes de Madeleine Singer et d’Yvonne Delemotte.

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