LAGIER-BRUNO Fernand [LAGIER-BRUNO Auguste, Fernand, Henri]

Par Jacques Girault, Jean-Pierre Jaubert, Josette Ueberschlag

Né le 4 juillet 1896 à Vallouise (Hautes-Alpes), mort le 28 mars 1979 à Gap (Hautes-Alpes) ; instituteur ; militant syndical (FUE puis SNI) ; militant communiste ; résistant (maquis de Béassac-Vallouise).

Fernand Lagier-Bruno était le fils cadet d’un couple d’instituteurs, libres penseurs et républicains, qui eut six enfants. Après le brevet élémentaire obtenu en juillet 1913, il intégra l’École normale d’instituteurs de Grenoble (Isère) en octobre 1914. Mais ses études furent rapidement interrompues par sa mobilisation le 8 avril 1915.

Envoyé au front le 30 novembre 1915, dans le 43e régiment d’infanterie, il fut blessé le 15 avril 1916. Muté dans l’aviation le 29 novembre 1917 en vue d’y effectuer une instruction de pilote de chasse, il combattit dans ce corps à partir du 17 juillet 1918 et fut démobilisé le 20 septembre 1919, après 20 mois passés dans des unités combattantes contre l’Allemagne.

Il reprit alors ses études et obtint le brevet supérieur en 1920. Elève-maître à l’ENI de Gap cette fois, il fut reçu la même année au CFEN (examen de fin d’études) et au CAP. Fernand Lagier-Bruno instituteur (->urnommé en famille « Fernand Nathan » par référence professionnelle) succéda à ses parents à Saint-Martin-de-Queyrières (Hautes-Alpes) après un premier poste à Saint-Chaffrey de 1920 à 1923.

Il se maria le 22 août 1925 à Saint-Martin-de-Queyrières avec Jeanne, Élise, Berthe Michel, institutrice, née le 25 novembre 1899 à Gap (Hautes-Alpes), fille de propriétaires. Ils eurent une fille, Rose, Aimée, Micheline née à Saint-Martin-de-Queyrières le 23 juin 1926.

Fernand Lagier-Bruno et son épouse furent de fervents adeptes des techniques pédagogiques de Célestin Freinet qui avait épousé sa soeur cadette Elise. Dans leurs pratiques pédagogiques, ils furent des pionniers, elle dans la pratique du texte libre avec de très jeunes enfants, lui dans le calcul vivant dont il fut probablement le réel précurseur. Dès 1926, le couple favorisa, encouragea et contribua financièrement à la Coopérative d’entraide pédagogique, embryon de la Coopérative de l’enseignement laïc.

Syndiqué à la Fédération unitaire de l’enseignement, il rejoignit en 1936, le syndicat unique des instituteurs dont il fut secrétaire adjoint pour le département jusqu’à sa démission en décembre 1938 provoquée par la couardise de ses camarades à faire grève le 30 novembre 1938. En effet, sur environ 450 syndiqués de la section des Hautes-Alpes, deux seulement dont lui, furent grévistes, tous les autres ayant reculé devant les menaces de l’administration.

D’abord membre du Parti socialiste SFIO, Fernand Lagier-Bruno adhéra en 1932 au Parti communiste. Il fut alors un soutien de poids aux grèves des paysans-ouvriers de l’usine de production d’aluminium à L’Argentière-La Bessée en 1936, puis en 1939.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, à nouveau appelé le 6 septembre 1939 comme pilote de chasse, il fut fait prisonnier et de nouveau blessé – le genou droit transpercé par une balle, le 15 mai 1940 à Liart (Ardennes), ce qui lui valut une invalidité de 30%. Rapatrié d’Allemagne, après plusieurs mois passés en hôpital militaire, il regagna son foyer seulement le 12 avril 1941. Son beau-frère Célestin Freinet, sans nouvelles de lui, durant cette période, alors qu’il était lui-même interné au centre de séjour surveillé de Chabanet en Ardèche, manifesta de l’inquiétude auprès de son épouse Élise : « Fernand, héros de l’autre guerre, a été entraîné encore dans cette fournaise » (lettre à Élise Freinet datée du 4 juin 1940). Au même moment, l’épouse de Fernand Lagier-Bruno détachée à Gap en 1939 (« communiste militante très connue » aux dires du Préfet) se vit signifier un déplacement d’office à Saint-Sauveur près d’Embrun. En effet, le 28 août 1940, s’appuyant sur la circulaire ministérielle du 9 août 1940, l’inspecteur d’académie s’était adressé au Préfet en ces termes : « En dépit de la mesure bienveillante qui lui a permis d’être à Gap en l’absence de son mari mobilisé – communiste comme elle – cette institutrice paraît n’avoir rien abandonné de ses tendances. Si les renseignements particuliers que vous possédez sur elle, confirmaient mes doutes, je crois qu’il y aurait lieu d’envisager sa mutation ».

À son retour, Fernand Lagier-Bruno évita de justesse les représailles de l’administration grâce à la défense de son inspecteur primaire obtenant pour lui, un prolongement de congé de maladie pour incapacité physique due à « sa blessure de guerre avec risque d’amputation ». En effet préalablement, ce dernier avait reçu de la part de l’inspecteur d’académie, une note administrative concernant Fernand Lagier-Bruno, stipulant « qu’en dépit de son passé militaire et de sa valeur pédagogique, j’estime que son maintien dans le département est impossible. Il s’y est révélé un militant extrémiste particulièrement remuant. […] Il a exercé une grande activité politique et syndicale dans le département avant 1939 ; communiste, il a fait la grève du 30 novembre 1938 ». À l’issue de ce congé de longue durée, ayant effectué 28 ans 6 mois de service, Fernand Lagier-Bruno obtint finalement une mise à la retraite anticipée, le 1er mai 1943.

Résistant, alias "Capitaine Vladimir aux cheveux d’argent", Fernand Lagier-Bruno prit le commandement du 11e bataillon FTP du maquis de Vallouise-Béassac le 16 juin 1944, remplaçant Albert Bourges (alias Charles) hospitalisé. Il fut intégré dans les Forces françaises de l’Intérieur. Son épouse Jeanne Lagier-Bruno enseigna durant cette période, aux enfants de déportés, de fusillés et de prisonniers réunis par Freinet dans le grand séminaire de Gap réquisitionné pour l’occasion, sous la direction pédagogique de Marius Pourpe.

Candidat du Parti communiste français aux élections du Conseil général des Hautes-Alpes, le 23 septembre 1945, face au militant socialiste SFIO Aristide de Bardonnèche, il obtint 669 voix loin derrière ce dernier (1 329 voix).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article115390, notice LAGIER-BRUNO Fernand [LAGIER-BRUNO Auguste, Fernand, Henri] par Jacques Girault, Jean-Pierre Jaubert, Josette Ueberschlag, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 29 mai 2021.

Par Jacques Girault, Jean-Pierre Jaubert, Josette Ueberschlag

ICONOGRAPHIE : Jeanne et Fernand Lagier-Bruno en 1926.

SOURCES : Arch. Dép. Hautes-Alpes, 1 T 20 (Fernand Lagier-Bruno) et 1 T 62 (Jeanne Michel, épouse de Fernand Lagier-Bruno). — Registre matricule Gap classe 1916, n°267. — Arch. Dép. Alpes-Maritimes, fonds Madeleine Freinet cote 161 J 64. – État civil de Vallouise. — Madeleine Freinet, Élise et Célestin Freinet. Correspondance 21 mars 1940-28 octobre 1941, Paris, PUF, 2004, p. 119. — Françoise Albarelli, Les militants ouvriers dans les Hautes-Alpes de 1914 à 1940, mémoire de maîtrise en Histoire, 1974, AD 05 cote 4°PIECE 4527. — DBMOF, notice non signée.

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