LAPIERRE Jules

Par Yves Lequin

Né le 12 avril 1873 à Crissey (Saône-et-Loire), mort le 13 février 1933 ; ouvrier traceur sur métaux ; militant syndicaliste et socialiste ; secrétaire adjoint de la CGT.

Domicilié à Versailles (Seine-et-Oise), Jules Lapierre avait adhéré, en 1891, au Parti ouvrier socialiste révolutionnaire de Jean Allemane et avait été un de ses délégués au congrès de la salle Japy en 1899. On ignore s’il fut ensuite membre du Parti socialiste SFIO.

Secrétaire du syndicat des Métaux d’Argenteuil de 1903 à 1910, il fut de 1904 à 1910 secrétaire de la Fédération des syndicats de Seine-et-Oise (fondée en mai 1901) puis de l’Union départementale. Antimilitariste ardent, il était considéré à la veille de la Première Guerre mondiale comme un propagandiste révolutionnaire particulièrement déterminé et actif. Il était l’un de ceux qui avaient mené en province, pour la CGT, la campagne contre la loi des trois ans et présida les travaux de la deuxième journée du congrès extraordinaire contre la guerre tenu à Paris les 24 et 25 novembre 1912.

Pendant la guerre, bien qu’il ait été mobilisé en usine, il continua d’exercer ses responsabilités de secrétaire général adjoint de la CGT ; il se rallia à la politique de Défense nationale prônée par Léon Jouhaux avant de contribuer, après l’armistice, à conserver l’orientation de la centrale syndicale. Son évolution vers le réformisme semble d’ailleurs être inscrite dans celle de Léon Jouhaux lui-même auquel il témoignait admiration et dévouement. S’il abandonna en 1918 le secrétariat de l’Union départementale de Seine-et-Oise, tout en étant en 1924 et 1925 membre de sa commission exécutive, il conserva ses fonctions au bureau confédéral de la CGT. Il y était plus particulièrement chargé de suivre la vie des Unions départementales et, par là, amené à de fréquentes tournées en province où il prenait très souvent la parole dans les réunions et les manifestations. Il collaborait régulièrement au quotidien confédéral, Le Peuple, sur les problèmes corporatifs et aussi, dans les années trente, sur la question spécifique du chômage. Sans être formellement adhérent, c’était un sympathisant du Parti socialiste SFIO.

En novembre 1931, c’est lui qui vint lire le message de la CGT au congrès international d’études pour le désarmement tenu à Paris, qui condamna globalement les adversaires du désarmement, les nationalistes, les gouvernants et les industriels.

André Delmas, qui le connut à la fin de sa vie, dressa son portrait en ces termes : « Il était le type même du militant ouvrier de la période qui avait suivi la scission. Sous-estimant ses capacités, il accomplissait avec une conscience scrupuleuse et une certaine défiance à l’égard de lui-même sa besogne administrative et ses missions en province... j’ai été frappé par le bon sens de cet homme d’expérience... » Jules Lapierre fut inhumé dans un petit cimetière proche de Versailles en février 1933.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article115897, notice LAPIERRE Jules par Yves Lequin, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 18 novembre 2017.

Par Yves Lequin

ŒUVRE : L’Union des syndicats de Seine-et-Oise, brochure éditée par La Vie ouvrière, 1912.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13016, F7/13567, F7/13570, F7/13620. — Arch. PPo. Ba/1686. — Arch. Dép. Seine-et-Oise, M, non classée. — L’Humanité, 21 mai 1909, 10 juin 1910, 8 mai 1911. — La Voix du Peuple, 21-28 juin 1913, juin 1919, juin 1933. — L’Atelier, 1920-1933. — La Révolution prolétarienne, n° 146, 25 février 1933. — Le Travailleur parisien, juillet-août 1932, janvier-mars 1933. — Comptes rendus des congrès syndicaux. — Compte rendu du congrès de la salle Japy (1899). — Compère-Morel, Grand dictionnaire socialiste, op. cit., p. 464. — La CGT, op. cit., pp. 612 et 618. — Le Prolétariat contre la guerre et les trois ans, Paris, Maison des Fédérations, s. d. (1913). — André Delmas, Mémoire d’un instituteur syndicaliste, Albatros, 1979, pp. 325-326. — Annie Kriegel, Aux origines du communisme français, op. cit., pp. 58, 69, 460, 751.

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