LATOUR Émile, Jean

Par Didier Bigorgne

Né et mort à Revin (Ardennes) : 16 octobre 1886-13 mai 1949 ; ouvrier mouleur, représentant de commerce, puis éleveur ; militant socialiste ; maire de Revin (1921-1928) ; conseiller d’arrondissement (1925-1927), puis conseiller général (1927-1928).

Emile Latour était le fils d’Emile Latour ouvrier cloutier, et de Philomène Lechat, sans profession. Il exerçait le métier de mouleur quand il épousa la fille d’un journalier fumacien, Léa Clémentine Quinart, couturière, le 7 février 1910 à Revin.

Emile Latour était membre du Parti socialiste SFIO. Aux élections municipales du 30 novembre 1919, il fut élu conseiller municipal de Revin sur la liste de son parti qui remporta la victoire. Le maire socialiste SFIO, Georges Loth ayant quitté la ville en 1921, Emile Latour lui succéda au poste de maire. Après un nouveau succès socialiste au scrutin municipal des 3 et 10 mai 1925, il fut réélu maire de Revin et le demeura jusqu’en 1928.

Pendant ses mandats municipaux, Emile Latour se distingua par des prises de position pacifiste. En 1923, un comité local d’inspiration socialiste le saisit d’un projet d’érection d’un buste de Jean Jaurès. Son conseil municipal ayant proposé la place de la République pour y dresser le monument, il entra alors au comité d’érection. Le 5 août eurent lieu les fêtes de l’inauguration : Emile Latour présida la cérémonie, le communiste Paul Cadeau et le socialiste SFIO Charles Boutet condamnèrent l’occupation de la Ruhr avant de rendre hommage à Jaurès. En 1925, en signe de protestation contre les guerres de Syrie et du Maroc, le conseil municipal de Revin suivit Emile Latour qui refusait de célébrer le 11 novembre prétextant que « ce jour, date anniversaire de l’Armistice, fête de la Paix, ne peut et ne doit être fêté que lorsque la Paix existera véritablement entre les Peuples, et non pas lorsque le spectre de la guerre menace encore l’Humanité et la Civilisation ». Il décida de n’organiser aucune réception ni fête officielle ; toutefois, il déposa un gerbe au monument aux morts et au pied de la statue de Jaurès.

Entre temps, Emile Latour devint un élu départemental. Après la mort du conseiller d’arrondissement du canton de Fumay, le socialiste Jules Bauduin-Petit, il représenta son parti à l’élection complémentaire des 13 et 20 septembre 1925. Il obtint 1283 voix sur 4027 inscrits et 2721 votants au premier tour ; il fut élu conseiller d’arrondissement au second tour en rassemblant 1595 suffrages sur 2974 votants. Suite au décès d’Henri Dumaine, conseiller général du canton de Fumay en 1927, une élection partielle eut lieu les 20 et 27 février. Emile Latour, qui était alors représentant de commerce et membre de la commission exécutive de la Fédération des élus cantonaux et municipaux socialistes des Ardennes, fut candidat. Il recueillit 1390 voix sur 3185 votants au premier tour pour être élu conseiller général au scrutin de ballottage en réunissant 1503 suffrages sur 3338 votants.

Ce double succès à un an et demi d’intervalle fit d’Emile Latour le candidat naturel du Parti socialiste SFIO aux élections législatives des 22 et 29 avril 1928 dans la circonscription de Rocroi. La défaite fut sévère : éliminé au premier tour avec 1354 voix sur 13352 inscrits et 11868 votants, il fut même devancé par le candidat communiste Pierre Lareppe qui rassembla 1746 suffrages. La dynamique du succès était rompue. Aux élections cantonales des 14 et 21 octobre 1928, Emile Latour perdit son siège de conseiller général en obtenant 1198 voix sur 4115 inscrits et 2971 votants au premier tour, puis 1503 voix sur 3338 votants au second tour.

Après ce nouvel échec, Emile Latour démissionna avec son conseil municipal le 2 novembre 1928. Les élections complémentaires qui suivirent les 16 et 23 décembre à Revin furent défavorables à la liste qu’il conduisait : la liste l’Union républicaine remporta quatorze sièges contre neuf à la liste socialiste SFIO au scrutin de ballottage.

Emile Latour se retira alors sur le plateau de Rocroi et se mit à élever des volailles. Il fut inhumé à Revin. Le Parti communiste, qu’il avait rejoint, lui rendit un hommage solennel, avec un discours du député communiste Pierre Lareppe.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article116206, notice LATOUR Émile, Jean par Didier Bigorgne, version mise en ligne le 22 mars 2018, dernière modification le 22 mars 2018.

Par Didier Bigorgne

SOURCES : A.D des Ardennes 1M38 ; 3M5, 6 et 7. — Archives communales de Revin .— Le Socialiste Ardennais, 1921 à 1928. — La Vie socialiste, 5 mai 1927. — Liberté, 21 mai 1949.— Notes de Jean Garand — Etat civil de Revin.

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