LAUCHE Joseph, Jacques

Par Justinien Raymond

Né le 27 septembre 1872 à Mont-de-Marsan (Landes), mort le 10 novembre 1920 à Paris ; ouvrier mécanicien ; militant socialiste et syndicaliste ; coopérateur ; député de la Seine.

Jacques Lauche (1914)
Jacques Lauche (1914)
cc Agence Meurisse

Aîné de six enfants, Lauche en devint le soutien, à l’âge de treize ans, à la suite de la mort de son père ouvrier. Une enfance rude et besogneuse le condamna à un travail précoce. Devenu ouvrier mécanicien et ayant gagné Paris, il joua un rôle notable dans le mouvement socialiste du XIe arr. Il adhéra en 1889 à la FTSF et opta, lors de la scission de 1890, pour le POSR. Militant syndicaliste, il assura de 1899 à 1906 le secrétariat de l’Union des ouvriers mécaniciens de la Seine et représenta son syndicat à la Fédération des Bourses du Travail. Il assista comme délégué au Xe congrès national corporatif — 4e de la CGT — tenu à Rennes (Ille-et-Vilaine) du 26 septembre au 1er octobre 1898. Il y représentait l’Union des ouvriers mécaniciens de la Seine. Il fut également délégué au XIe congrès, Paris, septembre 1900, où il représenta la Fédération des mécaniciens de France et des syndicats de mécaniciens de différentes villes. En 1901, Lauche représenta encore une fois des syndicats de mécaniciens au XIIe congrès tenu à Lyon — il habitait alors Tarbes (Hautes-Pyrénées). Toujours au même titre, il assista au XIIIe congrès, Montpellier, septembre 1902, et au XIVe congrès, Bourges, septembre 1904.

Lauche se montra hostile à la Fédération de Bourses du Travail et à son leader Fernand Pelloutier. « Il n’y a pas à hésiter à voter la suppression de Pelloutier », déclara-t-il à Rennes en 1898, et il souhaitait « que la Fédération des Bourses disparaisse de la Confédération ». Son syndicat se refusait d’ailleurs à entrer à la Bourse du Travail (cf. c. rendu, p. 129). À Bourges, en 1904, il se déclara évidemment pour la représentation proportionnelle que combattaient les syndicalistes révolutionnaires. « Dans un avenir rapproché, pensait-il, elle s’imposera au monde syndical » (c. rendu, p. 186).

Coopérateur, Lauche appartenait à une des grandes organisations parisiennes, La Bellevilloise, et il travailla à l’organisation du Magasin de Gros des coopératives de consommation. Il était membre, en 1899-1900, du Cercle des coopérateurs du XXe arr., et, en avril 1902, il fut nommé administrateur de La Bellevilloise. Il comptait, en 1909, parmi les fondateurs de la colonie du Parti socialiste « Le Grand Air » à Larmor-Baden (Morbihan). Il fut élu au conseil d’administration de la Bourse des coopératives socialistes en 1909, au congrès de Monthermé, dont il présida une des séances. Employé au Magasin de Gros des coopératives de 1907 à 1910, il représentait cet organisme auprès des sociétés coopératives.

Lauche joua également les premiers rôles sur le plan politique. Ouvrier syndicaliste et coopérateur, il était le type accompli du militant allemaniste solidement amarré à un quartier parisien. Il fut délégué au congrès de Paris, salle Wagram (1900). Après l’unité, il s’imposa dans la Fédération socialiste SFIO. Il la représenta à tous les congrès nationaux, du congrès de fusion à la salle du Globe à Paris (avril 1905) à celui de Saint-Quentin (1911). En 1907, à Nancy, il représenta aussi son département natal des Landes. Il fut candidat aux élections législatives de 1906 dans la 3e circonscription du XIe arr. de Paris où il obtint 3 780 voix sur 15 250 votants. En 1910, il enleva ce siège au scrutin de ballottage par 7 652 voix sur 20 204 inscrits. Il le conserva en 1914 avec 8 234 voix sur 19 154.

Pendant la guerre, il s’affirma jusqu’au bout irréductible partisan du soutien de la politique de défense nationale. Il compta au nombre des quarante élus à protester contre l’idée de la conférence internationale de Stockholm. Il prit position dans la presse contre l’orientation nouvelle du Parti socialiste à la veille des élections de 1919 et, le 16 novembre, mena à la bataille une liste socialiste dissidente de trois candidats opposée à la liste socialiste SFIO de Paul-Boncour : il en fut le seul élu, avec 22 970 voix, sur une moyenne de liste de 21 709. Le congrès national de Strasbourg (février 1920) confirma la sentence d’exclusion prise contre lui par la fédération socialiste de la Seine.

Mais alors, ses jours étaient comptés. Depuis de longs mois, il souffrait d’un cancer : en congé à compter du 30 décembre 1919, il ne reparut pas au Parlement.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article116227, notice LAUCHE Joseph, Jacques par Justinien Raymond, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 22 novembre 2022.

Par Justinien Raymond

Jacques Lauche (1914)
Jacques Lauche (1914)
cc Agence Meurisse

ŒUVRE : Collaborateur de la Voix du Peuple (n° 1, 1er décembre 1900) et de la Revue syndicaliste (n° 1, 15 mai 1905) dont le directeur était Albert Thomas.

SOURCES : Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes III, op. cit., pp. 148, 149, 152, 591 et La France socialiste, op. cit., p. 367. — Comptes rendus des congrès du Parti socialiste.

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