LEBRALY Charles Eugène

Par Jean-Michel Steiner

Né le 1er janvier 1875 à Saint Pompont (Dordogne), mort à Saint-Étienne (Loire) le 24 août 1946 ; électricien, ouvrier immatriculé à la Manufacture National d’Armes de Saint-Étienne, secrétaire du syndicat des personnels civils de la MAS ; conseiller municipal (1919 - 1925) et adjoint au maire de Saint-Étienne (1937 - 1940)

La Manufacture d’Armes de Saint-Étienne à la fin du XIXe siècle Arch. Mun. St-Étienne - VD 13853
La Manufacture d’Armes de Saint-Étienne à la fin du XIXe siècle Arch. Mun. St-Étienne - VD 13853

Fils de Charles Eugène et de Marie Pariset, négociants, Charles Eugène était le dernier d’une fratrie de 6 enfants. Après avoir passé son enfance dans son Périgord natal, il devança l’appel, le 20 septembre 1893, pour intégrer l’école des novices à Marseille. Incorporé au 5° dépôt des équipages le 10 mars 1894, il navigua sur l’Océan (12 avril - 1er juillet 1894), l’Algérisas (1er juillet - 1er décembre 1894), Le Chasseur (1er février 1895 - 10 février 1897) et La Dévastation (10 février - 1er août 1897). Breveté comme “Torpilleur” le 1er décembre 1894, il devint le même jour “Matelot de 2° classe”, puis “Matelot de 1ere classe” le 1er avril 1896.

C’est probablement à la fin des années 1890, après sa période d’engagement sous les drapeaux, qu’il est arrivé à Saint-Étienne pour travailler comme électricien monteur à la Manufacture d’Armes (MAS). Il y fut classé non affecté par les autorités militaires du 13 janvier 1905 au 3 septembre 1915. Le 4 août 1900, il épousa, Marguerite Descours, couturière née à Saint-Étienne le 8 janvier 1880. Le 23 novembre 1900 naquit leur premier enfant, Charles Eugène ; le 29 mai 1913, le second, Fernand Eugène. Depuis son arrivée et jusqu’à la fin de sa vie, Charles Lebraly habita dans le même quartier du canton nord-ouest de Saint-Étienne, proche de la MAS : rue Jacquard (1905), rue Augustin Thierry (1908), rue Bourgneuf (1913), rue de Montaud (1921).

Membre du syndicat du personnel civil de la Manufacture nationale d’armes, Lebraly en fut le secrétaire général de 1906 à 1921, succédant à Simon Chabany (voir ce nom). Il fut membre de la SFIO dès avant la Grande Guerre. Partisan de l’Union sacrée, il accueillit le ministre de l’Armement Albert Thomas (voir ce nom) et s’opposa à l’action des minoritaires dont il craignait qu’ils ne dévoient le mouvement syndical hors du terrain corporatif. Le 29 juillet 1916, lors d’une réunion de la section stéphanoise de la SFIO, il défendit l’utilité de la présence de socialistes au gouvernement. La motion qu’il proposa dans ce sens fut désavouée par 18 voix contre 9. Rappelé au 96e RI de Bergerac le 29 janvier 1917, il fut immédiatement affecté spécial à la MAS.

La situation de plus en difficile que connurent les ouvriers et employés stéphanois dans les deux dernières années de la Grande guerre a contribué à faire évoluer ses vues politiques. En témoigne une lettre qu’il envoya à François Simiand, chef de cabinet d’Albert Thomas, en juin 1917 : « Nous avons dit combien était émouvante la situation de nos malheureux expéditionnaires qui ne peuvent vivre avec le salaire qui leur est donné surtout ceux qui ont des charges de familles et ils sont la majorité. Nous estimons que le sexe féminin qui en général fait fonction de chef de famille a droit aux mêmes égards que le sexe masculin puisque les deux exécutent le même travail dans les bureaux ». Dans une autre lettre datée du 26 février 1918, il dénonça les accusations d’espionnage au profit de l’Allemagne qui pesaient contre certains syndicalistes stéphanois comme « un moyen parmi ceux dont se sert notre Premier [Clemenceau] pour jeter dans les milieux ouvriers une panique pouvant aboutir à des résultats satisfaisants pour lui »

La débâcle essuyée aux élections législatives du 16 novembre 1919 ayant décidé le parti SFIO d’entrer dans la coalition formée par les Radicaux socialistes derrière Antoine Durafour et les Républicains socialistes derrière Louis Soulié, Charles Lebraly fut élu conseiller municipal de Saint-Étienne, le 30 novembre 1919. La municipalité présidée par Louis Soulié comptait 12 républicains socialistes, 12 radicaux, ainsi que 12 SFIO dont Ferdinand Faure (voir ce nom) et Jacques Le Griel (voir ce nom). En 1920, il rejoignirent le Parti communiste, comme toute la fédération SFIO de la Loire.

Le 10 décembre 1919, Lebraly fut élu parmi les délégués du conseil municipal stéphanois aux élections sénatoriales, puis, le 30 décembre, dans plusieurs commissions générales permanentes : Bourse du Travail & fonds de chômage ; Musée, bibliothèque et conservatoire ; Ravitaillement & logements ouvriers. Le 29 février 1920, il présenta un vœu « pour l’attribution directe, sans intermédiaire, des commandes de l’État à la Manufacture d’Armes de Saint-Étienne ». Le 28 décembre 1923, il s’associa à Antoine Durafour pour protester « contre les conditions de salaires faites au personnel ouvrier de la MAS [qui] ne correspondent ni au coût de la vie, ni à la moyenne des salaires pratiqués dans les corporations similaires ».
Il fut nommé membre du comité départemental de la Loire par arrêté préfectoral du 13 octobre 1920 comme représentant de la municipalité de Saint-Étienne, nomination renouvelée par arrêtés préfectoraux des 10 mai 1921 et 4 janvier 1926, en tant qu’un des cinq représentants du personnel de maîtrise ou ouvriers des établissements industriels ou commerciaux. Délégué cantonal Lebraly a appartenu aux comités d’enseignement de l’École Pratique d’Industrie avant de devenir administrateur de l’École Nationale Professionnelle (devenue lycée Technique et Professionnel Étienne Mimard) dès sa création, en 1927. Il fut, durant les années 1920, membre de la commission locale professionnelle de Saint-Étienne, une instance chargée de la gestion et organisation des cours professionnels municipaux pour apprentis. Il fut aussi membre du conseil d’administration de l’Office communal des HBM, administrateur de la Banque populaire et de la société coopérative l’Union des Travailleurs.

En 1923, avec Ferdinand Faure et plusieurs autres membres fondateurs (Vital Descos), Charles Lebraly quitta la fédération SFIC de la Loire pour rejoindre le Parti communiste unitaire dont il devint membre du bureau départemental. Transformée en Union Socialiste Communiste (USC) cette organisation présenta lors des élections municipales de mai 1925, une liste conduite par Vital Descos (voir ce nom) sur laquelle Lebraly figurait en 4° position. Louis Soulié et les Républicains socialistes ayant remporté le scrutin et gagné tous les sièges, Lebraly ne participa plus au conseil municipal. Lorsqu’en 1927 l’USC de la Loire décida de retourner à la SFIO, Charles Lebraly fut élu au bureau de la section stéphanoise le 14 octobre. Il ne figura sur aucune liste lors des scrutins municipaux de 1929 et 1930.

Choisi par le Conseil municipal pour le représenter à la Caisse d’Épargne, il était devenu secrétaire du conseil des directeurs. À l’occasion du centenaire de l’établissement Charles Lebraly fut proposé par le président du même conseil, le 27 septembre 1933, pour la croix de la Légion d’Honneur. La proposition fut fortement appuyée le 3 octobre par le directeur du quotidien La Tribune Républicaine, l’ancien maire Louis Soulié qui écrivit alors au Préfet : « Pendant la guerre, il a rendu à la Défense nationale des services de premier ordre, ainsi qu’en témoignent des lettres de M Albert Thomas, ministre de l’Armement ». Le 1er janvier 1934, Lebraly fut nommé Chevalier de la Légion d’Honneur.

Il revint à la politique au moment des élections municipales de 1935, quand Louis Soulié le plaça sur sa liste “d’Union socialiste et de défense républicaine” dès premier tour. L’alliance de Front populaire que les Républicains socialistes formèrent au second tour avec la SFIO de Ferdinand Faure et le PCF de Barthélémy Ramier (voir ce nom) ayant permit la victoire de la gauche, Soulié redevint maire et Charles Lebraly fut élu conseiller municipal. D’abord conseiller délégué, il fut élu adjoint le 30 novembre 1937, en remplacement de Mathieu Bory. Après le pacte germano soviétique, Louis Soulié, révoqua les communistes et forma une nouvelle majorité avec la seule SFIO. Ferdinand Faure, succédant à Soulié mort le 8 septembre 1939, confirma Charles Lebraly comme 6° adjoint.

Le 30 octobre 1940, avec Ferdinand Faure et tous ses collègues il fut révoqué de ses fonctions municipales par le Gouvernement Vichy.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article116744, notice LEBRALY Charles Eugène par Jean-Michel Steiner, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 19 janvier 2021.

Par Jean-Michel Steiner

Charles Lebraly vers 1935. Arch. Mun. St-Étienne
Charles Lebraly vers 1935. Arch. Mun. St-Étienne
La Manufacture d'Armes de Saint-Étienne à la fin du XIXe siècle Arch. Mun. St-Étienne - VD 13853
La Manufacture d’Armes de Saint-Étienne à la fin du XIXe siècle Arch. Mun. St-Étienne - VD 13853

SOURCES : Arch. Nat. : AN 94 AP 137 - Arch. Dép. Dordogne : 5 E 485/11, Saint-Pompont, naissances ; 02 R 0769, matricule classe 1895, circ. Bergerac ; 6MI140, recensements (1886) - Arch. Dép. Loire : 1 M 509, SFIO (1915-1930) ; 1 M 660, dossier Légion d’Honneur - 92 M 242, 92 M 247. - Le Peuple de la Loire, 5 février 1922. - Le Réveil du Peuple, 21 janvier 1923 - Arch. Mun. Saint-Étienne, 3 E 109, mariages (juillet - décembre 1900) ; 2 E 130, naissances (juillet - décembre 1900). ; 1913 2 E 155, naissances (janvier – juillet 1913) ; recensements canton nord-ouest, 1 F 38 (1911) & 1 F 42 (1921) - Bulletins du conseil municipal 1920 à 1924 (9 C 2 41 à 45) & 1935 à 1940 (9 C 2 56 à 61) - VD 13853, vue aérienne de la MAS (1895) - Notes d’Antoine Vernet.
BIBLIOGRAPHIE : MORTAL Patrick, Les armuriers de l’État, du Grand Siècle à la globalisation. 1665-1989. Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2007, nouvelle édition [en ligne], consulté le 7 janvier 2021 - GRAZIOTIN Alban & VERNET Antoine, « Le bassin stéphanois durant la Première Guerre mondiale », Colloque international 1914-1918. Mains-d’œuvre en guerre. Régulations, territoires, recompositions, 18 & 19 mai 2015. - STEINER Jean-Michel, « Le congrès de Tours vu du Forez. Les débuts chaotiques de la Fédération communiste de la Loire (1917 - 1923),” VI° Rencontres d’histoire ouvrière de Saint-Étienne, 23 janvier 2020 inédit – STEINER Jean-Michel, “De la défense républicaine à l’antifascisme : les proclamations de début de mandat de Louis Soulié, maire de Saint-Étienne”, Patrimages, n°1, Sous le regard de l’homme de bronze, Saint-Étienne, PUSE, 2000, p. 117-146 - LUIRARD Monique, La Région stéphanoise dans la guerre et dans la paix (1936-1951), Thèse, Saint-Étienne, 1980.

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