LEDIN Benjamin, Henri

Par Yves Lequin, Justinien Raymond et Jean Lorcin

Né le 22 mars 1870 à Saint-Étienne (Loire), mort le 30 octobre 1935 ; ancien pasteur protestant, poète et chansonnier stéphanois ; militant socialiste SFIO ; secrétaire de l’Action ouvrière et paysanne, organe socialiste de la Loire avant 1914 ; directeur-fondateur de La Flamme (1917-1922).

Moins en vue que son frère Jules, Benjamin Ledin a tenu cependant une grande place dans le mouvement ouvrier stéphanois, au carrefour des différentes tendances révolutionnaires. Doué pour l’étude, il avait attiré l’attention du pasteur protestant qui souhaita l’envoyer à Paris étudier la théologie. Il refusa, resta à l’atelier familial de passementerie, ne voulant pas laisser à son frère Jules le soin de subvenir seul aux besoins de la famille privée de son soutien naturel. Mais tout en gagnant son pain et celui des siens, il continua à étudier et, à vingt et un ans, après son mariage, il partit pour Paris et y devint évangéliste, exerçant notamment son ministère dans le Nord. Le comportement de certains de ses supérieurs en religion, le contact avec la philosophie positiviste, l’exemple de son frère Jules le conduisirent au socialisme révolutionnaire ; il regagna alors Saint-Étienne.

En 1895, Benjamin Ledin était un des principaux dirigeants du cercle « La lutte des classes », dirigé par Soulageon et qui rassemblait les socialistes stéphanois, proches de Jules Guesde et, surtout, hostiles à l’opportunisme et au modérantisme du Parti ouvrier local ; en mai, il fit sécession avec Argaud pour fonder « l’Avenir », une formation qui devait accorder un plus grand rôle à l’approfondissement théorique, et, en même temps, créa l’Union de la jeunesse socialiste stéphanoise pour grouper les éléments jeunes des diverses obédiences révolutionnaires, tant anarchistes que socialistes. Benjamin Ledin semble avoir été à l’époque d’esprit libertaire ; dès le début de son action, on trouvait les deux tendances qui devaient marquer l’ensemble de son action : nécessité des études théoriques, refus du compromis et pureté révolutionnaire. Le 14 juillet 1895, il organisa une petite démonstration pour rappeler le sens d’un anniversaire escamoté par les autorités officielles ; il fut, un certain temps, dépositaire du Peuple de Lyon. Un peu plus tard, il alla fonder une filiale de son organisation à la Talaudière, « Les Temps nouveaux ». En 1901 et 1902, il donna son appui au blanquiste de Roanne Buffin qui s’attachait à fédérer dans le plan régional les groupes de jeunes révolutionnaires.

En 1900, il était l’un des rares socialistes stéphanois à condamner la participation ministérielle et semble s’être alors rapproché des syndicalistes révolutionnaires ; en effet, en avril 1901, il fit avec eux une tournée de propagande, à Saint-Chamond, notamment. Surtout, Benjamin Ledin qui avait, de son passé religieux, « gardé le verbe enflammé des prophètes de l’au-delà » (commissaire spécial au préfet de la Loire, 24 octobre 1900, Arch. nat. F 7/12 499) devint le secrétaire du sous-comité de la grève générale de Saint-Étienne. Après avoir collaboré en 1899 au Cri du peuple de Lyon, il publia le 14 juillet 1901 Le Drapeau rouge, organe des jeunesses syndicalistes révolutionnaires du Sud-Est. En septembre 1901, il assista au XIIe congrès national corporatif — 6e de la CGT — qui se tint à Lyon et c’est lui qui donna lecture du rapport élaboré par la commission sur la grève générale (cf. c. rendu, pp. 169-171).

Après 1905, il adhéra à l’unité, tout en gardant des liens avec les libertaires de la CGT. Vers 1910, il était encore un des conférenciers les plus appréciés de leur groupe « Germinal ». En 1908, il était secrétaire de la mairie de La Ricamarie, qui possédait la seule municipalité du Parti socialiste SFIO de la Loire ; on le jugeait alors le principal responsable de la solide implantation locale des unifiés. Il fut délégué au congrès socialiste national de Paris, en juillet 1910, et joua en 1913 un rôle très important dans la lutte contre la loi de trois ans dans toute la région industrielle des vallées du Gier et de l’Ondaine. Il était aussi un des orateurs les plus ardents de la Libre Pensée et de la Ligue des droits de l’Homme.

Benjamin Ledin était secrétaire du journal socialiste SFIO l’Action ouvrière et paysanne. Il animait, avec tous les membres de sa famille, ses enfants en tête, les groupes artistiques fondés par les syndicats et les groupes anarchistes. Son fils Aimé et sa fille, surnommée « la Vierge rouge », adhérèrent au Groupe libertaire stéphanois après la guerre.

Candidat du socialiste unifié. dans la deuxième circonscription de Montbrison aux élections législatives de 1914, il n’obtint au premier tour que 648 voix sur 17 517 suffrages exprimés.

À la déclaration de guerre, Benjamin Ledin fit solennellement et publiquement, avec la section socialiste stéphanoise, allégeance à l’Union sacrée dans une lettre ouverte adressée au préfet de la Loire. Combattant, blessé de guerre, décoré de la Croix de guerre, il n’en fit pas moins figure de minoritaire « zimmerwaldien » à compter de 1917, date à laquelle il fonda l’hebdomadaire la Flamme et fit partie du comité de défense sociale ainsi que des Amis de « Ce qu’il faut dire », un périodique anarchiste de tendance anarchisante.

Il fut secrétaire général, dans la Loire, de la Fédération des gauches, fondée en 1918 devant la menace que représentait pour le régime républicain la politique de provocation de Clemenceau illustrée par l’affaire d’espionnage de Saint-Étienne : la grande presse conservatrice tentait de discréditer le mouvement ouvrier stéphanois en l’accusant d’avoir trempé dans une soi-disant affaire d’espionnage allemand. Idéaliste avant tout, Ledin participa également à la Ligue de défense républicaine de Recourat (de la Ligue des droits de l’Homme) qui devait organiser des meetings en faveur des thèses du président Wilson (voir Urbain Thévenon). Il fut également contre l’intervention en Russie.

Candidat du Bloc républicain des forces de gauche dans le Sud-Est de Saint-Étienne, sur la liste présidée par Antoine Durafour, Ledin alors cafetier, rue Robert, fut élu conseiller municipal en 1919.

Resté à « la vieille maison » fin 1920, Benjamin Ledin s’efforça de faire adhérer au Parti socialiste SFIO les membres du cercle de la rue Brossard dont il faisait également partie, sans pour autant rompre leurs liens privilégiés avec la Ligue de la République. Les relations « assidues » de Benjamin Ledin avec Albert Sérol expliquaient cette initiative. Le 6 octobre 1922, la section stéphanoise du Parti socialiste SFIO annonça sa reconstitution avec, à sa tête, Antoine Staron, ex-conseiller d’arrondissement, François Chassagneux et Benjamin Ledin qui en était l’archiviste. Elle promettait de « travailler à la réalisation du front unique du prolétariat » en vue des élections législatives de 1924. Cependant, la majorité du cercle de la rue Brossard, représentée au congrès de la Fédération républicaine et socialiste de la Loire, le 5 novembre 1922, avait refusé de suivre Ledin et Chassagneux. Le congrès unanime décida d’adhérer à un nouveau parti, le Parti socialiste français, plus conforme à la ligne de la Ligue de la République : c’est ainsi que le PSF s’éleva à la fois contre le Bloc National et contre le Bloc des gauches. Benjamin Ledin assista à ce congrès pour passer les pouvoirs : il perdit la direction du journal la Flamme qu’il avait fondé et qui allait désormais, sous la houlette de Forissier, soutenir le point de vue du PSF.

Ledin fut réélu conseiller municipal de Saint-Étienne en 1923 et en mai 1925. Candidat sous l’étiquette SFIO aux élections législatives de 1928 dans la 3e circonscription de Saint-Étienne, il obtint au premier tour 571 suffrages sur 20 346 votants, contre 1 469 à Drivon, présenté par le Parti socialiste SFIO par suite de la dissidence de la section stéphanoise dirigée par Staron et dont faisait partie Ledin, 2 627 au candidat communiste Gaston Brouillard. Benjamin Ledin se retira au second tour.

En 1930, une affaire de terrains municipaux qui opposa le maire républicain-socialiste de Saint-Étienne, Louis Soulié, à son colistier radical Antoine Durafour, provoqua au sein du conseil municipal une crise qui amena sa dissolution. Benjamin Ledin s’était associé à la motion des conseillers socialistes SFIO dégageant la responsabilité du Parti socialiste dans une affaire relevant de « la concurrence d’intérêts capitalistes », mais il refusa de suivre sa section lorsqu’elle présenta, ensuite, une liste indépendante du Bloc républicain socialiste, dirigée contre Soulié : Ledin affirma solennellement sa solidarité avec le maire sortant et exprima son désaccord avec la section stéphanoise du Parti socialiste en refusant de se présenter de nouveau, après dix ans de mairie et d’administration des hospices.

« Sans esprit de parti, idéaliste, large d’idées, selon Urbain Thévenon, il a tenu avec sa famille, une grande place dans le monde ouvrier de la région. » Benjamin Ledin représente un type original de militant, intellectuel en partie autodidacte, resté très profondément lié à la classe ouvrière, et remarquablement fidèle à quelques idées forces à travers des groupes successifs d’obédience idéologique diverse.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article117031, notice LEDIN Benjamin, Henri par Yves Lequin, Justinien Raymond et Jean Lorcin, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 29 décembre 2019.

Par Yves Lequin, Justinien Raymond et Jean Lorcin

SOURCES : Arch. Nat., F 7/12 499. — Arch. Dép. Loire, 3 M 55, 3 M 66, 3 M 69-70, 6 M 53 bis, 10 M 187, M 540-541., 10 M 21, 10 M 83, 10 M 94, 10 M 108, 10 M 139, 10 M 158, 92 M 23, 93 M 11 et 93 M 56.— Notice rédigée par Urbain Thévenon. — État civil de Saint-Étienne. — Bulletin municipal, Saint-Étienne, séance du 10 mai 1925. — La République, 31 mai 1930. — La Tribune républicaine, 1919-1930. — Le Nouvelliste de Lyon, 13 août 1925.

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