LE GALL Jules

Par René Bianco

Né le 13 décembre 1881 à Brest (Finistère) ; ouvrier à l’Arsenal, libraire, puis quincaillier ; militant anarchiste et syndicaliste.

Intervenant au cours du procès qui l’avait mené en cour d’assises (1907), Jules Le Gall déclarait : « Je ne suis ni un saint ni un sanguinaire, je suis tout simplement révolutionnaire et je le revendique. Je suis révolutionnaire parce que j’ai souffert, parce que j’ai vu les gens souffrir, parce que je vois partout souffrir. Lorsqu’à l’âge de dix ans je perdis mon père, j’ai su ce qu’était la souffrance. »

Le dossier constitué pour son passage en cour d’assises confirmait ses dires : « C’est un travailleur et un laborieux. Et c’est aussi un homme de cœur qui fut l’unique soutien de sa grand-mère et de sa mère, sans parler de son frère infirme. »

Jules Le Gall travailla d’abord à l’Arsenal, comme chaudronnier dans le même atelier que Victor Pengam. Militant syndicaliste, il devint, en 1905, secrétaire de la Bourse du Travail. Il fut délégué aux XIVe et XVe congrès nationaux corporatifs — 8e et 9e de la CGT — Bourges, septembre 1904 ; Amiens, octobre 1906.

Le 29 août 1907, il était arrêté pour excitation au meurtre et au pillage à la suite d’un discours jugé subversif le 1er mai 1907. Il subit, pendant soixante jours de prévention, la rigueur du droit commun à la prison du Bouguen à Brest, avant d’être jugé par la cour d’assises de Quimper où il fut défendu par Me Lévy-Oulmann. Il fut condamné à trois mois de prison sans sursis (28 octobre 1907).

À son retour à Brest, le 1er décembre 1907, il fut l’objet, à la gare, d’une manifestation de sympathie. Des mesures d’ordre importantes avaient été prises. Quelques légères bousculades eurent lieu à la gare. Congédié de l’Arsenal à la suite de cette condamnation, Jules Le Gall devint le gérant d’une librairie coopérative, fondée, en partie, à l’aide du produit d’une tombola organisée par un comité présidé par Victor Pengam (1908).

Il abandonna alors le syndicalisme pour l’action politique, créant le groupe révolutionnaire « La Guerre sociale », qui vécut deux ans. Il collabora au Prolétaire breton et devint un ardent propagandiste de la grève générale et de l’insurrection. En 1911, il animait le groupe libertaire « Les Temps nouveaux ». Dans l’intervalle, il avait été candidat aux élections législatives de Brest, 2e circonscription (24 avril 1910). Conseiller municipal, il était, en 1912, adjoint au maire de Brest.

Jules Le Gall tint par la suite une quincaillerie. Un rapport de police de 1920 le caractérisait ainsi : « Éducateur de la jeunesse syndicaliste, anarchiste, orateur violent. »

Au cours de l’entre-deux-guerres il fut président du Comité de défense sociale, écrivit quelques pièces de théâtre interprétées par une troupe locale de militants et ne cessa de s’intéresser aux luttes sociales, collaborant notamment de 1925 à 1935 au Libertaire, organe hebdomadaire de l’Union anarchiste.

Arrêté par la police allemande à son domicile, à Recouvrance (un quartier de Brest), en juillet 1941, il fut incarcéré à la prison maritime de Pontaniou, transféré ensuite à Nantes puis à Amiens et de là, déporté à Buchenwald où il trouva la mort.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article117229, notice LE GALL Jules par René Bianco, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 29 octobre 2012.

Par René Bianco

ŒUVRE : Manant voici le soleil (revue présentée à la Maison du Peuple à Brest).

SOURCES : Arch. Nat. BB 18/2272, F 7/13/567 et 13 602. — Arch. Dép. Finistère série M non classée. — État civil de Brest. — La Guerre sociale, 30 octobre 1907. — Le Réveil du Finistère, novembre 1907. — Messidor, 2 décembre 1907. — L’Égalitaire, 10 novembre 1907. — Le Semeur, 9 janvier 1908. — L’Humanité, 23 et 30 octobre 1907. — G. Baal, La Bourse du Travail de Brest, 1904-1914, Mémoire de maîtrise, 1971 (CHS). — La personnalité de Jules Le Gall est évoquée avec une photographie dans René Lochu, Libertaires, mes compagnons de Brest et d’ailleurs, Éd. La Digitale, Quimperlé, 1983, 210 p.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément