LE GUILLERMIC Victor, Marie

Par Jean-Jacques Doré

Né le 30 avril 1885 au Havre (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), mort le 23 décembre 1971 à La Remuée (Seine-Maritime) ; charpentier en navires ; secrétaire du syndicat unitaire (CGTU) des Métaux du Havre en 1923 et 1924, secrétaire adjoint de l’Union locale en 1924 et 1925 ; anarcho-syndicaliste ; communiste.

Fils d’un journalier, Victor Le Guillermic, abandonné par ses parents, fut élevé à l’hospice du Havre. Domestique dans une ferme de Saint-Vincent-de-Cramesnil près du Havre dès l’âge de treize ans, il fut embauché comme apprenti charpentier en navires en 1905 et se maria au Havre en 1909 avec Anne Aurégan ils habitaient alors 116 rue Demidoff. Mobilisé en août 1914 dans l’artillerie à cheval, il fut réformé pour bronchite chronique et affecté spécial à l’usine Le Nickel du Havre en 1915.

Dès le mois d’août 1916, il participa à la renaissance du syndicat CGT des Métaux du Havre et fut signalé par la police en 1917, comme l’un des animateurs de la minorité révolutionnaire de l’organisation. Le 3 février 1918, le bureau majoritaire de Bouty et Le Chapelain fut renversé par des minoritaires déclarés conduits par Gaston Patou (secrétaire), Louis Legrain (secrétaire adjoint), Marcel Boulard (trésorier) et Claude Berthelon (trésorier adjoint) et une commission administrative de huit membres dont Georges Souday passait pour "le véritable promoteur du mouvement". Lorsque la nouvelle équipe annonça son intention d’adhérer au Comité de défense syndicaliste (CDS), les autorités militaires réagirent et plusieurs de ses membres furent déplacés en mai 1918.

En avril 1916 s’était fondé à la Bourse du Travail de Paris le Comité de défense syndicaliste ouvert aux syndicats opposés à la guerre et à l’Union sacrée. Dirigé par Aimée Rey puis Raymond Péricat, plusieurs syndicats du Bâtiment et de la Métallurgie de la Seine et de la Loire y adhérèrent en 1917.

Même s’il restait dans l’anonymat des 4 500 militants (8 000 selon Hélène Rannou) du syndicat des Métaux, Le Guillermic toujours considéré comme un meneur, était l’objet d’une étroite surveillance ; lors des grèves nationales de mai 1920, il fut emprisonné quelque temps pour "entrave à la liberté du travail".
Membre du Parti communiste et de l’ARAC dès 1921, il fut l’un des fondateurs du CSR du Havre le 28 décembre 1920.

Au lendemain du congrès confédéral de Lyon (septembre 1919), les minoritaires de la CGT, prônant l’adhésion à la IIIe Internationale, organisèrent les Comités syndicalistes révolutionnaires dont l’objectif était de conquérir les directions des Fédérations, Unions et syndicats.

Il devint, en 1922, correspondant de la Vie ouvrière. Ayant participé activement à la grève, comme bras droit d’Henri Quesnel, il fut arrêté le 20 août 1922 pour incitation à la révolte et provocation de militaires à la désobéissance, ce qui lui valut une inscription au carnet B de la Seine-Inférieure le 7 février 1923.

Le 3 juin 1923, il remplaça Henri Quesnel au secrétariat des Métaux du Havre assisté de Louis Limare (secrétaire adjoint), Louis Costé (trésorier) et Henri Deschamps (trésorier adjoint). Resté viscéralement anarcho-syndicaliste, il claqua la porte du PCF en décembre et dut faire face à l’opposition des unitaires orthodoxes conduits par Henri Gautier et André Le Gall. Mis en minorité le 1er juillet 1924, il fut contraint de démissionner mais le 1er juin, il avait rejoint le bureau de l’Union locale unitaire qui comprenait Jean Le Gall (secrétaire), Victor Le Guillermic (secrétaire adjoint), Henri Lambert (trésorier) et Louis Allinmat (trésorier adjoint).

Le 12 octobre 1925, il fut congédié des Chantiers de la Méditerranée pour propagande syndicale, en dépit d’une grève de solidarité déclenchée par 160 des 700 ouvriers de l’usine, la décision fut maintenue. Réélu secrétaire adjoint de l’Union locale le 7 juin 1925, il fut l’un des principaux artisans de son passage à l’autonomie en janvier 1926. Ainsi, trois Union locales concurrentes coexistaient désormais au Havre l’UL CGT dirigée par Georges Cupillard, l’UL unitaire dont le secrétaire était Henri Gautier et l’UL autonome de Jean Le Gall.

Embauché comme docker sur le port du Havre, il prit sa carte au syndicat autonome, mais son influence y était nettement moins grande que chez les métallos, aux élections syndicales du 9 avril 1933, 739 voix seulement se portèrent sur son nom contre plus de 1 500 au secrétaire sortant Augustin Thomas.

Élu membre de la commission administrative du syndicat des Dockers en avril 1935, il se vit confier la gérance de Vérités succédant Louis Manoury, malade. Confirmé dans ses fonctions après la fusion des trois Unions locales le 15 janvier 1936, Vérités devint sous sa houlette un mensuel syndical de grande qualité largement diffusé dans l’agglomération havraise jusqu’en 1939.

En 1936, il fut embauché comme technicien à la manufacture des tabacs du Havre et rejoignit le syndicat CGT. En 1938 il fut élu secrétaire du cadre de fabrication et secrétaire adjoint du syndicat général dirigé par Georges Barbier.

En 1946 il fut muté à la manufacture des tabacs de Limoges (Dordogne).,

Remarié à Amiens (Somme) avec Berthe Martin le 29 décembre 1917, Victor Le Guillermic mourut à La Remuée à côté de Saint-Romain-de-Colbosc (Seine-Maritime) le 23 décembre 1970.
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Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article117424, notice LE GUILLERMIC Victor, Marie par Jean-Jacques Doré, version mise en ligne le 12 décembre 2020, dernière modification le 25 janvier 2021.

Par Jean-Jacques Doré

SOURCES : Arch. Nat. F7/13519, rapport du 11 décembre 1917. — Arch. Dép. Seine-Inférieure, 10 MP 1410 bis Syndicats dissous après 1936, Sûreté générale rapports sur les dockers du Havre non classés, 4 MP 2885 Fiches individuelles de militants syndicaux, 1 MP 343 Dossiers individuels des membres du PCF de L à Z, 2 Z 153, 10 RP 78, État civil, Registre matricule militaire. — Direction des affaires sociales de la préfecture, dossiers non versés aux archives. — Vérités, 1933-1939.

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