LEJARD Gabriel , Jean, Léon

Par Pierre Lévêque, Jean Belin

Né le 5 juillet 1901 à Barges (Côte-d’Or), mort le 2 novembre 1988 à Dijon (Côte-d’Or) ; ouvrier métallurgiste ; syndicaliste CGT de Côte-d’Or ; militant libertaire puis communiste ; résistant au sein du Front national (FN) ; déporté à Auschwitz ; secrétaire général de l’Union Départementale CGT de Côte-d’Or ; président de la FNDIRP de Côte-d’Or

La mère de Gabriel Lejard, Jeanne Augustine Chevalier, fut bonne à tout faire ; son père, Auguste Lejard, employé à la Compagnie du PLM, eut les deux jambes sectionnées dans un accident du travail et devint épicier à Barges. Il fut élu conseiller municipal de cette commune sur la liste socialiste sans adhérer au parti. Les parents, libres penseurs, eurent trois fils dont l’un fut tué pendant la Première Guerre mondiale. Après avoir été élève de l’école primaire, Gabriel Lejard entra en 1913 à l’école pratique de Dijon pour un apprentissage d’ajusteur, mais en fut retiré dès 1916. Embauché dans une forge à Saulon-la-Rue (Côte-d’Or), mais pas pour le métier qu’il apprit, il décida de partir à Lyon en 1917, où il connut un milieu révolutionnaire composé de nombreux affectés spéciaux parisiens. En février 1918, il adhéra aux Jeunesses socialistes et au syndicat CGT des métaux (voiture et aviation). Rapidement il fut déçu par les JS et adhéra au groupe libertaire. Il se livra à cette époque à de nombreuses lectures, celles en particulier des journaux, tel La Vague, et participa au début de 1918 aux grèves contre la guerre à Lyon. Après l’armistice, il milita activement dans le courant syndicaliste révolutionnaire pour l’adhésion à la IIIe Internationale. 
En août 1919, Gabriel Lejard partit pour Alger où il travailla huit mois et prit conscience de la réalité coloniale. Membre du bureau du syndicat des Métaux d’Alger, il prit part à une grève des métaux en mars-avril 1920, passa en correctionnelle et fut rapatrié en France. De retour à Lyon, il participa à la grève générale de mai 1920, et fut alors licencié de l’usine d’automobiles Rochet-Schneider où il travailla. Il revint à Dijon en novembre 1920 et fut embauché à la fabrique de motocyclettes Terrot. Soldat en avril 1921, il fut changé sept fois de régiment par mesure disciplinaire, il eut une aversion pour la discipline militaire. Lors de l’occupation de la Ruhr en 1923, il fraternisa avec les mineurs et les ouvriers métallurgistes en grève dans le bassin que son régiment occupa. De retour chez Terrot après sa démobilisation en mai 1923, il adhéra au syndicat CGTU de la métallurgie dijonnaise. À cette date, Gabriel Lejard fut encore libertaire, mais évolua vers le communisme. Il épousa Antoinette, Léa Echailler qu’il connut lors de son séjour à Lyon, le 10 novembre 1923 à Lyon (Rhône). Il rentra au conseil syndical du syndicat et devint secrétaire de la section unitaire Terrot en 1927. En 1934, il conduisit un mouvement de grève qui déboucha sur l’obtention d’une semaine de congés payés. Élu secrétaire adjoint de son syndicat la même année, il adhéra au Parti communiste au début de 1935 en même temps que Jean-Baptiste Thibeau et Henri Carrière, dirigeants du syndicat des métaux de Dijon, et participa à toutes les manifestations antifascistes de 1934-1935 à Dijon. En 1935, il fut envoyé par le syndicat à l’usine Cheveau de matériel électrique pour y organiser une section syndicale, perdant ainsi la prime d’ancienneté et la semaine de congés payés dont il bénéficia chez Terrot. La section syndicale fut créée un mois après. L’usine Cheveau fut la première à être occupée à Dijon par les ouvriers en juin 1936 et la direction céda en vingt-quatre heures. Gabriel Léjard dirigea l’extension du mouvement à tous les établissements de la métallurgie dijonnaise, prit très souvent la parole dans les meetings et les usines occupées, s’occupa de la création de nouvelles sections syndicales. Secrétaire général adjoint en 1936, en décembre 1937, il succéda à Jean Thibeau, appelé à des responsabilités fédérales, et devint secrétaire général du syndicat des Métaux de Dijon et membre de la commission administrative de l’Union départementale de la Côte-d’Or. Il fut l’un des principaux organisateurs de la grève du 30 novembre 1938. Il fut licencié de l’usine Cheveau et passa alors trois fois en correctionnelle pour entraves à la liberté du travail, et ne fut réembauché que le 20 février 1939 dans une autre entreprise de la métallurgie dijonnaise, Roux-Léger, grâce à Eugène Foulon, inspecteur du Travail et ancien dirigeant de la CGT. Il fut exclu de la CA par la majorité de la tendance confédérée avec quatre autres militants de la tendance unitaire, pour la plupart communistes le 29 septembre 1939. Ces derniers furent mis en demeure de désavouer le pacte Germano-Soviétique sous peine d’exclusion. Ils refusèrent, et il s’ensuit un pugilat. Le préfet fit occuper la Bourse du travail par les gendarmes. Après la déclaration de guerre, Lejard, poussé à la démission du secrétariat général du syndicat des métaux de Dijon, resta secrétaire général, réélu par 3 fois de suite, lors d’une Assemblée Générale, en présence de la police, contre Marcel Bardollet, tendance confédérée. Il continua à militer malgré les pressions constantes de la préfecture. Finalement, le syndicat fut dissout par le préfet et, quand il se reconstitua en décembre 1939, Léon Seux, nouveau secrétaire général refusa sa présence, et l’ordre fut donné de ne pas renouveler sa carte syndicale. 
Son affectation spéciale ayant été refusée, il fut mobilisé en mars 1940 dans un régiment antichars. En juin, c’est la débâcle, il échappa de justesse à la captivité. Démobilisé le 7 août 1940, Lejard fut de retour à Dijon, il reprit son travail chez Roux-Léger et adhéra immédiatement aux groupes clandestins formés par les cheminots et les métallurgistes pour confectionner de faux papiers, récupérer des armes abandonnées sur le plateau de Chenôve (Côte-d’Or) au moment de la débâcle. Clairvoyant, il eut le temps de cacher chez-lui une ronéo et une machine à écrire du syndicat des métaux qui servirent à la Résistance. Il participa à la création du Front National (FN) en Côte-d’Or.
Arrêté par les Allemands le 22 juin 1941 avec vingt de ses camarades, ce fut la prison de Dijon, Mulhouse, puis l’internement au camp allemand de Royallieu à Compiègne le 5 juillet 1941, le jour anniversaire de ses 40 ans. Il y passa un an comme otage. Déporté ensuite à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 avec 1174 hommes, dont 14 de Côte-d’Or, tous militants de la CGT, choisis selon le critère de leur appartenance politique par les autorités allemandes. Le calvaire d’Auschwitz dura deux ans, il fut transféré le 31 août 1944 au camp de Sachsenhausen, puis un mois plus tard aux mines de sel de Kochendorf (Wurtemberg) à 50 Kms de Stuttgard. Le 29 mars 1945, les nazis évacuèrent en catastrophe le camp en raison de l’approche des américains dont les premiers éléments se trouvèrent à 15 kms. Ce fut alors une longue marche à pied de 300 Kms qui dura 12 jours jusqu’au camp de Dachau. Partis 1800 de Kochendorf, les déportés arrivèrent à 200 seulement à Dachau le 7 avril 1945. Gabriel Lejard et les autres rescapés furent placés dans des blocs au milieu des cadavres et des moribonds atteints du typhus. Le 29 avril 1945, les troupes américaines arrivèrent à Dachau, mais ce ne fut que le 14 mai que Lejard quitta le camp ou il s’évada caché dans un wagon à bestiaux pour la France, il arriva à Dijon le 19 mai 1945. Sa fille Jeannine, elle aussi résistante et déportée, mourut à Ravensbrück le 15 avril 1945. Rescapé de l’enfer des camps d’extermination, il revint à Dijon et reprit, malgré son état de santé, le combat syndical.
Dès son retour, Gabriel Lejard fut réintégré à la CA de l’UD et reprit immédiatement la direction du syndicat des Métaux dijonnais et de Côte-d’Or jusqu’en 1948. Nommé membre du secrétariat fédéral du PCF, il abandonna cette charge le 13 janvier 1946 lorsqu’il devint secrétaire général au 27e congrès de l’UD-CGT, mais resta membre du Bureau fédéral jusqu’à la 13e conférence fédérale de 1961 et au comité fédéral jusqu’en 1967. Marcel Petit, le secrétaire général sortant, et le courant réformiste furent battus. Gabriel Lejard fut élu secrétaire Général de l’Union Départementale CGT de Côte-d’Or jusqu’au 3 juillet 1961 où il prit sa retraite. Afin d’aider et d’accompagner la nouvelle équipe dirigeante de l’UD, il resta membre du secrétariat quelques années avant de devenir président d’honneur jusqu’à son décès. Il assuma plusieurs mandats de représentation de l’UD CGT comme administrateur de l’Assedic de Bourgogne jusqu’en juin 1962. Il fut candidat aux élections au conseil d’administration pour la CPAM de Côte-d’Or en décembre 1962. Il fut membre de la commission départementale des retraités CGT ; Il reçu plusieurs décorations dont la médaille de la Résistance en mai 1946, la croix de guerre avec palmes, chevalier en avril 1975 puis officier de la Légion d’Honneur en octobre 1983. Il fut président départemental de la FNDIRP (Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes) de 1962 à 1978, puis président d’honneur jusqu’à son décès, membre du Comité National pendant plusieurs années. Domicilié au 10 rue du Creux d’Enfer à Dijon lors de son décès, la municipalité de Dijon donna son nom et celui de sa fille à un square à proximité de son domicile. Lors du 52e congrès confédéral de la CGT qui se tint à Dijon en mai 2019, une cérémonie fut organisée en son hommage en présence du maire du Dijon et de Philippe Martinez. A cette occasion, une stèle fut érigée en son honneur. Il repose au cimetière de Barges, sa commune natale.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article117479, notice LEJARD Gabriel , Jean, Léon par Pierre Lévêque, Jean Belin, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 19 novembre 2019.

Par Pierre Lévêque, Jean Belin

SOURCES : Arch. Dép. Côte d’Or, fiches des résistants communistes suivis par la police de Marsac en 1941, côte 40M309. — L’Avenir de la Côte d’Or, 21 juillet 1945. — Interview de Gabriel Lejard. — Etat civil. — Résistance en Côte-d’Or, Gilles Hennequin, édition de 1885. — Les communistes dans la Résistance en Côte-d’Or, édition de 1996, intervention de Pierre Meunier. — Arch. IHS CGT 21 et témoignage de Gabriel Lejard. — Mémoire vive des convois des 45000 d’Auschwitz-Birkénau. — Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942, Claudine Cardon-Hamet, édition de 2005. — Gabriel LEJARD, un passeur de vie !, Jean Belin, éditions IHS CGT 21, décembre 2018. — Journaux du congrès confédéral CGT, mai 2019, site de la CGT.

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