LE MOAL Guillaume, Marie [Seine-Maritime]

Par Jean-Jacques Doré

Né le 5 mars 1875 à Louargat (Côtes-du-Nord, Côtes d’Armor), mort au Havre (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) le 1er juin 1951 ; commis, docker journalier ; trésorier du syndicat CGT des Dockers du Havre en 1913 et 1914, de 1917 à 1939 puis de 1945 à 1948 ; anarcho-syndicaliste.

Fils d’un maçon et d’une filandière, Guillaume Le Moal, "1m66, cheveux et yeux bruns au front bas" (matricule militaire), était commis à Gaillon (Eure) en 1893. Embauché comme journalier sur les quais, il arriva au Havre l’année suivante et fut l’objet de deux condamnations par le tribunal correctionnel dont une en 1894 pour outrage à agent. Catalogué comme anarcho-syndicaliste, il n’échappa pas aux "bat’d’Af." des fortes têtes. Affecté au 2ème bataillon d’infanterie légère d’Afrique le 16 novembre 1896, rude expérience d’une campagne au Sahara jusqu’en octobre 1897, dont il gardait le plus mauvais souvenir, il retrouva la vie civile le 1er novembre 1899 après avoir servit dans un régiment de zouaves.

Fondée en novembre1892 à la suite d’une grève des dockers, la chambre syndicale des Ouvriers du port du Havre accueillait exclusivement les journaliers du port. En 1912, 5 syndicats fusionnèrent, les journaliers-dockers, les commis auxiliaires, les camionneurs, les voiliers et les ouvriers des docks et entrepôts pour former la chambre syndicales des ouvriers du port du Havre et similaires. Le bureau élu à cette occasion comprenait Louis François (secrétaire), Auguste Hervieu (secrétaire adjoint) et Charles Le Jamble (trésorier) auquel Guillaume Le Moal succéda comme permanent en 1913 ; en outre, il fut appelé à siéger à la commission de contrôle de l’Union locale.

À la déclaration de guerre, Guillaume avait 39 ans, souffrant d’une légère claudication, il fut versé dans les services auxiliaires et affecté comme infirmier à l’hôpital du Havre du 5 août 1914 au 4 janvier 1919. Pacifiste, proche d’Alphonse Merrheim, il rejoignit la majorité confédérale en 1916. Ce fut à cette date qu’avec Louis François il réveilla la chambre syndicale des Ouvriers du port du Havre. Sous le houlette du binôme, les adhésions affluèrent (quelques centaines fin 1916, plus de 2 000 en 1919). Parallèlement, les autres syndicats des quais connurent une forte croissance, de nouvelles organisations affiliées à la CGT apparurent si bien que les dirigeants historiques décidèrent en octobre 1919 de renouveler l’expérience de 1912 et de fonder le syndicat général des Ouvriers du port du Havre qui vit le jour le 1er janvier 1920. Il regroupait 7 sections, les dockers, les camionneurs, les dockers charbonniers, les commis auxiliaires, les voiliers, les employés de magasins et les grutiers. Le bureau élu à cette occasion comprenait Louis François (secrétaire général), Raymond Millet (secrétaire adjoint), Guillaume Le Moal (trésorier) et Eugène Cadiou (trésorier adjoint). Il était assisté d’un conseil syndical de 21 membres (3 par section) et représentait 3 200 membres selon la police, 6 000 selon la déclaration de Louis François.

Désormais Guillaume Le Moal aura la haute main sur les finances du syndicat jusqu’en 1939. "Sa grande autorité morale sur les dockers havrais était telle que sa réélection était décidée d’office chaque année" (saluée par le commissaire spécial du Havre). Grâce à sa gestion rigoureuse (il publiait chaque trimestre un compte-rendu détaillé des opérations financières) il put financer à hauteur des 2/3 l’achat d’une maison par l’Union locale et la création d’un restaurant coopératif ouvert aux ouvriers des quais.

Sans jamais peser sur le cours des évènements, cantonné à la gestion des finances, il connaitra l’adhésion à la CGTU en janvier 1922, le passage à l’autonomie et la fin du syndicat général le 4 décembre 1923, le déclin en 1925 et 1926, sa renaissance puis le retour à la CGT en décembre 1935.

En 1945, à 70 ans, le syndicat des dockers, commis et similaires du port du Havre fit de nouveau appel à lui pour gérer les finances de l’organisation qui comptait 3 800 adhérents en 1947, il mit fin à ses fonctions en 1948.

Marié le 9 janvier 1904 avec Françoise Livolant au Havre où le couple habitait 14 boulevard Amiral Mouchez en 1904, 11 passage de la Trinité en 1911 et 3 rue Malherbes en 1947, Guillaume Le Moal y mourut le 1er juin 1951.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article117725, notice LE MOAL Guillaume, Marie [Seine-Maritime] par Jean-Jacques Doré, version mise en ligne le 13 août 2022, dernière modification le 16 août 2022.

Par Jean-Jacques Doré

SOURCES : Arch. Dép. Seine-Maritime Sûreté générale rapports mensuels des commissaires spéciaux, liasse 1924-1928, rapports sur les dockers du Havre (non classés), 10 MP 1407 10 MP 1408 bureaux syndicaux 1918-1919, 10 MP 1409, 10 MP 412 syndicats du Havre avant 1914. — Vérités, passim. — Arch. Dép. Finistère État civil de Louargat, matricule militaire. — Lettre de Louis François.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément