LENGLET Henri, André, Raoul

Par Yves Le Maner

Né le 9 septembre 1901 à Flixecourt (Somme), mort le 29 mars 1980 à Amiens (Somme) ; ouvrier fileur et tisseur ; militant syndicaliste et communiste ; secrétaire de l’Union CGTU Somme-Oise (30e UR) de 1931 à 1935, puis secrétaire général de l’Union départementale CGT de la Somme de 1935 à 1939 puis de 1944 à 1955.

Fils d’ouvriers du textile, garçon boulanger selon l’acte de naissance, Henri Lenglet suivit l’école primaire à Saint-Léger-les-Douart. Il commença à travailler très jeune aux usines Saint-Frères à Arondel, près de Flixecourt comme ouvrier fileur. Il se maria avec Jeanne Auchart, ouvrière du textile, en décembre 1923. De formation anarcho-syndicaliste, il adhéra à la CGT en 1919 et passa à la CGTU lors de la scission de 1922. Lecteur de l’Humanité depuis plusieurs années, il fut, dès 1926, secrétaire de la cellule de Saint-Léger-les-Douart et devint conseiller municipal de cette ville en 1929. Bacquet, maire de Saint-Ouen, tenta, en 1926, d’entraîner le syndicat régional du textile de la vallée de la Nièvre (Somme) dans l’autonomie. Lenglet, fort du soutien des cinq cents adhérents de l’usine d’Harondel, lutta contre lui et après le rupture de début 1927, réduisit la dissidence. Il fut nommé rapidement secrétaire de la section des syndicats unitaires du Textile de la vallée de la Nièvre, affluent de la Somme, fonction qu’il conserva jusqu’à son licenciement consécutif à une grève en juillet 1930. Richetta écrit le 23 janvier 1934 : » Lenglet commit une erreur en acceptant le front unique avec bacquet pour la direction de la bataille en dehors des deux centrales, CGT et CGTU. Mais il comprit très vite cette faute qu’il devait racheter par la suite par un excellent travail de redressement [...] Victime de la répression patronale qui ne frappait que l’usine d’Harondel, Lenglet fut contraint de quitter son logement, et malgré tout, il se cramponnait à Saint-Léger-les-Douart pour continuer la lutte contre la tribu des (illisible) et les chefs réformistes et anarchistes qui avec Bacquet avaient trahis la grève. ». Il fut alors désigné permanent au bureau de l’Union départementale unitaire de la Somme à Amiens. Peu après, en février 1931, le Bureau national de la CGTU décida de créer une nouvelle région, la 30e Union régionale, regroupant les départements de la Somme et de l’Oise. Menée parallèlement à une réorganisation du Parti communiste en Picardie, cette opération avait pour but de tenter d’enrayer la chute des effectifs enregistrée dans ces deux départements, sous l’effet conjugué de la crise interne des organisations communistes et de la vague de chômage provoquée par la crise économique. Lenglet en fut nommé secrétaire permanent. Il y fit preuve de grandes qualités d’organisateur et, dès le second congrès de la 30e Union régionale, en avril 1932, il fut à même de présenter un bilan positif : reprise en main des syndicats en crise, assainissement financier, stabilisation des effectifs à environ 3 500 cotisants pour les deux départements de la Somme et de l’Oise. Richetta nuance cependant son jugement : « Il fit preuve d’excellentes qualités d’agitateur et peut être à un degré un peu moindre d’organisateur [...] En résumé, Lenglet est un excellent militant qui a une bonne formation politique. C’est un homme de masse en qui le Parti peut avoir confiance. »

Bien que les unitaires eussent été minoritaires à la veille de la fusion, Lenglet fut élu permanent de l’Union départementale CGT de la Somme lors du congrès de réunification de 1935. Il conserva cette responsabilité jusqu’à la dissolution de la CGT en 1940.

Malgré son rôle important au niveau départemental au sein de la CGTU, dès les années vingt, Lenglet n’avait réadhéré au Parti communiste qu’en 1931. Ses fonctions de permanent syndical l’amenèrent à assurer, à titre temporaire, le secrétariat des groupements communistes amiénois en 1932-1933 alors que le PC se trouvait dans l’impossibilité de rémunérer des responsables et il siégea au bureau de la 30e région du PC comme représentant de la CGTU jusqu’en 1935. Partisan de la lutte syndicale plutôt que de l’action électorale, Lenglet refusa, en règle générale, de faire acte de candidature. Il fut cependant conseiller municipal de Saint-Léger-les-Domart de 1929 à 1935 et se présenta, sans succès, au conseil d’arrondissement dans le canton d’Amiens sud-ouest en 1931 et aux législatives de 1932 dans la 3e circonscription d’Amiens. Son score à cette occasion illustrait parfaitement les difficultés rencontrées par la direction du PC pour faire admettre à son électorat le refus de « désistement républicain » : en effet, Lenglet, qui avait obtenu 1 039 suffrages au premier tour, n’en recueillit plus que 170 au second.

Membre du comité confédéral de la CGTU (1932-1935) puis de la CGT (1936-1939), Lenglet assista aux congrès nationaux de la CGTU de 1931, 1933 et 1935 ainsi qu’aux deux congrès de fusion de 1936 ; il fut également délégué au congrès contre la guerre et le fascisme à Amsterdam en 1932. Excellent orateur, mais piètre rédacteur, il collabora néanmoins au Travailleur de Somme et Oise, hebdomadaire régional du PC et au Réveil syndical, journal de la CGT réunifiée de la Somme de 1936 à 1939.

Mobilisé en 1939, Lenglet fut fait prisonnier à Clamecy (Nièvre), le 16 juin 1940. Remis aux autorités de Vichy comme « politique », il fut détenu au camp de Mailly puis à la citadelle de Doullens (Somme). Son évasion fut préparée par des militants du PC clandestin et il parvint à s’enfuir en décembre 1940. Il rejoignit alors Jean Catelas* dans la région parisienne. Ce dernier le chargea d’une tâche de première importance au sein de la CGT clandestine. En contact permanent avec Catelas et Bontemps (« Sylvestre »), il eut, en effet, la responsabilité de l’organisation administrative pour les quatre secteurs de la Région parisienne (Paris-Ville, Paris-Nord, Paris-Sud et Paris-Est) et notamment de l’impression et de la diffusion des journaux et des tracts. Mais, l’arrestation puis l’exécution de Jean Catelas, les menaces qui pesaient sur sa famille, le firent choisir la prudence : il vécut caché pour éviter l’arrestation jusqu’à la Libération. À son retour dans la Somme en novembre 1944, il reprit la tête de l’UD-CGT sur proposition d’Alexandre Dujardin* et, malgré l’opposition de Benoît Frachon*, retrouva sa place à la commission fédérale communiste de la Somme.

La mise à l’écart de Henri Lenglet, comme celle de Jean Roguet*, fut très progressive.

Membre du comité directeur du Front national à l’issue du premier congrès départemental en mars 1945, il est réélu en décembre 1945.

Membre du comité fédéral du Parti communiste français à partir de mars 1946, il accéda pour un an au bureau de juin 1947 à mai 1948. Il ne fut écarté du comité fédéral qu’en juin 1956.

De même, secrétaire général de l’UD-CGT dès la Libération, il y avait alors 3 000 adhérents et en janvier 1946 340 syndicats et 50 000 adhérents. réélu constamment à ce poste et confirmé par le congrès d’avril 1955, il fut remplacé par Armand Duvivier* entre avril et juillet 1955.

Maintenu dans ses fonctions syndicales lors de la scission de fin 1947, il fut cependant bientôt l’objet de critiques émanant de jeunes cadres du PC. La mise à l’écart de Henri Lenglet, comme celle de Jean Roguet*, fut très progressive. En 1953, Lenglet fut avec Jean Roguet* la cible principale du rapport que l’écrivain André Stil fit dans France nouvelle après son enquête dans la Somme sur ordre du comité central. Accusé d’insuffisances dans l’action et rendu responsable de la baisse des effectifs de la CGT dans le département, Lenglet fut « démissionné » et dut faire son autocritique. Membre du comité fédéral du Parti communiste français à partir de mars 1946, il accéda pour un an au bureau de juin 1947 à mai 1948. Il ne fut écarté du comité fédéral qu’en juin 1956.

Il quitta peu après le PCF et la CGT pour rejoindre le Parti socialiste SFIO et la CGT-FO mais, sans y occuper la moindre responsabilité.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article117801, notice LENGLET Henri, André, Raoul par Yves Le Maner, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 21 novembre 2021.

Par Yves Le Maner

SOURCES : RGASPI, 495 270 785, Une biographie non datée et une réponse de Richetta à une lettre de Vassart, Lille, 23 janvier 1934, 2 f. — Arch. Nat. F7/13042, 131130. — Arch. Dép. Somme, Z 317 et Z 691. — Le Travailleur de Somme et Oise, 8-14 mai 1937 (avec photographie), 1944-1956. — Le Monde, 31 décembre 1952. — G. Lachapelle, Les élections législatives, op. cit. — Julien Cahon Les gauches dans la Somme, 1924-1978, 2015, page 28. — Entretiens avec Henri Lenglet et Alexandre Dujardin en 1978. — Le Travailleur de la Somme, 1944-1956. — Notes de Jean-Pierre Besse.- Etat civil.

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