LENOIR René

Par Claude Geslin, Claude Pennetier, Dominique Tantin

Né le 7 octobre 1900 à Mourioux (Mourioux-Vieilleville, Creuse), fusillé le 29 décembre 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; maçon ; militant syndicaliste et communiste d’Ille-et-Vilaine ; secrétaire fédéral CGT du Bâtiment de la région parisienne. ; résistant du Front national pour la libération.

Fac similé de la dernière lettre de René Lenoir à son épouse (1)
Fac similé de la dernière lettre de René Lenoir à son épouse (1)

Fils d’un menuisier, maçon, domicilié à Rennes (Ille-et-Vilaine), René Lenoir adhéra au syndicat dès l’âge de dix-sept ans puis devint membre du Parti communiste en 1923. Il fut l’un des militants les plus connus et les plus actifs du mouvement ouvrier en Ille-et-Vilaine pendant les dix années qui précédèrent la réunification syndicale.

Secrétaire de l’Union locale CGTU de Rennes depuis 1926, il fut délégué au IVe congrès national de la CGTU, tenu à Bordeaux (Gironde) du 19 au 24 septembre 1927.

Il se maria en 1928 à Rennes (Ille-et-Vilaine), et il était père d’un garçon prénommé Michel.

En 1930, il devint secrétaire de la 17e Union régionale unitaire. Il assuma cette responsabilité jusqu’en 1934. Très actif, il fit de nombreuses réunions, fut même arrêté le 27 février 1931 au cours d’une manifestation qui suivit une conférence qu’il avait faite à Fougères avec Gaston Monmousseau* et s’attacha à faire paraître des feuilles syndicales dont il était le gérant et l’inspirateur (la Flamme Rouge, le Bâtiment, la Voix de la chaussure, l’Unité, etc...).

Membre du bureau régional du PC depuis 1926, secrétaire de la cellule n° 3 de Rennes qui aurait regroupé une cinquantaine de membres, il conduisit une liste aux élections municipales dans cette ville en 1932 et se présenta aux élections législatives de mai 1932 dans la première circonscription de Rennes. Il recueillit 277 voix sur 18 819 suffrages exprimés.

René Lenoir quitta l’Ille-et-Vilaine pour Paris. De 1936 à 1939, il appartint à la commission exécutive fédérale CGT du Bâtiment dont il fut, en 1938, secrétaire adjoint et, en 1939, trésorier. Il fut membre du Conseil national économique de 1938 à 1940 (10e section professionnelle - sous-section des matériaux de construction) au titre de la Fédération nationale des travailleurs du bâtiment.

Après avoir été mobilisé, il devint responsable clandestin des comités populaires du Bâtiment de la Région parisienne puis responsable interrégional du travail de masse. Il eut alors sous ses ordres les comités populaires de toutes les branches professionnelles dont il rendait compte au secrétariat à l’organisation des cadres du Parti communiste. Il devint membre du Front national pour la libération.
Il fut arrêté le 10 avril 1942 (il fut remplacé par Jean Briquet) et interné à La Santé, puis à la centrale de Clairvaux et enfin à la prison de Fresnes.
Il fut condamné à mort le 20 décembre 1943 par le tribunal militaire de la Kommandantur du Gross Paris siégeant rue Boissy-d’Anglas pour « activité en faveur de l’ennemi » et fusillé au Mont-Valérien le 29 décembre 1943 à 15 h 12. À ses côtés furent exécutés Marcel Blanchet, mécanicien, Maurice Couderchet, Eugène Kuntz, chauffeur automobile, René Laprade, maçon, Édouard Maury, égoutier, Marc Viéville, plombier couvreur et Corentin Celton, préposé de l’Assistance publique de Paris, militant communiste, secrétaire de la Fédération CGT des Services publics.
Son nom figure sur le mémorial de la Résistance creusoise à Guéret (Creuse).


Dernière lettre (orthographe et ponctuation respectées).

Prison Militaire Allemande de Fresnes
Le 29 décembre 1943. 11h 30m
Ma chère petite Mimi
Jeudi dernier, lorsque nous nous sommes vus au parloir j’étais condamné à mort du Lundi 20 décembre par le tribunal militaire Allemand.
Aujourd’hui je viens te faire mes adieux, à Michel et à toute la famille. À 15 heures je serais exécuté avec mes trois camarades.
J’ai conscience d’avoir eu une vie droite, d’avoir soutenu les pauvres, d’avoir été [sensible-mot rayé] serviable pour tous ceux qui ont pu m’approcher.
J’étais en droit d’espérer qu’arrivant près de cette guerre mondiale je pourrais être sauvé, il en est autrement, mais ma mort n’arrêtera rien n’empêchera rien.
Je considère que je meurs pour que la France vive et pour que les rayons du soleil brillent pour tous les peuples qu’aspirent à la liberté.
Je sais la peine que tu vas éprouver mais vois-tu, ma chérie, en partant je t’assure que j’ai une entière confiance en toi pour poursuivre cette lourde tâche d’élever et d’instruire notre cher enfant. Lui ne va pas comprendre pourquoi il est privé de son papa ; beaucoup plus tard tu t’efforceras de lui faire comprendre ce que j’ai été.
Allons ma chérie sois courageuse, embrasse bien affectueusement toute la famille : grand-mère, Made, Toni, Maria, chez Eugène et chez Jean, ainsi que toutes les personnent qui s’interressent à moi. Embrasse bien fort notre petit Michel.
Je t’embrasse le plus tendrement et le plus affectueusement possible et je dis adieu et courage !

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article117835, notice LENOIR René par Claude Geslin, Claude Pennetier, Dominique Tantin, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 6 janvier 2021.

Par Claude Geslin, Claude Pennetier, Dominique Tantin

Tombe au cimetière du Père-Lachaise
Fac similé de la dernière lettre de René Lenoir à son épouse (1)
Fac similé de la dernière lettre de René Lenoir à son épouse (1)
Fac similé de la dernière lettre de René Lenoir à son épouse (2)
Fac similé de la dernière lettre de René Lenoir à son épouse (2)

SOURCES : Arch. Nat. F7/13130, année 1932. — Arch. Dép. Ille-et-Vilaine, 3 Md 39 et série U non classée. — Arch. Com. Rennes, 3 F 11. — Arch. Dép. Gironde, 1 M 577, congrès CGTU de Bordeaux. — DAVCC, Caen (Notes Thomas Pouty). – Site Internet Mémoire des Hommes. — La Bretagne communiste, 1926. — Le Semeur d’Ille-et-Vilaine, 1931. — Jacques Bonhomme, 1935. — Le Rappel du Morbihan, 1928. — Renseignements fournis par Simone Guerlavas, secrétaire UD-CGT d’Ille-et-Vilaine. — Stéphane Courtois, La politique du PCF et ses aspects syndicaux 1939-1945, Annexe n° 18, Thèse, op. cit.Résistance !, novembre 1973. — État civil de Mourioux. — Service historique de la Défense, Vincennes GR 16 P 362574 (nc).

Dernière lettre : archives privées (Jean-Noël MERIOT, janvier 2021).

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