LE NÔTRE Raoul, Émile dit BEAUDOUIN (légitimé par son père)

Par Marcel Boivin, Jean-Jacques Doré

Né le 13 Février 1883 au Havre (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), mort au Havre le 2 janvier 1950 ; docker ; secrétaire adjoint du syndicat unitaire (CGTU) des Ouvriers du port du Havre en 1922 et 1923.

Raoul Le Nôtre était le fils d’Héloïse Beaudouin veuve de Pierre Beaudouin (marin), légitimé par son père Louis Le Nôtre lorsqu’il épousa Héloïse le 7 août 1885.

Docker et anarcho-syndicaliste déclaré du Havre, Le Nôtre fut inscrit au carnet B de la Seine-Inférieure le 26 octobre 1911, c’était un "militant particulièrement turbulent" (jugement savoureux d’Auguste Hervieu le secrétaire du syndicat des Dockers, lui aussi au panthéon du carnet B).

En mars 1912, il cofonda avec Constant Benoist (dit Cantin) et Louis Parisot le groupe havrais des amis de la Bataille syndicaliste qui comprenait une soixantaine de membres.

Mobilisé en août 1914, il fut décoré de la croix de guerre et retrouva Le Havre et son métier de docker après sa démobilisation début 1919. Minoritaire déclaré et déjà très influent, il fut l’un des fondateurs du CSR (Comités syndicalistes révolutionnaires) du Havre le 28 décembre 1920.

Le 3 décembre 1921, il avait présenté une liste d’opposition au bureau majoritaire sortant lors des élections syndicales. Bien que battu, Le Nôtre fut intégré au conseil d’administration du syndicat général des ouvriers du port (qui comptait 3 250 adhérents) à la suite d’un compromis passé avec ses adversaires et le 17 janvier 1922, il fut élu secrétaire adjoint permanent à l’unanimité moins 5 voix après la démission de Ferdinand Gilles. Le bureau, composé d’Auguste Hervieu (secrétaire), Raoul Le Nôtre (secrétaire adjoint), Guillaume Le Moal (trésorier) et Charles Le Jamble (trésorier adjoint), fit voter l’adhésion à la CGTU au mois de mars.

Il canalisait désormais le mécontentement des dockers et orchestrait des mouvements sporadiques qui généraient une tension permanente dont l’objectif était de négocier un nouveau contrat de travail. Dès le 21 février, il provoqua l’arrêt de travail des ouvriers qui chargeaient des munitions sur le Francisca, le 8 mars, il fut poursuivi à la suite d’une plainte de la maison Genestal pour entraves à la liberté du travail et le 26 juin, condamné à 100 frs. d’amende pour outrage à agent. La stratégie de la grève perlée porta ses fruits lorsque les employeurs acceptèrent au début du mois d’août 1922 l’ouverture de négociations. Le 17 août, il fut désigné pour conduire la délégation syndicale après avoir dénoncé l’apathie du secrétaire Auguste Hervieu accusé de passer son temps dans les cafés à s’enivrer.

La grande grève des métallos (111 jours) remit tout en question, Raoul Le Nôtre y prit une part active ; il était salle Franklin (le siège des syndicats) le 26 août au soir de l’échauffourée sanglante et fut arrêté sur le champ par la police.

Dès sa sortie de prison il était aux affaires syndicales pour appuyer la motion de Jean Le Gall, le secrétaire de l’Union locale unitaire, qui refusait l’adhésion de la CGTU à ISR (Internationale syndicale rouge) en dénonçant 4 des 21 conditions ; la motion fut adoptée le 29 décembre 1922.

Réélu secrétaire adjoint permanent en janvier 1923, avec Ferdinand Gilles (secrétaire), Guillaume Le Moal (trésorier) et Joseph Perrault (trésorier adjoint), ils étaient à la tête d’un syndicat général de 4 500 adhérents malgré la défection des Voiliers et des Commis auxiliaires qui avaient repris leur autonomie. Avec Ferdinand Gilles, Le Nôtre relança l’agitation sur les quais au cours de l’été, mais plusieurs fois mis en cause par les employeurs, il était étroitement surveillé par la police et, le 15 novembre, il se fit "piéger" pour entrave à la liberté du travail. Appréhendé le 16, déféré au parquet et écroué, il fut jugé le 4 décembre 1923 et condamné à six mois de prison fermes.

Libéré en 1924, il cessa brusquement toute activité militante mais continua à vivre et travailler au Havre. L’épitaphe syndicale rédigée par la police en 1940 précisait : "c’était un agitateur influent et violent mais un orateur médiocre qui a cessé toute activité syndicale".

En 1921 Raoul Le Nôtre habitait 19 rue Henri IV au Havre ; il s’était marié trois fois dans cette ville, le 19 octobre 1903, le 4 août 1908 avec Madeleine Houbert puis le 7 octobre 1937 avec Fernande Labbé ; il mourut au Havre le 2 janvier 1950.

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Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article117840, notice LE NÔTRE Raoul, Émile dit BEAUDOUIN (légitimé par son père) par Marcel Boivin, Jean-Jacques Doré, version mise en ligne le 2 juillet 2020, dernière modification le 3 juillet 2020.

Par Marcel Boivin, Jean-Jacques Doré

SOURCES : Arch. Dép. Seine-Maritime, Sûreté générale, rapports mensuels des commissaires spéciaux, Rapports sur les dockers du Havre, 1 MP 285 Radiations du carnet B pour départ, 2 Z 182, 1 MP 1032, 4 MP 2872 et 10 MP 1337. — État civil du Havre.

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