LERICHE Édouard, Amédée, Ferdinand

Par André Caudron

Né le 23 août 1899 à Roubaix (Nord), mort le 16 mars 1975 à Wasquehal (Nord) ; pionnier du mouvement mutualiste chrétien ; fondateur de la société « La Famille » à Tourcoing (Nord, 1924), président de la Fédération des sociétés mutuelles de la région du Nord, directeur général de la Caisse d’assurances sociales « La Famille » à Roubaix (Nord, 1930-1945).

Fils d’Amédée Leriche et d’Emma née Deriemaecker, Édouard Leriche fit une année d’études à l’École de commerce des Facultés catholiques de Lille (1917-1918) et entra dans la vie professionnelle. Employé de commerce comme son père, et formé à l’action militante par l’Association catholique de la jeunesse française (ACJF), il se considérait comme un disciple de Marc Sangnier*. Au lendemain de la Grande Guerre, il prit part à la fondation du Secrétariat social du Nord à Lille, et s’attacha surtout à celui de Roubaix-Tourcoing (Nord). Membre de la CFTC naissante, il se spécialisa aussitôt dans les questions de mutualité sous l’inspiration des abbés Paul Six* et Pierre Lesage, ainsi que de Joseph Danel*, jeune enseignant à la Faculté libre de droit, tous attentifs à la préparation du projet de loi sur les assurances sociales.

Dès 1924, Édouard Leriche créa la société mutualiste « La Famille » dont le siège était alors à Tourcoing et dont il fut aussitôt le secrétaire. Appelée à essaimer en mutuelles autonomes, celle-ci constitua, avec « La Famille dunkerquoise », la Fédération des sociétés mutuelles familiales de la région du Nord dont le président n’était autre qu’Édouard Leriche. Lorsque la formation d’équipes ouvrières fut préconisée, la fédération de l’ACJF de Roubaix le nomma membre d’une « commission ouvrière » chargée d’organiser des équipes de ce genre (1925). On allait y voir bientôt une préfiguration de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC).

Aux congrès nationaux de la CFTC, Édouard Leriche présenta des rapports sur les caisses d’assurances sociales en 1926 et sur l’organisation de la mutualité dans les milieux populaires en 1927. Il mena une campagne sans relâche mais fructueuse en 1925-1930 pour le développement des organisations mutualistes chrétiennes. La Fédération nationale catholique (FNC), émanation de l’action catholique générale des hommes, le choisit comme conférencier attitré auprès des unions paroissiales. Il donna lui-même bon nombre des deux mille exposés présentés à cette époque dans la région du Nord. Désiré Ley*, administrateur délégué du Consortium de l’industrie textile, allait l’accuser, dans l’une de ses fameuses circulaires confidentielles, de manœuvrer la FNC et d’utiliser les mutuelles pour renforcer ce qu’il appelait le « syndicat rouge chrétien ». Le polémiste Auguste Cavalier, collaborateur du célèbre parfumeur François Coty, leader de la presse d’extrême droite, reprit de tels arguments dans son pamphlet virulent contre Les rouges « chrétiens », paru en 1929.

L’accession de Mgr Achille Liénart à l’évêché de Lille sauva les mutuelles chrétiennes. Le 24 octobre 1930, devant le congrès diocésain, le jeune prélat rendit hommage à Édouard Leriche, salué comme la cheville ouvrière de « l’immense organisation des caisses catholiques d’assurances sociales ». La loi du 5 avril 1928 venait d’entrer en application.

La société mutualiste La Famille donna naissance en juillet 1930 à la Caisse d’assurances sociales La Famille, installée à Roubaix et comptant cent trente mille assurés dans l’arrondissement de Lille et la région d’Hazebrouck (Nord). Leriche allait en être directeur général jusqu’en 1945. Il l’était aussi de La Famille Capitalisation, issue de la Caisse autonome de retraites qu’il avait fondée en 1928, de la Société de secours mutuels La Famille et de la Fédération des sociétés de secours mutuels familiales de la région du Nord, qui regroupait quatre vingt deux mutuelles. Il créa encore la caisse chirurgicale La Famille en 1936 et s’occupa d’œuvres catholiques telles que les caisses dotales, notamment de « La Jeunesse prévoyante » de l’Épeule à Roubaix, dont l’origine remontait à 1903.

En 1939, Édouard Leriche fut élu président du Syndicat national du personnel de direction des caisses d’assurances sociales, fondé le 24 novembre 1936 et affilié à la CFTC. Son siège se trouvait 28 place Saint-Georges à Paris (IXe arrondissement). André Cornac*, vice-président, Pierre Fromy, secrétaire général, et Louis Convers, trésorier, complétaient alors le bureau de ce syndicat.

Au sein des secrétariats sociaux du Nord, Édouard Leriche fut ensuite l’un des organisateurs du mouvement de résistance à la formule de la caisse unique de Sécurité sociale (1945). Cette opposition ayant échoué, il resta directeur de la Société mutualiste La Famille (1945-1968) avant d’en être le président. En même temps, il était devenu secrétaire général de l’Union régionale interfédérale des œuvres privées sanitaires et sociales, délégation de l’UNIOPSS à Lille (1953-1970).

Hostile à la déconfessionnalisation de la centrale, Édouard Leriche diffusa en 1964 un document ronéoté, Vive la CFTC, mémoire de 157 pages « en défense du syndicalisme chrétien », vigoureusement contraire à la ligne défendue par le courant Reconstruction. Enseignant à l’École normale ouvrière, administrateur de la Société de crédit immobilier de l’arrondissement de Lille et chevalier de Saint-Grégoire le Grand (1931), il eut dix enfants de ses mariages successifs, célébrés le premier à Wasquehal le 2 mai 1921 avec Marguerite Marienne, le second à Roubaix le 10 novembre 1924 avec Aimée Desobry, membre de la Fraternité franciscaine.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article118018, notice LERICHE Édouard, Amédée, Ferdinand par André Caudron , version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 23 mars 2012.

Par André Caudron

ŒUVRE : Les assurances sociales et notre apostolat ouvrier, Librairie de la Jeunesse catholique, 1927. – Pour nous préparer aux assurances sociales : l’action mutualiste chrétienne, Spes, 1927. – Un an d’application des assurances, avec Joseph Danel, s.l., 1932. – Où en sont les assurances sociales, avec Georges Le Marchand et le docteur Louis Boucher, Caisse La Famille, Roubaix, 1935. – Questions controversées à propos des assurances sociales, Caisse La Famille, 1935. – Charte du travail et famille, lettre-préface de Gaston Tessier, Spes, 1942. – Collaborations : Dossiers de l’Action populaire ; Le Foyer.

SOURCES : Jules Lamoot, Mgr Six, Spes, 1938. – André Deroo, Un missionnaire du travail, le père Stéphane-Joseph Piat, Éditions franciscaines, 1980. – Arch. PPo, rapport du 15 avril 1939.

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