LEVIN Henri

Par Claude Pennetier

Né le 19 janvier 1902 à Varsovie (Pologne) ; avocat à la cour ; vice-président de la Ligue internationale contre l’antisémitisme (LICA) ; résistant à Lyon (Rhône), réseau Alexandre (SOE) et VIC.

D’origine juive, avocat, Henri Levin était, en 1934-1935, vice-président de la Ligue internationale contre l’antisémitisme (LICA). Bien que d’opinions socialistes et radicales (Jeunes turcs), il était lié aux organisations communistes qui se préoccupaient des questions juives et d’immigration. Secrétaire et créateur du Centre de liaison des comités pour le statut des émigrés en janvier 1936, Henri Levin reçut le soutien du Secours rouge. Ce centre éditait le journal Fraternité et joua un rôle important dans la défense du droit d’asile des réfugiés politiques allemands. En mars 1936, Henri Levin fit partie d’une délégation reçue par le nouveau Haut commissaire pour l’émigration allemande auprès de la SDN, le général Malcom. Lors du premier congrès national du Secours populaire de France et des colonies, qui prenait la suite du Secours rouge, à Paris le 23-26 juin 1938, il prononça un discours sur "Le Racisme, base du fascisme", texte qui fut reproduit en brochure. Il était président de l’Union populaire italienne et conseiller juridique de la Compagnie France-Navigation, créé par le mouvement communiste pour le transport d’armes vers l’Espagne républicaine.
Résistant depuis fin 1940, Henri Levin dirigea, à partir de novembre 1942, le réseau VIC (associé au réseau Alexandre et au SOE), en liaison avec le War-Office, à partir de Lyon. Il travailla au départ avec l’industriel Lazare Racheline (alias Lucien, Rochet). Il recruta dans les milieux de gauche (radicaux, socialistes, quelques communistes) un réseau de 206 personnes. Le contact avec Londres se faisait par radio.
Le réseau eut trente-deux déportés et trois fusillés. Levin, alias Georges, échappa 26 fois, dit-il, aux arrestations allemandes. Le contre espionnage allemand réussit à entrer en contact avec lui par un nommé Arnaud qui le côtoya pendant deux jours à Lyon ; il lui échappa mais quinze résistants tombèrent. Le réseau s’étendit à Paris et Toulouse.
Le 21 septembre 1945, il fut interrogé par le Comité d’histoire de la Deuxième guerre mondiale sur son action pendant l’Occupation. La rapport très utile se termine étonnamment : "Levin est le type du juif cordial, obligeant, chez qui l’habitude du Barreau a dû, si possible encore, augmenter le goût de la parole. Il ne paraît nullement mécontent de lui, mais paraît aussi rendre justice à ses collaborateurs. Sans avoir fait de la Résistance un marchepied pour une future carrière politique - sa qualité de juif l’y rejetait -, à moins qu’il n’eut peur des risques, ce qui ne semble pas le cas, il est tout prêt à utiliser ses états de service dans la clandestinité pour se tailler sa place et a fondé avec un de ses adjoints, fonctionnaire au Ministère des Finances, Mitterand, alias Julien, appartement comme lui au groupe des Jeunes turcs, le Club des Jacobins qui, au cours des débats qui ont lieu salle des sociétés savantes en 1944-1945, a invité plusieurs personnalités connues de la Résistance et a pris nettement position en faveur d’une politique en coquetterie avec le communisme." Le "Mitterand" cité, étant en fait Jacques Mitterrand, alias Julien Martel, administrateur civil à la Caisse des dépôts et consignation.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article118411, notice LEVIN Henri par Claude Pennetier, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 1er avril 2021.

Par Claude Pennetier

SOURCES : Archives nationales, inventaire 72AJ/35-72AJ/89C, témoignage recueilli par Odette Merlat (accessible en ligne sur francearchives.fr). — D’Hallivillec, La section française du Secours rouge international, Mémoire de Maîtrise, Paris I, 1983. — Louis Gronowski-Brunot, Le dernier grand soir, Seuil, 1980, p. 96. — S. Courtois, D. Peschanski, A. Rayski, Le sang de l’étranger, les immigrés de la MOI dans la résistance, Fayard, 1989.

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