LÉVY Gaston, Salomon

Par Justinien Raymond

Né à Nancy (Meurthe-et-Moselle) le 1er novembre 1882 ; assassiné le 24 juillet 1944 par la Milice et la Gestapo à Guerry, commune de Savigny-en-Septaine près de Bourges (Cher) ; employé ; militant syndicaliste, coopérateur et socialiste.

PLaque d’hommage aux victimes du puits de Guerry
PLaque d’hommage aux victimes du puits de Guerry
Cliché Michel Gorand

Bien que né à Nancy, Gaston Lévy, frère d’Albert Lévy, eut une enfance parisienne. Écolier puis étudiant au collège Rollin jusqu’à l’âge de seize ans, il devint employé de commerce, puis de banque et participa au Syndicat des Employés de la région parisienne. Fondateur du syndicat des travailleurs de la banque, il fut son délégué au Comité confédéral de la CGT. Du 16 au 23 septembre 1912, il représenta au Havre les employés de la région parisienne, au XVIIIe congrès national corporatif — 12e de la CGT. G. Lévy, qui était membre du Parti socialiste, intervint sur les rapports Parti-Syndicats et déclara : " Notre résolution [...] sera, j’espère, la continuation de celle d’Amiens, et nous permettra de mener l’action que nous voulons mener sans vouloir être ni des suspects ni des gens qui veulent englober les autres ". Ce qu’il faut, c’est " maintenir l’autonomie de deux forces en présence " (cf. compte rendu, pp. 134-135). Ainsi que son frère Paul, Gaston Lévy appartint également, vers 1907, au chantier du XIIIe arr. de la Chevalerie du Travail française.

Entré dans le mouvement socialiste en 1899, délégué de l’Ain au congrès de Lyon (1901), G. Lévy fut au PSF et après 1905 à la SFIO, un militant actif de la fédération de la Seine qu’il représenta à maints congrès nationaux : Chalon-sur-Saône (1905), Nancy (1907), Toulouse (1908), Nîmes (février 1910), Paris (juillet 1910), Saint-Quentin (1911), Lyon (1912), Brest (1913) et Amiens (1914). Mais son action débordait la capitale et il lui arriva de porter aussi les mandats des fédérations provinciales comme le Loiret et la Meurthe-et-Moselle à Amiens. En considération de cette activité et de ses qualités oratoires, le Parti socialiste fit de Gaston Lévy son délégué permanent à la propagande en 1912. Deux années plus tard, il était secrétaire de la fédération socialiste de la Seine. En 1923, il appartenait au conseil d’administration et de direction du Populaire.

Mais son activité alla également à la coopération à laquelle il s’était toujours intéressé, participant, dès avant 1914, aux délibérations de la Bourse des coopératives socialistes.

Comme beaucoup de militants du début du siècle, Gaston Lévy fut également coopérateur. Il occupa de hautes fonctions et connut d’amers déboires. En 1915, il contribua à la création de l’Union des coopérateurs de la région parisienne par fusion de plusieurs sociétés autonomes. Membre du comité général de cette union en 1916, il accéda, en 1920, à l’administration du magasin de gros des Coopératives de France fondé le 16 septembre 1906. Au congrès de Bâle (Suisse), en 1921, qui vit la reconstitution de l’Alliance coopérative internationale, Gaston Lévy entra, comme secrétaire au comité chargé de créer une banque coopérative internationale. En 1922, le congrès national de Marseille (Bouches-du-Rhône) créa la Banque des coopératives de France, la confia à un comité central unique du mouvement coopératif et désigna Gaston Lévy comme administrateur délégué. L’institution nouvelle partit d’un bon pied, connut d’heureux résultats et opéra avec succès, en 1922-1923, la reprise de la saline d’Einville-Maixe (Meurthe-et-Moselle). Gaston Lévy s’imposa dans les congrès coopératifs nationaux et internationaux sur les questions bancaires. En 1923, au congrès du Parti socialiste SFIO, il intervint au sujet des " socialisations ". Mais, mal secondé, victime peut-être de cette " griserie redoutable " de l’homme parvenu à certains sommets (J.-B. Séverac, le Populaire, 19 février 1935), il se laissa aller à des abus de pouvoir, des agissements irréguliers commis à l’insu des administrateurs et des contrôleurs élus de la BCF. Une commission d’enquête de cinq membres (E. Courecelle, Marcel Floiras, Lernier, Jean Gaumont, et le président rapporteur Gaston Prache) au travail depuis février 1934, conclut le 4 mai à la culpabilité de Lévy sans relever de malversations personnelles. Il fut révoqué avec le directeur de la Banque et une information judiciaire fut ouverte. Le 16 juin 1939, Gaston Lévy fut condamné à trois ans de prison. La cour d’appel ramena la sentence à trois mille francs d’amende à la charge des deux inculpés. L’élan de solidarité qu’avaient manifesté dès 1934 la plupart des sociétés coopératives, la compréhension du ministre des Finances, Germain-Martin, permirent un remboursement des créances sur un délai de quinze ans, engagement tenu en onze ans, le solde étant payé en 1945. Il fut membre du Conseil national économique de 1925 à 1935 et démissionna (il fut remplacé le 26 mars), au titre de la " Population et consommation (coopératives et ligues d’acheteurs) ".

Gaston Lévy fut aussi un militant socialiste. De 1909 à 1913, il collabora à la revue dirigée par Hubert Lagardelle , le Mouvement socialiste. Il en fut même le secrétaire administratif. En 1911, il avait fondé avec d’autres militants socialistes de la Seine le " Grand Air ", colonie de vacances ouverte aux adhérents du parti. La gestion en fut difficile jusqu’au moment où cet organisme s’intégra à " L’Enfance coopérative ", création des coopérateurs de Paris présidée par Gaston Lévy lui-même. Il appartint en outre aux instances dirigeantes du Parti socialiste En 1915, alors qu’il était secrétaire de la Fédération de la Seine depuis un an, il entra à la Commission administrative permanente, dans les rangs des " majoritaires " qui soutenaient la politique de Défense nationale. Il resta sur ses positions lorsque cette tendance perdit la majorité. Aux approches du congrès de Tours (décembre 1920), il se prononça contre l’adhésion à la IIIe Internationale. Après la scission, il demeura à la SFIO et appartint à la CAP jusqu’en 1926. Il y occupa les fonctions de secrétaire de la commission des finances.

Il fut un fidèle de Pierre Renaudel qui souhaitait la participation socialiste aux responsabilités gouvernementales, et collabora à la Vie socialiste. En 1933, lorsque survint la scission " néo-socialiste ", il passa au Parti socialiste de France. Mais à l’inverse de Marcel Déat ou Adrien Marquet, il ne pactisa pas avec l’occupant après la défaite de 1940. Fixé à Saint-Amand (Cher), vivant de travaux de comptabilité, il participa activement à la Résistance (soutien à ses coreligionnaires, diffusion de journaux clandestins, collaboration avec l’Intelligence service pour des parachutages d’armes).

Gaston Lévy connut une mort atroce. Il fut, avec 35 autres Juifs, précipité vivant dans un puits de la ferme de Guerry et massacré sous un jet de blocs de pierres.

Son nom est inscrit sur la plaque commémorative, située sur le mur des fusillés, au rond point de la Résistance à Saint-Amand-Montrond ainsi qu’à Savigny-en-Septaine.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article118435, notice LÉVY Gaston, Salomon par Justinien Raymond, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 4 février 2019.

Par Justinien Raymond

PLaque d'hommage aux victimes du puits de Guerry
PLaque d’hommage aux victimes du puits de Guerry
Cliché Michel Gorand

ŒUVRE : Gaston Lévy collabora au Mouvement socialiste (il en fut administrateur-gérant le 1er janvier 1911) et au Populaire (administrateur en 1923), ainsi qu’aux journaux du mouvement coopératif.

SOURCES : Arch. PPo., rapport du 23 novembre 1926. — Comptes rendus des congrès socialistes et des congrès coopératifs. — H. Rouger, La France socialiste, op. cit. — Compère-Morel, Grand dictionnaire socialiste, op. cit. — Jean Gaumont, Histoire générale de la coopération en France, t. II. — M. Dommanget, La Chevalerie du Travail française, Lausanne, Éd. Rencontre. — E. Poisson, Comment j’ai vécu les malheurs de la Banque des coopératives, Rouen, Imp. fédérale. — L’Affaire de la Banque des coopératives de France (1934), Les Cahiers de Testis. — La Tragédie de Guerry, Bourges, Comité berrichon du Souvenir et de la Reconnaissance, Bourges, 1945.

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