LHUISSIER Camille, Jean, Marie

Par Jacques Omnès

Né le 25 juillet 1879 à Vautorte (Mayenne) ; mort le 18 janvier 1948 à Laval (Mayenne) ; instituteur ; militant syndicaliste ; secrétaire de la Fédération socialiste SFIO de la Mayenne de 1931 à 1934 et de 1944 à 1947 ; président de l’Université populaire de Laval ; dirigeant de la Ligue des droits de l’Homme et du citoyen ; député de la Mayenne (1945-1948).

Les parents de Camille Lhuissier étaient aubergistes. Il fréquenta le cours complémentaire de Gorron (Mayenne) puis, à quinze ans, entra avec dispense d’âge à l’École normale d’instituteurs de Laval d’où il sortit premier de sa promotion en 1897.

Toute la carrière d’instituteur de Camille Lhuissier se déroula en Mayenne. En 1897, il prit son premier poste à Évron. Après le service militaire, marié le 28 septembre 1901 à Bords (Charente-Maritime) avec une institutrice, il exerça de 1907 à 1928 à Bouère, avec une interruption due à la guerre. Il termina sa carrière en 1933 à l’école annexe de Laval où il assura la formation pédagogique des jeunes instituteurs.

Camille Lhuissier fut l’un des pionniers du syndicalisme enseignant en Mayenne. Membre de l’Amicale des instituteurs de la Mayenne fondée en 1902, il participa aussi à la première campagne syndicaliste auprès des instituteurs mayennais en 1905. Au mois de juillet de cette année, se constitua en Mayenne une section de « l’Émancipation », association fondée peu de temps auparavant dans la Seine et qui engageait les instituteurs dans la voie du syndicalisme face aux Amicales de conception réformiste. En octobre 1905, « l’Émancipation » se transforma en un « syndicat de la Seine », auquel fut affiliée la première « section syndicale des institutrices et instituteurs publics de la Mayenne », dont Lhuissier devint le secrétaire en 1906. Élu au conseil syndical par l’assemblée générale en mai 1910, réélu en juin 1911, son mandat, conformément aux statuts, ne fut pas renouvelé en mai 1912.

Jusqu’à la veille de la Première Guerre mondiale, il mena avec ses camarades la lutte pour le développement du mouvement syndical en Mayenne contre les tentatives d’intimidation et les mesures de répression du gouvernement et de l’administration, notamment en 1908, en 1910 et en 1912 où il fut poursuivi avec seize de ses camarades pour avoir signé le Manifeste de Chambéry en faveur du droit syndical pour les fonctionnaires.

En 1910, il participa au lancement du premier bulletin syndical des instituteurs mayennais : l’Émancipation de l’instituteur. La même année, il fut candidat au conseil départemental de l’enseignement primaire. Aux élections suivantes, en décembre 1913, il obtint 189 voix, manquant de 3 voix la majorité absolue.
Camille Lhuissier s’occupa activement de L’École émancipée. Pour l’année scolaire 1913-1914, il fut chargé de la rédaction du cours d’histoire qui paraissait dans la revue.

Mobilisé dès les premiers jours d’août 1914 dans le 25e régiment territorial comme sous-lieutenant, il fut bientôt promu sous-lieutenant. Le 13 juillet 1915, blessé à la tête, il subit une trépanation. Considéré comme un grand mutilé de guerre, il fut pensionné à 100 %.

Le 3 avril 1919, les militants mayennais démobilisés se réunirent en assemblée générale et décidèrent à l’unanimité la transformation de la section syndicale en un syndicat des membres de l’Enseignement laïque du département de la Mayenne. Le congrès de Tours de la Fédération nationale des syndicats d’instituteurs avait décidé de soumettre à référendum l’adhésion éventuelle à l’Internationale de Moscou. Lors de l’assemblée générale de la Toussaint 1919, Lhuissier fut d’accord pour affirmer avec ses camarades sa sympathie envers les révolutionnaires russes. Le 15 novembre, parlant au nom de la Ligue des droits de l’Homme dans une réunion commune avec la CGT et le Parti socialiste devant environ trois cents personnes à la Bourse du Travail de Laval, il défendit la Révolution russe en la comparant à la Révolution française de 1789. Mais, au cours de l’assemblée générale, avec Halé et Louis Lesaint, il mit en garde les instituteurs syndicalistes mayennais contre une adhésion à l’Internationale, redoutant le dévoiement du syndicalisme. Leur point de vue l’emporta de justesse. Quelques mois plus tard, un nouveau référendum ayant été décidé,, ils durent s’incliner devant la majorité des instituteurs syndicalistes mayennais qui se prononça cette fois pour l’adhésion.

En revanche, à l’assemblée générale du 12 mai 1921, il se prononça avec succès contre la participation de la Fédération des syndicats de l’Enseignement au congrès unitaire de septembre, organisé par la CGT pour réaliser la fusion avec le syndicat national issu de la transformation des Amicales qu’il combattait depuis plus de quinze ans. Camille Lhuissier fut de ceux qui tentèrent, en 1921-1922, d’éviter la scission syndicale. Cependant, une assemblée générale du syndicat des membres de l’Enseignement laïque décida, le 9 avril 1922, d’adhérer à la CGTU.

Camille Lhuissier était membre du Parti socialiste SFIO avant le congrès de Tours (décembre 1920). Passé au Parti communiste, il y resta vraisemblablement jusqu’au moment où ce dernier décida d’interdire à ses membres l’appartenance à la franc-maçonnerie, ce qui était son cas.
Sans réelles activités politiques pendant plusieurs années, il milita très activement à la Ligue des droits de l’Homme et du citoyen. Secrétaire de la section de Château-Gontier, Camille Lhuissier soutint à l’assemblée générale du 26 juin 1921 la proposition d’Émile Lelièvre de regrouper les sections de la Ligue en une Fédération départementale. Le 2 avril 1922, ce projet fut mis à exécution. Camille Lhuissier cumula alors les fonctions de secrétaire de la section de Château-Gontier — plus tard de président de la section de Laval — et de secrétaire de la Fédération départementale.

Devenu, en 1931, secrétaire fédéral de la SFIO, il fut candidat aux élections cantonales du 18 octobre 1931 dans le canton de Laval-Est. Seul candidat socialiste dans le département, sa campagne marqua le véritable retour des socialistes mayennais sur la scène électorale depuis 1920. Il obtint 1 119 voix contre 2 072 au républicain de gauche, Jamin, et 133 au communiste, Louis Dufrenoy, soit plus du tiers des suffrages exprimés. Le franc succès de Camille Lhuissier donna une impulsion à l’activité des socialistes dans le département. Moins d’un mois après les élections cantonales, le 14 novembre 1931, l’Effort social, hebdomadaire déjà ancien de la Fédération SFIO du Maine-et-Loire, parut pour la première fois avec un supplément consacré au département de la Mayenne.

Le 15 mai 1932 Camille Lhuissier présenta un bilan positif au congrès fédéral, qui le réélut au poste de secrétaire. Le 5 février 1933, il fut de nouveau reconduit, bien qu’il ne demandât pas le renouvellement de son mandat. Le 9 avril 1933 le congrès fédéral extraordinaire le désigna comme délégué au congrès national extraordinaire d’Avignon.

Le 13 mai 1934, Camille Lhuissier présenta sa démission au congrès fédéral pour raisons de santé. Il fut remplacé par Auguste Brossaud. Mais, cette même année, il joua un rôle de premier plan dans le développement de l’unité d’action contre le fascisme. Le 12 février 1934, il prit la parole au nom du Parti socialiste et de la LDH, à un meeting commun réunissant les organisations de gauche. Le 22 février, il présida une réunion commune du SNI et du syndicat unitaire de l’Enseignement destinée à rechercher en commun le moyen de lutter contre le fascisme et la réaction. Entre temps, l’unité réalisée, dès la première heure, par les instituteurs confédérés et unitaires s’était élargie et un comité antifasciste était né, en mars, à Laval. Il présida, le 6 mai, un meeting de huit cents personnes. Le 14 juillet 1935, il exposa, au cours du rassemblement de Laval, les origines et les objectifs du Rassemblement populaire et lut le texte du serment antifasciste.

Auparavant Camille Lhuissier avait mené la liste de la SFIO aux élections municipales du 5 mai 1935 à Laval. En 1936 il ne fut pas candidat aux élections législatives, la Fédération socialiste ayant décidé de soutenir les candidats républicains ou radicaux. Par contre, le 10 octobre 1937, il se présenta à nouveau pour la SFIO dans le canton de Laval-Est pour les élections au conseil général. Il recueillit 1 273 voix contre 2 119 au républicain de gauche Beck et 159 à Louis Dufrenoy, soit 35,7 % des exprimés. La même année, il commença à collaborer aux Nouvelles mayennaises, hebdomadaire du Rassemblement populaire en Mayenne. 

Enfin, le 21 mai 1939, il défendit la motion Blum contre la motion Paul Faure au congrès fédéral du Parti socialiste.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Camille Lhuissier milita dans les rangs du mouvement " Libération-Nord ", recueillant des résistants traqués, assurant des liaisons. Il siégea au comité départemental de Libération à partir du 13 septembre 1944 au titre du Parti socialiste SFIO dont il assurait les fonctions de secrétaire fédéral par intérim.

Dans la préparation des élections à l’Assemblée nationale constituante, les rapports entre la fédération socialiste et la direction nationale se tendirent. En septembre 1945, Lhuissier prévint la direction du parti qu’une liste commune avec le PCF était en préparation. Daniel Mayer lui fit remarquer que le congrès national interdisait cette alliance. Lhuissier, le 29 septembre, plaida en sens inverse indiquant que l’alliance permettrait au parti de gagner un siège et il commentait, devant la menace de sanction : pour moi « qui ai consacré toute mon activité depuis 1929 au développement du parti, dans des conditions de lutte extrêmement difficiles, sans aucun espoir d’obtenir une satisfaction quelconque, je me retirerai après cette dernière bataille, persuadé, quand même, de ne pas avoir démérité. L’âge et la santé me commandent la retraite, j’aurai bien souhaité cependant de pas terminer ma carrière de socialiste dans de telles conditions ». Il ajoutait en post-scriptum, « je reçois une brutale sommation de Jaquet. Je n’ai rien à ajouter, la fédération a pris ses responsabilités, le comité directeur décidera ». La liste commune fut déposée à la Préfecture. Le 21 octobre 1945, elle arriva en tête à Laval avec 4 597 voix et en quatrième position dans l’ensemble du département. Lhuissier devint néanmoins député, devant son élection au système de la répartition des restes à la plus forte moyenne. La Mayenne fut la seule fédération à oser se montrer indisciplinée en présentant une liste commune avec le PCF. Lors de la conférence des secrétaires fédéraux des 27-28 octobre 1945, il qualifia cette initiative « d’unité d’action préventive », puisque c’était, selon lui, le seul moyen de battre « la réaction », en s’opposant aussi à la candidature de Soustelle qui voulait faire une liste commune UDSR-SFIO. Mais son principal adversaire était le MRP, qu’il prit pour cible : « sous une étiquette sociale et prometteuse [le MRP] ne doit pas vous tromper. Il n’est pour vous que l’adversaire de l’École publique, le candidat du cléricalisme rétrograde dont il restera le prisonnier ». La fédération et Lhuissier furent blâmés par le comité directeur du 7 novembre 1945 pour cette alliance. Réélu à l’Assemblée nationale constituante du 2 juin 1946, il conserva son siège le 10 novembre 1946. Camille Lhuissier appartint durant ses trois mandats à la Commission de l’Éducation nationale et des beaux-arts, de la jeunesse, des sports et des loisirs. Il fut désigné par le groupe socialiste pour siéger à la Haute-Cour de Justice le 21 juin 1946 et figurait sur la liste de l’Amicale des Parlementaires de la Ligue de l’enseignement. Ses interventions portèrent principalement sur les activités sportives et sur les questions scolaires.

Ses activités parlementaires l’amenèrent à renoncer aux responsabilités de secrétaire fédéral de la SFIO. Mais, il conserva la responsabilité de diverses organisations laïques ou institutions : présidence du Cartel départemental d’action laïque qui se constitua en 1946, présidence de la Fédération des œuvres laïques de la Mayenne, présidence de " l’Émancipatrice ", société coopérative propriétaire de la Maison du Peuple et vice-présidence (depuis 1930) de l’Université Populaire de Laval. Camille Lhuissier appartenait également depuis 1922 à la loge maçonnique de Laval qu’il fréquenta assidûment jusqu’à sa mort. Après son décès en cours de mandat, son second de liste, Georges Ricou*, lui succéda à l’Assemblée nationale.

Il était chevalier de la Légion d’honneur et titulaire de la Croix de guerre.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article118523, notice LHUISSIER Camille, Jean, Marie par Jacques Omnès, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 3 mai 2021.

Par Jacques Omnès

ŒUVRE : Camille Lhuissier a collaboré à des revues syndicales départementales, au journal Les Nouvelles mayennaises, hebdomadaire né au temps du Front populaire, devenu, à la Libération, organe de la fédération SFIO, à La Mayenne laïque, organe du comité de défense laïque.

SOURCES : Arch. nat., F/1cII/112/B et 149. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1948. — Conseils généraux, élections, résultats officiels, octobre 1931, Paris, J.L.L. D’Artrey directeur. — Arch. Dép. Mayenne, M 3200 et 3 M 2810, 2816, 3550. — OURS, fédération SFIO de la Mayenne. —L’Émancipation de l’Instituteur, 1910-1927. — La Mayenne laïque. — Les Droits de l’homme et du citoyen, mai 1930. — L’Effort social, 1931-1934. — Travail, 1934-1935. — Les Nouvelles mayennaises, 1937-1939 et 1944-1948. — T. Flammant, L’École émancipée, op. cit.— Renseignements et documents fournis par Francis Robin. — Notes de Jacques Girault et de Gilles Morin.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément