LIVIAN Marcel [LIVIAN Baroli, Marcel]

Par Jacques Girault

Né le 5 mars 1901 à Braïla (Roumanie) ; mort le 26 novembre 1988 à Paris (Xe arr.) ; avocat, puis conseiller juridique ; militant socialiste SFIO, responsable des questions de l’immigration.

Employé d’une maison de commerce de Paris importatrice de céréales, le père de Marcel Livian devint directeur de son agence dans le port de Sulina en 1904, puis à Calafat vers 1910. Élevé dans une famille de moyenne bourgeoisie francophile, Marcel Livian apprit de nombreuses langues dès son enfance ; il fréquenta l’école catholique tenue par des ecclésiastiques allemands, l’école secondaire de Galatz, puis le lycée de Bucarest où il obtint le baccalauréat.

Étudiant à Paris en 1919, il acheva sa licence en droit à la Faculté de Bucarest en 1925 après avoir effectué son service militaire (novembre 1922-novembre 1923). Adhérent du Parti socialiste roumain, il s’inscrivit au barreau de Bucarest comme avocat, spécialisé dans le droit commercial. Après la mort de son père, sa famille vint s’installer en région parisienne où il fut employé au service du contentieux de la Compagnie des assurances "L’Abeille", puis à partir de 1929, chez un avoué comme clerc tout en poursuivant ses études de doctorat. En 1934, il s’installa à son compte comme conseiller juridique.

Militant aux Étudiants socialistes dès 1925, Marcel Livian appartenait à la XXe section du Parti socialiste SFIO. En 1932, il était secrétaire du comité de presse du quartier du Père-Lachaise dont le Populaire, le 25 mai, vantait le dynamisme pour la collecte des abonnements. Il devint par la suite le secrétaire adjoint du groupe socialiste du quartier. Il militait en liaison avec les membres de la commission de politique étrangère du Parti socialiste et se consacra dès lors à la situation des étrangers en France. Sur le plan universitaire, il écrivit, en 1936, un ouvrage préfacé par Marius Moutet, alors ministre socialiste, sur Le régime juridique des étrangers en France. Rédacteur en chef de la Revue pratique de Droit international privé, "Les droits civils", jusqu’à sa disparition en septembre 1936, qu’il avait contribuée à créer en 1934 sous le contrôle du Parti socialiste SFIO et la direction effective de l’avocat Maurice Delépine , président du groupe des avocats socialistes, Livian fit des conférences sur la question des étrangers à la Sorbonne ou aux Rencontres internationales animées par Marc Sangnier.

Secrétaire adjoint de l’association "Les Amis des travailleurs étrangers", dont la secrétaire générale était Magdeleine Paz , membre du Centre de liaison des comités pour le statut des émigrés, Marcel Livian publiait des articles juridiques dans la presse socialiste et le mensuel Fraternité, organe des forces du Front populaire militant en faveur du droit des immigrés. Il fut, pour ces raisons, l’une des chevilles ouvrières de la politique du gouvernement de Front populaire en matière d’immigration et participa à plusieurs conférences internationales comme délégué du Parti socialiste.

Dès la déclaration de guerre, Marcel Livian s’engagea à titre étranger et fut affecté dans un régiment d’artillerie à Rennes (Ille-et-Vilaine). Démobilisé en août 1940 dans les Basses-Pyrénées, il participa à la Résistance, aux côtés de Daniel Mayer, à Marseille (où il fut traduit devant le tribunal militaire de la XVe région en juin 1942), à Grenoble, à Toulouse, puis à Paris, en liaison avec "Ceux de la Résistance". Il fut inculpé en 1943 d’atteinte à la Sûreté intérieure de l’Etat pour délivrance de fausses cartes d’identité selon les Renseignements généraux qui rapportaient en 1950 qu’il avait été le secrétaire de Daniel Mayer en 1944. Engagé dans les Forces françaises de l’intérieur, il combattit sur le front de l’Alsace jusqu’en décembre 1944. Membre de l’Amicale des anciens légionnaires, il était conseiller juridique des Engages volontaires étrangers.

Chargé dans les années trente par le Parti socialiste d’assurer la liaison avec les organisations socialistes juives, il conserva ce contact, pendant la guerre, avec les organisations résistantes, devint conseiller juridique du Centre de documentation et de propagande juive créé en 1943 et rédigea, avec Pierre Stibbe, une brochure anonyme commentant la législation raciale. D’autre part, avec Daniel Mayer, il aida ces organisations juives à diffuser leurs idées.

Docteur en droit de l’Université de Paris en 1945, naturalisé français en 1946, il ouvrit un cabinet de conseiller juridique qu’il anima jusqu’à sa retraite en 1966. Dans le Parti socialiste, il occupa les responsabilités de secrétaire de la commission d’immigration et participa aux discussions internes du parti lors de l’élaboration du statut des étrangers dans les années 1945-1949. Membre de la commission des affaires internationales du parti, vice-président de la section française de l’Entraide ouvrière internationale à la fin des années cinquante, il siégeait au conseil supérieur d’Aide sociale. En 1966, il devint délégué permanent de la SFIO auprès des organisations d’étrangers en France et à la commission d’études des problèmes de l’Europe centrale et de l’Europe de l’Est fonctionnant sous l’égide de l’Internationale socialiste. Conseiller juridique du Parti socialiste, le bureau de Paris le désigna, en février 1966, membre de la commission de contrôle de la société commerciale du Populaire. En 1963, il participa à la réunion du groupe d’études sur le dialogue public avec le Parti communiste convoquée par le secrétariat de la SFIO et, deux ans plus tard, figura parmi les personnalités du IXe arr. appelant à voter aux élections présidentielles pour F. Mitterrand.

En 1982, dans un ouvrage consacré au Parti socialiste et à l’immigration, il rappela l’action du gouvernement du Front populaire et du Parti socialiste SFIO en faveur des étrangers. Marcel Livian déposa ses archives au Centre de recherches d’Histoire des mouvements sociaux et du syndicalisme (Paris I). Toujours membre du Parti socialiste, de la Ligue des droits de l’Homme et du citoyen, il participait aux activités de plusieurs associations (Comité parisien des anciens combattants, Association nationale des anciens combattants de la Résistance, engagés volontaires nationaux) et des groupes professionnels juridiques.

Sa sœur, membre des Jeunesses socialistes avant la Seconde Guerre mondiale avait épousé Daniel Mayer, alors journaliste au Populaire. Marié en mars 1932 à Soissons (Aisne) avec une employée de banque, Marcel Livian était père d’un fils.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article118681, notice LIVIAN Marcel [LIVIAN Baroli, Marcel] par Jacques Girault, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 1er mars 2015.

Par Jacques Girault

ŒUVRE : Le Régime juridique des étrangers en France, Paris, Librairie générale de Droit et de Jurisprudence, 1936, 234 p. — L’Entente balkanique et l’après-guerre actuelle, Paris, idem, 1940, 188 p. — Le Parti socialiste et l’immigration. Le gouvernement L. Blum, la main-d’œuvre immigrée et les réfugiés politiques (1920-1940), Paris, Anthropos, 1982, 265 p.

SOURCES : Arch. Nat., CAC 19960325 article 1, rapport RG PCF 1950 (communiqué par l’IHTP). — Arch. Marcel Livian (CHS). — Une vie, ma vie, autobiographie, manuscrit dactylographié, 210 p. — Presse nationale. — Renseignements communiqués par M. Livian. — Arch. OURS, un carton Livian Marcel, affaire Topalovitch et documents à propos de son livre Le Parti socialiste et l’immigration.— Dimnet Antoine, Marcel Livian, un expert socialiste de l’immigration, M2 (Philippe Rygiel, Université de Paris X, 2011, 152 p.

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