LONG Martinien

Par Antoine Olivesi, Jean-Marie Guillon

Né le 18 juillet 1870 à Fuveau (Bouches-du-Rhône), décédé le 18 mars 1941 à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) ; cadre de l’industrie ; militant socialiste, puis communiste des Bouches-du-Rhône.

Fils de Désiré Long, ferblantier, et de Louise Chambard, sans profession, marié à Marseille le 15 septembre 1927 avec Clémence Lèbre, père d’un enfant, Martinien Long était directeur commercial des établissements Rivoire & Carret à Marseille. Militant du Parti socialiste avant la Première Guerre mondiale, il appartenait à son aile gauche. Il écrivit, le 1er novembre 1919, un article intitulé "A nos frères russes" dans le Bulletin rouge (n° 3), organe "syndicaliste, social, international, communiste", imprimé à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône), appelant le peuple français à venir en aide à la Révolution russe.

Secrétaire, avec Louis Boisson de la commission d’études du syndicat interindustriel de Marseille, à partir duquel fut créée la section française de l’éphémère Confédération des travailleurs du Monde, Long assura la gérance de son journal CTM (n° 1, septembre 1920). Au congrès extraordinaire de la Fédération départementale SFIO qui se tint à Salon le 12 décembre 1920, il représenta la 6e section de Marseille. Ce congrès, préparatoire à celui de Tours, se prononça à une très forte majorité pour l’adhésion à la IIIe Internationale.

En 1931, un Long fut le candidat du Parti communiste dans le 9e canton de Marseille au conseil d’arrondissement, et obtint 385 voix.

Le 4 juin 1938, le journal Juin 36 (publié par les socialistes révolutionnaires autour de Marceau Pivert) publia une lettre de « Martinien Lang », certainement une erreur pour Martinien Long, où il disait qu’il venait d’être exclu du PC. Il critiquait « l’opportunisme de Thorez », ainsi que son livre « "Fils du Peuple" ou "Fils de Dieu" ». Il appelait de ses vœux la création d’un « nouveau parti socialiste révolutionnaire ». Adhéra-t-il au Parti socialiste et paysan (PSOP), créé quelques jours plus tard ?

Martinien Long fut pourtant signalé comme militant communiste à Salon en octobre 1939 par le sous-préfet d’Aix. Pour la police, il restait un dangereux agitateur communiste, d’autant plus « néfaste » qu’il était instruit et s’exprimait avec aisance. Un rapport de la Sûreté du 6 juin 1940 signalait que plusieurs plaintes pour propagande défaitiste auraient été déposées contre lui, qu’il tentait de reconstituer une cellule, qu’il représentait « un réel danger pour l’ordre social » et qu’il devait être « mis dans l’impossibilité de nuire ». Le préfet prit un arrêté d’internement administratif pour le camp de Saint-Angeau (Cantal), le 6 juin 1940, mais il fut dirigé sur celui de Chabanet (Ardèche). Une information ayant été ouverte contre lui pour propos de nature à exercer une influence fâcheuse sur le moral de la population le 12 juin, il fut incarcéré à la prison d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Un médecin l’examina le 20 juillet 1940 et conclut que la détention était défavorable à sa santé. Il était affecté par les séquelles d’une tuberculose pulmonaire. Comme le signala l’avoué qu’il avait pris pour le défendre, une ordonnance de mise en liberté provisoire fut signée le 22 juillet, mais il fut aussitôt interné au camp de Chibron (commune de Signes, Var). Son état se dégradant, il fut rapidement envoyé à l’hôpital Labadie à La Rose (Marseille). Bien que la justice ait conclu à un non lieu le 13 août 1940, il fut maintenu en internement. Pourtant, le 17 septembre 1940, le procureur de la République relativisait ce qui lui avait été reproché, en écrivant au préfet qu’il avait été poursuivi pour avoir dit, en jouant aux boules sur la place publique : « Il a fallu ce c… de Daladier pour nous emm… » ; les gendarmes furent informés qu’il faisait de la propagande communiste, ce que Long niait, mais le juge d’instruction le fit écrouer. Pour le procureur, ses propos ne lui semblaient qu’une « simple manifestation d’opinion concernant l’opportunité de mesures prises par le gouvernement Daladier avant la déclaration de guerre ». Mais, le 23 septembre 1940, la Police spéciale, tout en reconnaissant qu’il était de santé précaire et que rien ne pouvait lui être reproché, mises à part ses idées politiques, considérait qu’il était le communiste le plus influent de Salon, qu’il était « dangereux » de le laisser y retourner et qu’il devait être maintenu au camp en surveillance. Il fut finalement libéré par un arrêté du 16 janvier 1941, mais mourut deux mois après, le 18 mars à Aix-en-Provence où il avait été astreint à résider.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article118837, notice LONG Martinien par Antoine Olivesi, Jean-Marie Guillon, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 13 février 2021.

Par Antoine Olivesi, Jean-Marie Guillon

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, II M3/54 ; III M/54 ; M 6//11249 (anciennes cotes), 5 W 197 (dossier internement). — Arch. dép. Var 4 M 292. — D. Moulinard, Le Parti communiste à Marseille, op. cit. — René Bianco, Un siècle de presse anarchiste, op. cit. — Note de Julien Chuzeville.— état civil.

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