LOPIN René, Marcel

Par Yves-Claude Lequin

Né le 8 novembre 1906 à Avrigney (Haute-Saône), mort le 16 août 1970 à Aubevoye (Eure) ; instituteur à Dole (Jura) ; militant syndicaliste ; militant communiste jurassien.

Fils d’épiciers, très tôt orphelin — son père fut tué à la guerre, en 1916, et sa mère mourut peu après — René Lopin entra à l’École normale grâce à une bourse ; il y manifesta bientôt son état d’esprit en participant à une manifestation contre la préparation militaire qui s’effectuait alors dans le cadre des EN. Dès sa sortie, il adhéra aux Jeunesses communistes. Puis ce fut le service militaire et, peu après son retour à la vie civile, il adhéra au Parti communiste. C’est vers1929 qu’il obtint un poste d’instituteur à Dole.

René Lopin milita dans le syndicalisme unitaire de l’enseignement dont il était, dès 1929, un des dirigeants de la section jurassienne. Il défendit les positions de la minorité de la Fédération de l’Enseignement, demanda "une collaboration étroite avec le PC" (le Semeur, 25 janvier 1930) et protesta, en avril 1931, "contre le cinquantenaire de l’école laïque bourgeoise". Il inspira un communiqué du rayon communiste de Dole, qui, le 11 juillet 1931, recommandait aux communistes de ne pas faire participer leurs enfants à la fête des écoles pour ne pas "apporter leur concours, quel qu’il soit, à la glorification d’une institution bourgeoise et à la célébration d’un des meilleurs serviteurs de la bourgeoisie" (le Semeur). A la même époque, vers 1930-1932, il participa à la direction du groupe des jeunes de la Fédération unitaire de l’Enseignement.

René Lopin ne craignait pas de cumuler les responsabilités et les tâches qui en découlaient, puisque le 24 mai 1930 — il n’avait que 24 ans — il fut élu secrétaire de l’Union locale unitaire de Dole. Il devait le rester deux années, y déployant une grande activité. En 1931, il devint un des dirigeants du rayon communiste de Dole (voir André Barthélémy*). L’un et l’autre furent aussi, entre 1933 et 1935, parmi les responsables de la région Centre-Est du Parti communiste. Lopin fut en outre, en février 1933, le principal fondateur de l’Imprimerie coopérative doloise, qui imprima désormais le Semeur ouvrier et paysan dont il eut la charge. Il fut délégué au congrès d’Amsterdam en août 1932 puis au congrès de Paris, salle Pleyel, en juin 1933. Sa participation à la grève du 12 février 1934 lui valut, ainsi qu’à deux autres communistes dolois, Louis Bougeot* et Charles Ferrat*, d’être inculpé pour de prétendues "voies de fait à agent" et condamné à six jours de prison avec sursis. Cela ne l’empêcha pas, en 1934 et surtout en 1935, d’animer de nombreux rassemblements antifascistes dans tout le nord du département. Lors de la création de la région communiste du Jura, il fut élu par la conférence régionale du 22 décembre 1935, comme membre du bureau régional et secrétaire de la région.

L’unification syndicale et le Front populaire allaient encore accroître ses charges. Il assura, en 1935-1936, la gérance de la Voix syndicale, journal du SNI jurassien et devint l’un des animateurs du Front comtois, journal fondé en décembre 1935 pour diffuser dans la région doloise, les idées des courants composant le Front populaire. Actif diffuseur de journaux et brochures, il fut candidat aux élections municipales de mai 1935 à Dole et surtout aux élections législatives dans sa circonscription, en mai 1936, groupant 1 811 voix sur 14 891 suffrages exprimés. Mais les problèmes du désistement au second tour furent à l’origine du premier conflit à l’intérieur du rayon communiste de Dole. René Lopin, qui était alors secrétaire de la 30e région communiste, se trouva ensuite en désaccord croissant avec son parti et, en 1937, il le quitta ou en fut exclu. Son ami Marcel Messeau écrit dans on autobiographie de d’août 1937 : « J’ai été lié avec des éléments qui sont venus par la suite au trotskisme : Aulas que j’ai aidé à chasser en 1929 et Lopin du Jura avec qui je n’ai plus de relations depuis son exclusion du Parti ». Lopin poursuivait toutefois ses activités syndicales et il comptait, depuis le Front populaire, parmi les dirigeants de la Bourse du Travail de Dole dont il était en avril 1939, élu ou réélu secrétaire adjoint.

Mobilisé et blessé en 1940, il fut déplacé d’office, peu après, par le gouvernement de Vichy. Il refusa, quitta l’enseignement et ouvrit une librairie à Dole. Au cours de l’été 1941, il fut arrêté et emprisonné à Écrouves (Meurthe-et-Moselle). Au printemps 1942, suite, semble-t-il à des règlements de compte particulièrement odieux dans une telle période, il fut jugé et emprisonné à Dole, puis renvoyé au camp d’Écrouves. Libéré et mis en résidence surveillée dans les Vosges où sa femme, postière, avait été déplacée, il s’enfuit à Paris où il demeura y compris après la Libération. Entré finalement dans une grande usine (Ferodo), il y devint cadre, mais dut la quitter en 1948 ou 1949 à la suite d’une grève faite par solidarité avec les ouvriers. A la recherche d’une situation indépendante, il devint, après plusieurs tentatives, agent général d’une fonderie des Ardennes.

Toujours révolutionnaire de cœur, René Lopin n’était plus désormais militant. Et pendant que dans la région doloise beaucoup de militants communistes avaient, selon Barthélémy, « une véritable nostalgie de Lopin », lui-même vécut ses dernières années dans une amère solitude.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article118883, notice LOPIN René, Marcel par Yves-Claude Lequin, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 15 septembre 2012.

Par Yves-Claude Lequin

SOURCES : Arch. Nat. F7/13130. — Arch. Dép. Jura, M suppl. 239, M suppl. 271. — Arch. Com. Dole, 7 K 3. — RGASPI, 517 1 1747 ; 495 270 5257, dossier Lopin au Komintern, mais sans autobiographie ; 495 270 3976, autobiographie de Marcel Messeau.. — T ; Ferlé, Le communisme en France, 1937. — Le Semeur ouvrier et paysan, 1930 à 1935 — Lettres de Suzanne Lopin, veuve de René Lopin, janvier 1975 et de Robert Lopin, son fils, juillet 1975. — Témoignages d’André Barthélémy, de Charles Masson, de Mme et Mr Pierre Lacroix, 1974. — Note de Jacques Girault.

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