LOUIS René, Marcel

Par Yves Le Maner, Gilles Morin

Né le 18 août 1887 à Reims (Marne) ; mort le 24 février 1969 à Manosque (Alpes-de-Haute-Provence) ; instituteur, puis rédacteur aux Archives départementales du Pas-de-Calais ; militant syndicaliste, socialiste et coopérateur du Pas-de-Calais ; résistant.

Fils d’Isidore, Eugène Louis, professeur d’école normale, et de Blanche Romagny, à sa sortie de l’École normale d’instituteurs de Douai (Nord), René Louis fut nommé instituteur, profession qu’il abandonna après quelques années pour entrer comme rédacteur de préfecture aux archives départementales du Pas-de-Calais. Une note des Renseignements généraux de la Libération le caractérisait comme « autodidacte qui s’est acquis de solides connaissances ».

Exclu du Parti communiste en 1925, puis membre du Parti socialiste SFIO, il fut pendant l’entre-deux-guerres l’un des secrétaires de la section d’Arras (Pas-de-Calais). En particulier, il joua un rôle d’arbitre lors du congrès fédéral du Pas-de-Calais le 8 juin 1935 : en soutenant la motion Paul Faure*, il permit de trouver un terrain d’entente entre les partisans de la motion hostile à l’unité d’action et ceux de la motion de la gauche du parti (Pivert*-Bataille socialiste).

Élu au conseil municipal d’Arras en 1929, il fut nommé adjoint au maire après la consultation de 1935. Adhérent à la CGT depuis 1921, il fut pendant plusieurs années, et jusqu’à la réunification de 1935, secrétaire adjoint de l’Union locale des syndicats confédérés d’Arras avec son frère, Paul Louis.

Candidat socialiste SFIO aux élections législatives de 1936 dans la 1ère circonscription d’Arras, René Louis se classa en tête des candidats du Front populaire avec 5 189 voix sur 30 585 inscrits, suivit de Abraham Laquay, communiste (4 544) et du docteur Touzard, radical-socialiste (4 111) qui se désistèrent pour lui. Mais il fut battu au second tour par le député modéré sortant de Diesbach.

Resté à son poste à la municipalité d’Arras pendant les premiers mois de l’Occupation, René Louis fut détenu trois mois comme otage en 1940. Après la dissolution de la municipalité, il fut l’un des deux socialistes à demeurer dans le conseil municipal. Nommé adjoint, il exerça de fait les fonctions de maire, M. Gaillard étant presque toujours malade. La note de police déjà citée, qui lui était hostile, affirmait que comme directeur de la Société agricole des coopérateurs du Nord, il se serait montré d’une « trop grande docilité vis-à-vis des exigences des autorités d’occupation ». Il entra dans la Résistance après le débarquement allié en Afrique du Nord. Il échappa à la police allemande le 9 avril 1944, selon La Liberté du Pas-de-Calais des 3-4 septembre 1944. Recherché par les services allemands (GFP) parce qu’il figurait sur une liste trouvée sur « Charpin » après son arrestation, il quitta le Pas-de-Calais pour l’Est où il participa à la Résistance. Il possédait des attestations de Tanguy-Prigent sur son action à la Confédération générale de l’Agriculture (CGA), dont il était responsable régional et membre du comité national.

René Louis entra au comité local d’Arras et au Comité départemental de Libération clandestins comme représentant de la CGA. Il hébergea pendant plusieurs mois le futur préfet. Après la Libération, rapporteur pour l’agriculture au congrès des comités locaux de l’arrondissement d’Arras (novembre 1944) et pour les comités locaux à ceux de Boulogne-sur-Mer et Montreuil, il fut intégré à la commission de vérification des internements administratifs, du 18 septembre au 16 novembre suivant, date à laquelle il fut choisi pour siéger à l’Assemblée consultative provisoire installée au palais du Luxembourg en tant que représentant de la CGA.

Il aurait été exclu par la section SFIO pour être demeuré dans le conseil municipal. Les communistes menèrent une violente campagne contre lui, l’accusant d’avoir fait arrêté un nommé Lambert, ce qui s’avéra faux. Il était décrit comme « autoritaire » et ayant de nombreux ennemis.

Dans le mouvement coopérateur du Nord de la France, René Louis donna toute sa mesure. En 1919, dans cette région dévastée par quatre années de combats, il fut l’instigateur de la création d’une société coopérative de consommation dénommée « Coopérative générale d’Arras » dont il devint l’administrateur délégué. Les débuts furent assez prometteurs : cinq mille familles sociétaires et dix-huit magasins en 1922, dans Arras et les communes voisines ; en 1927, la société ayant étendu son action jusqu’à Lens (au Nord) et Bapaume (au Sud), possédait cinquante magasins en 1930. Devenue « Coopérative générale d’Arras et d’Artois », elle groupait 7 600 familles autour de soixante-quatre magasins. Mais il s’avéra que cette extension avait été trop rapide, étayée sur de trop faibles moyens financiers qu’aggravait une insuffisance des ventes. La fermeture de plusieurs magasins se révélant insuffisante, il fut décidé d’appeler à l’aide la grande société voisine « Les Coopérateurs de Flandre ». La fusion fut opérée en 1931.

René Louis demeura administrateur de la nouvelle société ainsi agrandie sous le nom de « Les Coopérateurs de Flandre et d’Artois », mais il n’y occupa plus d’emploi permanent. Son intérêt principal se porta alors vers la coopération agricole, déjà puissante dans le Pas-de-Calais. Membre du conseil fédéral des coopératives de la région du Nord au titre de trésorier depuis 1920, il le resta jusqu’en 1940, au titre des coopérateurs FA, et le redevint de 1946 à 1953 comme représentant de la coopération agricole. Élu au conseil central unique de la Fédération nationale des coopératives de consommation (FNCC), du Magasin de gros et de la Banque coopérative en 1924, Louis ne fut plus candidat en 1935, après la réorganisation coopérative qui venait de s’opérer. Après la Libération, il fut porté à la direction générale de la Société des agriculteurs-coopérateurs du Nord de la France à Arras. Il prit sa retraite en 1953 et se retira en Provence.

Marié à Hénin-Liétard (Pas-de-Calais), le 11 septembre 1912, avec Berthe, Mélanie, Zénobie, Schmidt, puis en secondes noces, à Arras, le 14 avril 1943 avec Raymonde, Simone, Louise, Clerc, il était père d’un enfant en 1945.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article118998, notice LOUIS René, Marcel par Yves Le Maner, Gilles Morin, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 2 mai 2021.

Par Yves Le Maner, Gilles Morin

SOURCES : Arch. Nat., F/1a/3326. — Arch. Dép. Pas-de-Calais, M 182 et M 5304. — Le Monde, 26 février 1969. — L. Denis, DES, Lille, op. cit. — Compère-Morel, La Liberté du Pas-de-Calais, septembre 1944. — R. Pannequin, Ami, si tu tombes, Paris, 1976. — G. Lachapelle, Les Élections législatives, op.cit.. — Renseignements fournis par la mairie d’Arras. — Fonds d’archives Jean Gaumont-Gaston Prache. — G. Marlière, La Coopération dans le Nord et le Pas-de-Calais, Saint-Amand, 1933. — Archives de la FR du Nord, de la FNCC (congrès 1938 et 1939). — Le Trait d’Union, 1933-1935. — Le Coopérateur de France (éd. Flandre-Artois), novembre-décembre 1935. — Le Coopérateur de France (éd. Flandre-Artois), novembre-décembre 1935. — René Bargeton, Le Comité départemental de Libération du Pas-de-Calais (1943-1946), Arras, Mémoires de la commission départementale d’Histoire et d’Archéologie du Pas-de-Calais, tome XXXIII. — Notes de Gaston Prache.

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