LUCHEUX Léon, Jules, Émile dit "Milot"

Par Jean-Jacques Doré

Né le 4 février 1880 à Salouël (Somme) ; manouvrier, charpentier en bois puis terrassier ; secrétaire de l’Union locale unitaire (CGTU) du Havre (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) de juin à septembre 1925 ; anarcho-syndicaliste.

Fils d’un ouvrier de fabrique et d’une ménagère, Léon Lucheux, cheveux châtains, yeux bleus, 1m73 et les bras tatoués, était manouvrier à Salouël lorsqu’il fut appelé au service militaire du 14 novembre 1901 au 20 septembre 1902. Au gré de ses pérégrinations professionnelles, il se tailla une jolie réputation de bagarreur, plusieurs fois condamné pour coups et blessures et port d’armes prohibées. En 1905 il habitait Beauvais (Oise) où il travaillait comme charpentier puis déménagea à Saint-Denis (Seine, Seine-Saint-Denis) en 1907, il s’y maria le 22 novembre 1910 avec Catherine Gross. À Versailles (Seine-et-Oise, Yvelines) en 1912, il était de retour à Saint-Denis en 1913.

"Sa guerre" fut aussi mouvementée que sa vie civile. Mobilisé en septembre 1914, deux fois blessé en octobre 1914 à la jambe et en juillet 1915 au bras, détaché aux usines Peugeot de Levallois (Seine, Hauts-de-Seine) en juillet 1915, il fut rappelé au front (sanction ?) en octobre 1916. Blessé une troisième fois le 1er décembre suivant, il fit l’objet d’une condamnation pour avoir, "en état d’ivresse, créé un scandale dans son quartier". Enfin, déserteur, il fut condamné à six mois de prison le 14 septembre 1918. Rendu à la vie civile le 8 octobre 1919, il retrouva Beauvais où il se remaria avec Victorine Desmarais le 9 octobre 1920.

Il quitta Beauvais pour Le Havre en juin 1924 après avoir été engagé comme terrassier et milita au syndicat unitaire dont il devint, début 1925, le délégué à l’Union locale. Apprécié des dirigeants havrais pour sa facilité d’élocution et son sens de la répartie, il fut proposé par la majorité anarcho-syndicaliste pour succéder au secrétaire de l’UL, Jean Le Gall dont le mandat venait à expiration. Il fut élu le 7 juin 1925 par 13 voix contre 10 au candidat communiste Henri Gautier.

Sa déchéance fut prononcée en septembre dans des circonstances rapportées le 23 septembre 1925 par le commissaire central du Havre. "Depuis quelques temps, le trésorier de l’Union locale, le sieur Henri Lambert, s’apercevait de certaines irrégularités dans les comptes du secrétaire Lucheux. Le conseil d’administration demanda à ce dernier des explications. Lucheux se défendit et protesta énergiquement de son honnêteté. Ne s’en tenant pas là, quatre ou cinq membres du dit conseil se sont rendus un jour au domicile de Lucheux et ont visité minutieusement son appartement afin d’y retrouver les 800 frs. manquant à la caisse syndicale. Cette visite ne fut pas du goût de Lucheux, mais les visiteurs passèrent outre et enlevèrent un costume complet et des outils de charpentier, pour se payer, parait-il de l’argent manquant. Lucheux retourna peu de temps après au siège de l’Union pour réclamer ce qu’on lui avait enlevé. Il y rencontra ceux qui avaient perquisitionné chez lui. Il fut bousculé, frappé et mis à la porte avec un coup de pied." "J’ajoute qu’au moment où Lucheux se trouvait dans le local de l’Union, il a été fouillé par les assistants et, comme il était porteur d’un revolver, cette arme lui a été retirée. Bien entendu Lucheux ne portera pas plainte pour les sévices dont il a été l’objet. Il doit même quitter le Havre incessamment et il cachera le lieu où il se rendra".

Le 8 octobre 1925, Jean Le Gall fut réélu secrétaire de l’Union locale.

Léon Lucheux travailla quelques temps sur le port, puis quitta Le Havre pour Caen (Calvados) en 1927.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article119128, notice LUCHEUX Léon, Jules, Émile dit "Milot" par Jean-Jacques Doré, version mise en ligne le 24 janvier 2022, dernière modification le 24 janvier 2022.

Par Jean-Jacques Doré

SOURCES : Arch. Dép. Seine-Maritime Sûreté générale, rapports mensuels des commissaires spéciaux (non classés), 1 MP 243 Renseignements sur suspects, 2 Z 184. — Arch. Dép. Somme, État civil, Matricule militaire.

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