BONNET Jacques, Louis, dit RIVET, ou le GRAND JACQUES

Par Roger Pierre

Né le 28 novembre 1883 à Villars-les-Dombes (Ain) ; mort le 24 juin 1942 au Teil (Ardèche) ; chef de train au Teil ; militant syndicaliste, socialiste, puis communiste dans l’Ardèche et la Drôme.

Le père de Jacques Bonnet était entrepreneur de maçonnerie, et professait des opinions radicales. Élève intelligent, Jacques reçut à l’école primaire, puis pendant deux ans à l’école primaire supérieure, une bonne instruction qu’il s’efforça de perfectionner toute sa vie. Il fut d’abord employé comme maçon dans l’entreprise paternelle, puis, après son service militaire, il entra le 12 novembre 1907 à la Compagnie du PLM et fut employé comme chef de train dans l’important centre cheminot du Teil, jusqu’à sa mise à la retraite, le 1er janvier 1936.

Il avait d’abord adhéré au Parti radical ; il le quitta pour le Parti socialiste et milita au syndicat des cheminots où il occupa différents postes et participa à la grève de 1910 ; mobilisé sur place au Teil, où s’exerça dès 1917 l’influence de Pierre Semard, Jacques Bonnet y participa en 1919 à la reconstitution du groupe SFIO dont il devint secrétaire adjoint ; en 1920, membre du bureau syndical et du comité de grève de cheminots, il fut frappé par la répression. Il continua à militer au syndicat unitaire et fut délégué du personnel, mais il consacra l’essentiel de son activité au Parti communiste, pour lequel le Teil, avec son noyau de cheminots révolutionnaires, fut pendant de longues années la base d’organisation et de propagande dans l’Ardèche et la Basse Drôme.
Trésorier de la section locale en 1924, puis secrétaire du rayon du Teil à partir de 1926, Jacques Bonnet, qui était partisan de la « ligne dure », et avait un tempérament fougueux, eut à diverses reprises affaire à la police et aux tribunaux. Ainsi, le 1er août 1929, il fut arrêté par les gendarmes lors d’une distribution, aux ouvriers des usines Lafarge, de tracts appelant à manifester contre la guerre et la répression, pour l’augmentation des salaires et la défense de l’Union soviétique ; conduit au commissariat, fouillé et trouvé en possession du journal de cellule Le Cheminot rouge, il fut après une visite domiciliaire inculpé par le parquet de Privas. Correspondant des hebdomadaires Travail, Le Travailleur alpin, puis gérant de La Voix populaire de la Drôme et de l’Ardèche dès sa parution en avril 1936, il fut à quatre reprises condamné à la suite de la publication d’articles condamnant des patrons de combat et l’ex-député réactionnaire de la Drôme, Joseph Pouzin.

Il fut le porte-drapeau du PC dans diverses élections, siégea au conseil municipal du Teil, de 1935 à 1939, et fut candidat aux élections législatives de 1936 dans la 1 ere circonscription de Tournon, la plus réfractaire à la propagande communiste ; il n’y recueillit que 389 voix sur 14 485 suffrages exprimés. Dans le canton de Viviers-Le-Teil où il se présenta au conseil général le 10 octobre 1937, 642 suffrages sur 3 172 exprimés se portèrent sur son nom ; son désistement pour le député socialiste Froment provoqua la défaite de Henri Pavin de Lafarge, dont la famille détenait le siège depuis quarante-cinq ans (voir Édouard Froment*).

Jacques Bonnet avait été frappé de congestion en 1934 ; il ne s’en remit pas complètement. Après avoir pris sa retraite, bien que malade, fatigué, il assura la permanence du conseil juridique à l’Union locale des syndicats du Teil et, à ce titre, il apporta au cours des grèves de 1936 et de 1937-1938 une aide précieuse aux cimentiers de Lafarge et aux ouvrières du textile. Il représenta la CGT à la commission paritaire départementale et à la commission de surveillance des prix, et ses camarades lui confièrent la gérance de la Maison du Peuple créée au Teil en 1937.

Déchu en 1939 de son mandat de conseiller municipal, il ne fut pas interné en 1940, mais la police vint arrêter le 3 avril 1941 son fils unique, Pierre, né au Teil en 1919, membre des Jeunesses communistes. Considéré comme « dangereux pour la sécurité nationale », ce dernier fut incarcéré à la Centrale de Nîmes où il mourut le 2 juillet 1942, faute de soins après les mauvais traitements qu’il avait subis. « Profondément affecté par les événements et les malheurs qui s’abattaient sur sa famille » (L’Ardèche martyre, p. 154), Jacques Bonnet était mort une semaine avant son fils.

La veuve, Noémie Bonnet, arrêtée à la suite d’une distribution de tracts communistes, le 14 juillet 1943, puis relâchée, fut internée le 14 septembre suivant au camp de concentration de Brens (Tarn) ; transférée par la suite à Gurs (Basses-Pyrénées / Pyrénées-Atlantiques), elle réussit à s’échapper le 10 août 1944.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article1192, notice BONNET Jacques, Louis, dit RIVET, ou le GRAND JACQUES par Roger Pierre, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 16 mars 2019.

Par Roger Pierre

ŒUVRES : Collaboration aux hebdomadaires communistes régionaux : Travail, Le Travailleur alpin, la Voix populaire (avec la signature : J. Rivet).

SOURCES : RGASPI, 495 270 4417. — Arch. Dép. Ardèche, 2 M 365, 2 M 430, 10 M158, 15 M 30. — L’Humanité (édit. du Midi). — La Provence ouvrière et paysanne. — Travail. — Le Travailleur alpin. — La Voix populaire, notamment avril 1936, 24 septembre 1937. — Renseignements recueillis par R. Montérémal auprès de Mme Vve Bonnet. — A. Demontès, op. cit., p. 113-154. — L.F. Ducros, Montagnes ardèchoises dans la guerre, T. I, Valence, 1974.

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