SIQUOIR Charles

Par Claude Pennetier

Né le 20 mai 1913 à Paris (XIIe arr.), mort le 11 janvier 2007 à Blois (Loir-et-Cher) ; employé dans un central télégraphique ; secrétaire de la section communiste de Brunoy (Seine-et-Oise) ; résistant ; membre du service de Georges Beyer jusqu’en 1947.

Fils d’un ouvrier ébéniste, François Siquoir, lecteur de l’Humanité et de Jeanne Lemoine, ménagère, Charles Siquoir quitta l’école primaire à douze ans et demi avec le CEP. Il travailla comme apprenti dans une fabrique de chaises puis une usine de faux bronzes qu’il quitta pour deux raisons : son père lui avait dit de ne pas se laisser faire par les ouvriers qui porteraient la main sur lui, ayant reçu une gifle il menaça d’une chaise et partit ; dans l’autre entreprise il quitta en raison d’une maladie professionnelle qui l’avait atteint. Il entra en février 1926 au PTT comme “ jeune facteur ”, en fait télégraphiste, et par concours devient employé des télégraphes. Son père l’avait incité (“ obligé ” dira-t-il) à se syndiquer en 1927.

Il adhéra aux Jeunesses communistes dans le XIe arr. de Paris en 1930 puis s’installa à Brunoy (Seine-et-Oise) prit la carte du Parti communiste en 1932 et créa une cellule. Il milita à la CGTU et à la Fédération des jeunesses syndicalistes des PTT. Son action efficace dans la mise à l’écart des dissidents lui valut de devenir le secrétaire, mais sa mobilisation contre les décrets-loi entraîna sa révocation en avril 1934. Aidé par la caisse de solidarité syndicale, il ne fut repris qu’en janvier 1936.

Il fit son service militaire en 1934-1935 à Forbach tout en prenant contact avec le Parti communiste local et en vendant l’Humanité.

À son retour en 1935, il se maria avec Hélène Brasseur, auxiliaire au Central télégraphique, qui partageait ses idées. Ils eurent deux enfants et se séparèrent dans les années 1940.

Secrétaire de la section communiste de Brunoy, il siégea au comité régional. Il était secrétaire adjoint du comité de Front populaire de Brunoy. En 1936, Siquoir avait déjà lu une douzaine de classiques du marxisme et du léninisme.

Mobilisé en septembre 1939 dans un régiment de réserve en raison de sa situation de famille, il constata qu’il était fiché PR (révolutionnaire) et fut envoyé dans l’active au 4e zouaves de Tunis. Revenu en France pour les combats de mai 1940, il revint à son domicile de Brunoy en juillet 1940, travailla au Central téléphonique mais fut bientôt révoqué comme communiste. Il reconstitua une organisation clandestine dans sa localité. Arrêté en novembre 1940, il fut interné administrativement à Aincourt, puis à Voves en janvier 1942. Ouvrier électricien chargé de la direction des travaux il s’évada avec trois autres communistes en juillet 1942. Le PCF le nomma responsable clandestin dans l’Aisne sous le nom de Jules Albertini. Sa fonction était de recruter des militants pour les FTP. Avec deux nouveaux FTP, il tenta d’incendier un bâtiment occupé par les Allemands. Ceux-ci l’arrêtèrent sans penser avoir affaire à un terroriste ; ils le confièrent à des gendarmes — il sut plus tard qu’ils étaient résistants — qui ne retinrent contre lui que la possession de tickets d’alimentation volés et l’évasion du camp. Un tribunal le condamna légèrement et il retourna à Voves. Il fit partie des quarante-deux évadés de la nuit du 4 au 5 juillet 1944, grâce à un tunnel de 120 m. Il se rendit dans la Nièvre où il fut responsable aux cadres, André Vieuguet étant responsable politique.

Lorsque la parti reprit une vie légale, il fut cadre régional et affecté à la branche clandestine dirigée par Georges Beyer*. Il s’agissait non seulement d’un secteur de la commission des cadres (commission dirigée par Jean Chaumeil*, secteur appelé couramment le secteur “ noir ”) mais d’un prolongement d’activités du Service B (service de renseignement des FTP). Siquoir eut un bureau au 6e étage du 44 la rue de Chateaudun (Beyer était au 1er) puis rue de l’Université. Dans ce lieu étaient regroupés non seulement le service de Beyer mais un autre service intitulé CERES. Bien que le service soit fragmenté et imperméable, Siquoir garde le souvenir de son patron Georges Beyer, “ un homme qui avait toujours une arrière-pensée ”, de Madeleine Dubois et de quelques anciens du service B. Les missions étaient diverses : renseignement, action, il se souvient aussi être allé dans une région de production de minerai d’uranium dans le Massif Central pour recueillir des échantillons confiés aux Soviétiques.

Son nom apparaît dans le rapport de la commission d’enquête sur l’Affaire Déziré, en date du 9 janvier 1950. On apprend qu’il avait été chargé après la Libération de revoir cette affaire qui s’était terminée par l’exécution de Georges Déziré* le 17 mars 1942. Siquoir aurait conclu à l’innocence de Déziré avant de se réviser au vu de documents de police, dira-t-il. La commission d’enquête ne fut pas convaincue par ce changement d’opinion et sur la qualité de ces documents qui ne lui furent pas présentés.

Le service s’arrêta fin 1947. Siquoir travailla quelque temps à la ville d’Ivry-sur-Seine puis en usine, avant d’être réintégré à la Poste.

Retraité à Blois, Charles Siquoir était en 2003 un témoin sensible et lucide de la vie du Parti communiste.

Il s’était marié le 14 octobre 1935 à Brunoy avec Hélène, Lucie Brasseur, mariage dissous en avril 1950, et remarié à Paris XVIIIe arr. le 15 mars 1961 avec Catherine, Louise Blois.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article119249, notice SIQUOIR Charles par Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 novembre 2010, dernière modification le 14 octobre 2020.

Par Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI, 495 270 3041, autobiographie du 4 février 1936 mais l’exemplaire conservé ne commence qu’à la question 35 et est de ce fait difficilement exploitable. — Arch. comité national du PCF (son nom est parfois écrit, par erreur, Siquoire). — Témoignage de Charles Siquoir, Blois, octobre 2003. — Roger Faligot, Rémi Kauffer, Service B, Fayard, 1985 (pour le contexte, bien que Charles Siquoir ne soit pas nommé).

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