MABILLEAU Léopold

Par Michel Dreyfus

Né le 10 octobre 1853 à Beaulieu-les-Loches (Indre-et-Loire), mort le 14 février 1941 près de Niort (Deux-Sèvres) ; professeur adjoint à la faculté de Toulouse (1878-1890), directeur du Musée social à partir de 1897 ; président de la Fédération nationale de la Mutualité française, de sa fondation en 1902 à mai 1921.

Ancien élève de l’École normale supérieure où il fut condisciple de Jean Jaurès, agrégé de philosophie, enseignant à l’université de Toulouse, Léopold Mabilleau se présenta sans succès aux élections législatives de 1885. Depuis 1884 il était conseiller municipal de cette ville, dont il fut également adjoint au maire de 1884 à 1888. Chargé de mission au ministère de l’Instruction publique de 1893 à 1896, secrétaire du comte de Chambrun, fondateur du Musée social en 1894, il fut appelé par ce dernier à en devenir le directeur en 1897. Cette nomination, l’intérêt qu’il prit au même moment pour les débats menés à la Chambre concernant la charte de la Mutualité (adoptée le 1er avril 1898) orientèrent définitivement son activité vers le mouvement mutualiste. Assistant la même année au VIe congrès national de la Mutualité tenu à Reims, il sentit, selon ses propres termes "vibrer en lui l’âme de la Mutualité" à un moment décisif de son histoire : de nombreux responsables politiques (L. Bourgeois, P. Deschanel, E. Loubet et bien d’autres) s’intéressaient alors à ce mouvement et voulaient le renforcer.

Début 1900, Léopold Mabilleau accepta la présidence de la société de secours mutuels des ouvriers de la maison Leclaire fondée en 1826 par Jean Leclaire (voir Dictionnaire, tome 2), pionnier de l’association capital-travail, partisan de la participation ouvrière aux bénéfices. Tout en manifestant cette ferveur mutualiste récente, Mabilleau était également coopérateur — il fut membre du comité central de l’Union coopérative en 1901-1902 — et partisan de l’entente entre les deux mouvements. En 1900, il fut un des organisateurs du congrès de l’Alliance coopérative internationale et, la même année, participant au congrès international de la Mutualité réuni à Paris du 6 au 10 juin, il y défendit le projet de création d’une Fédération nationale de la Mutualité française, qu’il exposa à nouveau au VIIe congrès national de la Mutualité à Limoges (1901).

Avec l’appui de Léon Bourgeois et de personnalités telles queJean Barberet (voir Dictionnaire, tome 10), C. Cavé, E. Cheysson, L. Keller, G. Petit, J. Siegfried, fut définitivement créée le 10 novembre 1902, dans les locaux du Musée social à Paris, par soixante-dix-neuf représentants d’unions et de groupements, la Fédération nationale de la Mutualité française dont Mabilleau fut le premier président jusqu’en 1921.

Très vite se posa à la nouvelle Fédération le double problème de l’obligation et de sa représentativité vis-à-vis de l’État. Depuis plusieurs années, ses dirigeants travaillaient à un projet de loi sur les retraites ouvrières et paysannes. Mis au point en 1905, il posait néanmoins problème aux mutualistes et ceci pour deux raisons : il s’agissait d’un système de protection obligatoire dans lequel, de plus, aucune place n’était laissée à la Mutualité. Dans leur très grande majorité, les mutualistes étaient attachés au système de la prévoyance libre et n’avaient pas les moyens matériels et organisationnels de mettre sur pied un système cohérent de retraite vieillesse. Le mouvement mutualiste se vit contraint de réviser ses conceptions doctrinales pour s’adapter au nouveau cadre prévu par l’État, ce qu’il fit, non sans mal, à son congrès national de Nantes (1904), tout particulièrement grâce à l’énergie, l’éloquence et l’habileté de Mabilleau. Par ailleurs, de 1905 à 1910, date de l’adoption des retraites ouvrières et paysannes, le mouvement mutualiste batailla ferme pour avoir droit à une plus grande part dans la gestion du nouveau système, ce qu’il n’obtint que partiellement. A partir de 1902 Jean Jaurès intervint dans ce vaste débat.

En dépit de ce relatif échec, la première décennie du XXe siècle fut une période d’essor considérable des effectifs mutualistes qui passèrent de quelque 3 500 000 en 1902 à plus de 5 300 000 en 1914. Par ses talents de propagandiste, Mabilleau contribua pour beaucoup à cette progression symbolisée par deux manifestations mutualistes d’envergure à Paris les 30 octobre 1904 et 5 novembre 1905. Par contre, son action fut beaucoup plus réduite durant la Première Guerre mondiale où de nombreuses Unions de la FNMF semblent avoir été abandonnées à elles-mêmes.

A partir de 1919, en particulier sous l’impulsion de l’ancien socialiste Alexandre Millerand , s’engagèrent les discussions qui devaient mener à l’instauration des Assurances sociales en 1930. Le rapport entre liberté et obligation —protection libre ou obligatoire ? — se posa à nouveau dans toute son ampleur. En 1920 une commission mixte de dix membres fut chargée de négocier l’entente entre coopération et mutualité mais l’accord ne put se faire sur les modalités des futures assurances sociales en raison des divergences existantes entre les deux mouvements. Le 20 juin 1920, Mabilleau fit partie avec le sénateur P. Strauss, le député D. Grinda et L. Robelin d’une commission chargée d’étudier un projet de loi sur les assurances sociales en cas de maladie, d’invalidité et de vieillesse.

Le 2 mai 1921, Mabilleau fut amené à donner sa démission de toutes les fonctions qu’il occupait, notamment au sein de la Fédération nationale de la Mutualité française pour, selon J. Benett, "avoir effectué des opérations de commerce au nom de la Fédération sans que celle-ci soit aucunement mise en cause. Est-il coupable ou a-t-il été négligent ?" Il ne devait dès lors plus jouer aucun rôle.

Son action fut néanmoins très importante dans l’histoire du mouvement mutualiste. Il sut le coordonner et le structurer nationalement, puis le renforcer et le développer à partir du début du siècle. Grâce à ses qualités d’orateur et son sens des relations, il sut le faire connaître et lui donner conscience de sa force. Cependant, toujours selon J. Benett, ce n’était "ni un technicien ni un organisateur et sa carence pendant la grande guerre à la tête de la FNMF en est une preuve certaine : ce remueur de foule avait perdu son auditoire".

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article119265, notice MABILLEAU Léopold par Michel Dreyfus, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 21 novembre 2021.

Par Michel Dreyfus

ŒUVRE : En plus de ses ouvrages scientifiques, citons  : La Coopération, ses bienfaits, ses limites, 1896. — Le Crédit agricole dans la province de Parme, 1897. — La Coopération en France, 1900. — Rapport de la classe 107 à l’Exposition de 1900 : les coopératives de consommation, Paris, 1902. — En collaboration avec E. Levasseur et E. Delacourtie, Cours d’instruction civique, Paris, Hachette, 1902. — Les Retraites ouvrières et la Mutualité, Bordeaux, Delmas, 1904. — La Mutualité française : doctrine et application, Bordeaux, Delmas, 1904. — "La fête de la Mutualité du 30 octobre 1904", Revue de la prévoyance et de la Mutualité, novembre 1904, pp. 1125-1139. — L. Mabilleau fut l’éditeur de l’Almanach des mutualistes (1906), du Mutualiste illustré (1906), de l’Almanach de la Mutualité et des Retraites ouvrières (1913), etc...

SOURCES : Nouveau Larousse illustré. — J. Gaumont, Histoire générale de la coopération en France, tome 2. — J. Benett, Biographies de personnalités mutualistes, XIXe-XXe siècles, Paris, Mutualité française, 1987, 464 p. (pp. 293-308). — B. Gibaud, De la Mutualité à la Sécurité sociale. Conflits et divergences, Paris, Éd. ouvrières, 1987, 264 p. — B. Gibaud, "La Mutualité et les retraites ouvrières : trois articles de Mabilleau et Jaurès", La Revue de l’économie sociale, IV, avril-juin 1985, pp. 73-84. — M. Dreyfus, "La Mutualité de Léopold Mabilleau. Fondateurs et militants du mouvement mutualiste sous la IIIe République", in Mutualité et protection sociale, colloque national d’Albi, 24-26 septembre 1987, Mutualité française, 1988. — Michel Dreyfus, notice dans Les Professeurs du Conservatoire national des Arts et Métiers. Dictionnaire biographique 1794-1955, sous la direction de Claudine Fontanon et André Grelon, INRP/CNAM, 1994.

ICONOGRAPHIE : J. Benett, Biographies de personnalités..., op. cit., p. 293.

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