MAILLOUX André, Bienvenu, Victor

Par Jacques Girault

Né le 25 avril 1885 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; mort le 11 janvier 1944 à Sao André (Brésil, État de Sao Paulo) ; industriel puis négociant ; maire socialiste SFIO, puis républicain-socialiste, puis PPF de Saint-Zacharie (Var) 1919-1936 ; candidat "socialiste indépendant" aux élections législatives de 1928 dans le Var.

Fils d’un pilote du port de Marseille qui avait participé aux combats républicains des années 1870-1880, André Mailloux reçut une éducation catholique. Il passa sa jeunesse à Marseille, suivit les cours de l’école primaire supérieure de Bandol (Var) et effectua son service militaire dans les hussards à Marseille, puis à Saumur (Maine-et-Loire). Après avoir appris en 1902-1903 le métier de céramiste à Golfe-Juan (Alpes-Maritimes), il vint travailler à l’usine de carreaux céramiques de son oncle à Saint-Zacharie et lui succéda en 1912 à la tête de l’entreprise. Il était en même temps directeur puis conseiller technique de la Société de produits céramiques, l’Italo-Francese à Oneglia (Italie). Marié dans la commune en février 1909, il eut un garçon.

Président du syndicat d’initiative de Saint-Zacharie, en 1906, Mailloux se présenta en 1912 sur la liste "républicaine socialiste" inspirée par le cercle du 21 septembre contre la municipalité radicale-socialiste sortante. Le 12 mai 1912, il fut élu. Lorsque sa proposition d’allouer un crédit de 100 F aux grévistes fut repoussée, le 11 juin 1912, il démissionna avec les minoritaires et fut réélu, le 29 septembre 1912.

Mobilisé dans les hussards en 1914, Mailloux connut le front et participa à la bataille de l’Yser. Le 16 mai 1916, il fut affecté dans son usine pour la fabrication de cornues réfractaires destinées à la manufacture de poudres de Saint-Chamas. En 1919, il vendit son usine à l’industriel Virabian. Devenu négociant, dans les années 1930, il possédait un élevage de porcs.

Mailloux, appuyé par le cercle du 21 septembre, fut élu, le 30 novembre 1919, à la tête d’une liste qui comprenait deux conseillers municipaux de l’équipe radicale-socialiste sortante. Il devint maire peu après et se présenta au conseil général dans le canton de Saint-Maximin, avec l’étiquette "républicain-socialiste" et obtint 488 voix sur 1 926 inscrits le 14 décembre 1919, mais fut battu par le maire conservateur du chef-lieu.

En mai 1921, il adhéra au Parti socialiste SFIO, convaincu, semble-t-il par son ami Émile Herpe. Le comité fédéral, le 4 décembre 1921, le désigna comme membre de la commission départementale pour les élections cantonales. Il assura quelque temps le secrétariat de la section.

Président de la section locale de la Ligue des droits de l’Homme (1922-1934), Mailloux, membre de la Loge maçonnique "L’École de la Sagesse" de Brignoles — il en fut le trésorier adjoint selon le Journal officiel de 1941 — (Grand Orient de France), occupa une place importante dans le regroupement des forces de gauche en vue de l’élection législative de 1924.

Au début de 1924, membre de la commission d’initiative pour l’élection rouge, il fut désigné comme candidat possible pour l’élection législative, le 6 février 1924. Dans le même temps, il participa au congrès fédéral de la SFIO à Toulon, les 9 et 10 février 1924, qui ne retint pas son éventuelle candidature. Le préfet, dans son rapport du 12 février 1924, lui attribuait la paternité de la Fédération des cercles rouges. Il le présentait comme un ambitieux et définissait ainsi sa tactique : il s’agissait pour lui de profiter de l’agitation créée pour gagner des militants et pouvoir "forcer la main au parti SFIO."

Devenu vice-président de la commission électorale pour la liste rouge, Mailloux joua un rôle important dans le fonctionnement de l’hebdomadaire, le Var rouge.

Réélu à Saint-Zacharie, cette fois sans adversaire, le 3 mai 1925, sur la liste "d’action républicaine et socialiste" désignée par le comité républicain-socialiste du cercle du 21 septembre, Mailloux obtint 274 voix sur 481 inscrits, victoire qui débordait largement l’audience habituelle des rouges. Il put ainsi continuer à "réaliser des projets très importants en instance depuis de nombreuses années" selon le vœu voté lors de la dernière réunion des édiles, le 29 avril 1925. Après sa réélection, des accrochages sans cesse grandissants l’opposèrent aux autres conseillers. Par exemple, il démissionna à la suite d’un incident local. Quatre élus seulement, dont l’adjoint, en juin 1925, lui demandèrent de revenir sur sa décision. Par la suite, il fut de plus en plus isolé.

Le 14 juin 1925, Mailloux signa le descriptif décidé au conseil municipal pour un projet d’embellissement de la commune. Il s’agissait d’un plan d’urbanisme important comportant des élargissements de voiries, des constructions d’immeubles et d’autres aménagements. De telles réalisations nécessitaient des appuis politiques et des démarches auprès des diverses administrations. Le sénateur Renoult notamment appuya ses demandes, facilitées aussi par les interventions du sous-préfet de Toulon, Jean Gozzi. Saint-Zacharie fut classé station climatique et obtint le prix du village moderne remis à Marseille, le 29 mai 1927.

De plus, les relations avec le cercle du 21 septembre dont il était membre n’étaient pas bonnes. L’organisation de la fête du 15 août en fut la cause. Le cercle voulait qu’elle se déroulât sous sa seule responsabilité. Le maire souhaitait qu’elle soit organisée par et pour toute la population. A partir de 1922, son point de vue s’imposa. La réélection de 1925 accrut sa puissance dans la commune. Aussi, les relations se dégradèrent-elles dans le courant de l’année 1926 d’autant que d’autres causes ne manquaient pas ; questions de personnes (des remous affectèrent la vie du cercle et, en 1927, le président démissionna sur la question du gérant et fut remplacé par un membre de la section SFIO). Pour pouvoir jouer le rôle de "vrai père de famille" qu’il s’assignait dans un but de concorde (n’avait-il pas créé la coopérative oléicole, ne présidait-il pas la Société mutuelle Bétail et la Mutuelle incendie depuis 1920, n’avait-il pas fondé la société de secours mutuels "La Fraternité mutualiste" ?), Mailloux, conseillé par des amis extérieurs à la commune (mais il n’indiqua jamais le nom de ceux-ci), décida d’abroger tous les arrêtés antérieurs et de modifier l’organisation des fêtes en augmentant les pouvoirs de contrôle du maire. Il s’opposa ainsi à tous les autres élus, et demanda à ce que le conflit fût tranché par une commission d’arbitrage qui serait désignée par les soins de la Fédération SFIO. Sa grande idée était que la SFIO quand elle détenait une municipalité ne devait pas obligatoirement contrôler toute la vie communale. La section locale refusa de le suivre sur ce terrain et la demande de Mailloux ne fut pas examinée. Les rapports avec le parti se dégradèrent très rapidement et il dut le quitter à la fin de 1926. En effet, le 4 décembre, le conseil municipal devait désigner les délégués sénatoriaux. La presse (notamment la République du Var) avait déjà évoqué sa possible candidature au Sénat. Le conseil ne l’élut pas délégué sénatorial et il n’obtint que deux voix. Dès lors, la rupture était certaine.

Mailloux exerça alors de façon de plus en plus personnelle son mandat de maire. En novembre 1928, le secrétaire de mairie et le garde-champêtre furent révoqués. Il retira la délégation de signature à son adjoint, secrétaire de la section SFIO. Il refusa de répondre aux questions sur sa gestion financière. Il entra ouvertement en conflit avec le cercle du 21 septembre.

Le Réveil du Var, hebdomadaire SFIO, le 26 mai 1927, annonçait qu’il était l’ami de Gozzi, futur candidat aux élections législatives. A partir de septembre 1927, il ne participa plus aux fêtes du cercle du 21 septembre pour l’anniversaire de la République.

Mailloux annonça sa candidature aux élections législatives de 1928 dans la circonscription de Brignoles. Il lança en janvier 1928 un appel : "Je suis toujours ce que j’étais et je resterai ce que je suis". Dans sa propagande, il indiquait qu’il était un membre actif de la Chambre de commerce du Var (il avait été membre correspondant du 4 janvier 1922 au 8 décembre 1925, puis membre élu à partir du 9 décembre 1925). Le comité exécutif pour son élection comprenait quelques membres du cercle du 21 septembre et le secrétaire du syndicat des ouvriers céramistes. Officiellement "républicain socialiste indépendant de gauche", étiqueté par le sous-préfet "socialiste cartelliste", le 28 avril 1928 il obtint 568 voix sur 13 118 inscrits et se retira.

Aux élections municipales de 1929, Mailloux présenta une "liste républicaine socialiste et de concorde sociale" avec seulement deux conseillers sortants. Une liste "d’union des gauches", incomplète avec quatre conseillers sortants et deux anciens candidats radicaux-socialistes annonçait : "Nous voulons retourner à cette paix qui régnait dans notre pays avant 1910 par l’union des forces de gauche". Mailloux fut réélu et demeura maire.

L’évolution de Mailloux vers la droite se poursuivit et, en 1932, il soutint le candidat de droite dans la circonscription de Brignoles. Le couronnement de son activité fut le décret d’août 1934 lui attribuant la Légion d’honneur.

Aux élections municipales de mai 1935, à la liste conduite par Mailloux s’opposa une liste complète plus à gauche. Le 5 mai 1935, Mailloux fut réélu. Mais à l’issue du deuxième tour, cinq de ses adversaires étaient élus. Pour sa réélection comme maire, Mailloux, le 19 mai, obtint onze voix. Le 7 juin, en son absence, le conseil décida de donner le nom d’André Mailloux au boulevard de la Paix.

Le conseil municipal fut affecté d’une crise durable en raison du contexte. Les cinq élus de gauche, absents, démissionnés ou démissionnaires furent chaque fois réélus. La presse de droite (le Petit Marseillais et Marseille-Matin) appuyait le maire. Des militants de droite venaient de Marseille se réunir à Saint-Zacharie et parfois faisaient régner un climat d’insécurité, dénoncé par la gauche et la presse. Mailloux prit parti pour le candidat de droite aux élections législatives et Charles Gaou n’obtint pas la majorité au deuxième tour dans la commune. En mai 1936, le comité de Front populaire de la commune le dénonça par tract : "Le maire fasciste Mailloux refuse à un ouvrier moribond un certificat d’hospitalisation" et le qualifiait de "dictateur au petit-pied" et d’"homme du patronat et des ligues fascistes". Le conseil municipal, le 15 mai, lui renouvela sa confiance. Le même jour, au conseil général, Gaou demanda au préfet de s’assurer que le maire accepterait de couvrir les frais d’hospitalisation pour ce travailleur. Aussi, Mailloux contre-attaqua-t-il, le 20 mai 1936, dans Marseille-Matin.

Depuis décembre 1935, les élus de gauche ne siégeaient plus. Ils avaient prétexté que leur sécurité n’était plus assurée. En effet, les amis de Sabiani et les futurs militants du PPF venaient souvent dans la commune. Aussi, le 2 août 1936, après une nouvelle réunion politique organisée par le maire et ses amis, des affrontements dégénérèrent. Des coups de feu furent échangés et les militants marseillais furent chassés. Le maire fut suspendu.

Mailloux se réfugia en Italie et travailla comme directeur technique dans une usine de produits céramiques à Vado Ligure, près de Savone. Il fut révoqué par décret du président de la République du 30 octobre 1936 pour avoir "provoqué en son nom [...] des incidents qui ont gravement troublé l’ordre public". Il revint siéger au conseil municipal comme simple conseiller à partir du 5 novembre 1936. Aussi, le rapport pour le congrès de la fédération SFIO, en janvier 1937, demandait-il qu’il soit révoqué de toutes fonctions électives. Il cessa d’être présent à partir d’avril 1937. Sa dernière apparition publique fut son vote lors de l’élection complémentaire du 29 mai 1938.

Mailloux, à l’entrée en guerre de l’Italie, devint directeur général de trois usines de céramique dans l’état de Sao Paulo (Brésil). Il adhéra au mouvement de la France libre et soutint l’action du général de Gaulle (carte de la France combattante pour 1941).

Annonçant son décès, le 6 mai 1944, l’hebdomadaire de Brignoles, le Progrès républicain indiquait "André Mailloux fut le modèle des maires du Var (...). Victime des communistes sous le "règne du Front populaire", il se trouva un préfet pour le suspendre et un gouvernement pour le révoquer."

Conséquence lointaine, la première mesure du comité local de Libération, réuni officiellement le 1er septembre 1944, fut de débaptiser le boulevard Mailloux et d’en faire un boulevard de la Libération.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article119559, notice MAILLOUX André, Bienvenu, Victor par Jacques Girault, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 30 novembre 2010.

Par Jacques Girault

ŒUVRE : Paul Gaimard, maire de Saint-Zacharie, Cannes, 1934, 56 p. — Saint-Zacharie. De la Révolution à la IIIe République ou de la fragilité des opinions politiques, Cannes, 1935, 48 p. — Une maladie curieuse. La quinzoutite ou le Quinze Août à Saint-Zacharie [...], Draguignan, 1935, 80 p. — Louis-Maurice Chateauneuf [...], Cannes, 1935, 20 p. — La Période révolutionnaire à Saint-Zacharie. Histoire de la société patriotique, Draguignan, 1936, 34 p., etc.

SOURCES : Arch. Nat. F I C III 1133, F7/13021. — Arch. Dép. Var, 2 M 3.49, 5.24.1, 7.24.3, 7.28.4, 7.30.3, 7.31.1, 7.32.1, 7.32.2, 7.36.1, 4 M 48, 3 Z 2.5, 2.12, 2.19. — Arch. Com. Saint-Zacharie. — Renseignements fournis par le fils de l’intéressé.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément