MAILLY Henri, Honoré, Anastase (père)

Par Yves Le Maner

Né le 11 mai 1877 à Rinxent (Pas-de-Calais), mort le 20 août 1965 à Lens (Pas-de-Calais) ; ouvrier mineur ; militant syndicaliste et socialiste du Pas-de-Calais ; trésorier, secrétaire général puis vice-président du syndicat CGT des mineurs ; secrétaire général de l’Union départementale des syndicats ; conseiller d’arrondissement ; l’un des fondateurs de la Fédération CGT-FO des mineurs.

Aîné de dix enfants, le père était journalier, Henri Mailly dut quitter l’école à l’âge de dix ans pour contribuer aux revenus de la famille en travaillant dans les fermes du Boulonnais. À l’aube de sa quatorzième année, il quitta seul le foyer paternel pour se rendre dans le bassin minier où il fut embauché comme galibot à la fosse n° 1 des mines de Nœux. Isolé des siens, déjà endurci par plusieurs années de misère, il trouva très tôt refuge au syndicat des mineurs (1893) en cours de réorganisation et, en avril 1896, il se rendit à Lille avec ses amis Raoul Évrard et Léon Degréaux pour adhérer au Parti ouvrier français. Après avoir accompli une seule année de service militaire en tant que soutien de famille, il se lança dans la lutte syndicale et politique, gravissant rapidement l’échelle des responsabilités. Élu secrétaire de la section syndicale de Nœux-les-Mines en novembre 1899 (fonction qu’il occupa jusqu’en 1932), Henri Mailly subit de ce fait un premier licenciement dès le début de l’année 1900, qui le contraignit à entrer aux mines de Béthune. À nouveau congédié en 1901, il parvint à se faire réembaucher aux mines de Nœux, mais cette fois au puits n° 2. Malgré les difficultés matérielles engendrées par ces licenciements répétés, Mailly continua à assumer ses tâches de propagandiste, participant notamment à la première campagne de Henri Cadot à l’occasion des législatives de 1902.

Mais ce fut la grève des mineurs de 1906, consécutive à la catastrophe de Courrières, qui porta Mailly aux avant-postes de la vie syndicale du bassin minier. Ce fut en effet à Nœux-les-Mines que le mouvement atteignit sa plus grande ampleur, la section locale devenant numériquement la plus puissante du Pas-de-Calais. Renvoyé une nouvelle fois au lendemain de la grève, Henri Mailly ne put trouver d’emploi qu’au n° 5 des mines de Liévin à Calonne ce qui le contraignit pendant près de deux ans à effectuer quotidiennement à pied la quinzaine de kilomètres séparant son domicile de son lieu de travail. Ce fut son élection au poste de délégué mineur de la fosse 1 des mines de Nœux en 1907, alors qu’il travaillait au 5 de Liévin, qui lui permit avec un an de décalage de réintégrer son puits, où il conserva les fonctions de délégué jusqu’en 1934 sans interruption. Secrétaire de la section du Parti socialiste SFIO de Nœux-les-Mines à partir de 1909 (et ce jusqu’en 1928), entré l’année suivante à la commission exécutive de la Fédération socialiste du Pas-de-Calais, il participa aux côtés de Cadot aux batailles menées contre les représentants du patronat minier de Liévin et de Nœux à l’occasion des élections municipales. Battu à deux reprises à la tête de la "liste ouvrière" (en 1908 et 1912) à Nœux-les-Mines, Mailly eut peu après la satisfaction d’avoir puissamment contribué à l’élection de Henri Cadot à la députation en 1914. Il fut délégué, avec Nectoux au congrès de Saint-Quentin du Parti SFIO en 1911.

Placé en affectation spéciale aux mines pendant la durée de la Première Guerre mondiale, Henri Mailly fut l’un des "reconstructeurs" du syndicat des mineurs du Pas-de-Calais avec Alfred Maës, Henri Cadot et Jacques Louart dans le courant de l’année 1915. Choisi à cette date comme trésorier, il devait conserver cette fonction jusqu’en décembre 1919, lorsqu’il fut désigné pour remplacer Alfred Maës, élu député, au poste de secrétaire adjoint du syndicat, mandat qu’il devait détenir jusqu’en 1936. Très hostile aux communistes, Henri Mailly fut chargé de la remise en ordre de l’Union départementale CGT du Pas-de-Calais après la scission de 1922. Élu au poste de secrétaire général de l’UD (il était membre de sa commission administrative depuis 1919) en remplacement de Léon Baudoin lors du congrès de 1923, il réorganisa les unions locales et renforça la propagande anticommuniste pour répondre à la poussée des syndicats unitaires, refusant toute action commune avec ces derniers, notamment lors de l’occupation de la Ruhr par les troupes franco-belges en 1923. À la fin de son mandat en 1928, l’UD confédérée était une puissante machine syndicale, dont la force motrice se trouvait dans le bassin minier et dans les zones portuaires (Calais, Boulogne) et qui offrait de multiples services sociaux à ses adhérents (caisses de retraites, services juridiques, etc...). Membre du conseil national de la Fédération CGT du Sous-sol de 1920 à 1936, Mailly devait à ce titre assister à plusieurs congrès confédéraux. Il fut également membre du comité consultatif des mines (1920-1941) et du conseil supérieur du Travail (1920-1940). Doté d’une grande capacité de travail, il mena une action syndicale à tous les niveaux afin d’honorer les nombreux mandats qu’il cumulait. Il s’intéressa tout particulièrement aux problèmes de la main-d’œuvre étrangère polonaise, suscitant la création de sections autonomes (sections MOE) au sein du syndicat des mineurs qui disposaient de moyens d’information et de diffusion en langue polonaise. Il multiplia les démarches auprès des gouvernements français et polonais, se rendant à plusieurs reprises à Varsovie, afin d’obtenir une harmonisation des législations. Cette action aboutit à la signature d’une convention de réciprocité relative aux assurances maladie et vieillesse. Lorsque la crise économique frappa le bassin minier (à partir de 1931), Mailly s’efforça de restreindre le nombre des rapatriements et des expulsions malgré les souhaits du gouvernement et de certains syndicalistes. Il obtint finalement la limitation des licenciements aux seuls célibataires et non chargés de famille. L’ensemble de cette croisade syndicale lui valut une profonde popularité auprès des mineurs étrangers, qui lui attribuèrent le surnom de "Père des Polonais".

Comme la plupart des dirigeants syndicalistes "réformistes", Mailly se consacra à de nombreux organismes sociaux souvent destinés à contrebalancer le paternalisme des compagnies minières. Membre du conseil d’administration de la Société de secours des mines de Nœux depuis 1907, il devait en être le président pendant vingt-quatre ans (1921-1945) ; administrateur de la caisse de retraite des ouvriers mineurs du Pas-de-Calais à partir de 1927, il en fut élu vice-président en 1936. Il figura par ailleurs à la direction de divers organismes liés au monde de la mine : vice-président du sanatorium de Camier (destiné aux silicosés) de 1922 à 1945, vice-président du comité social de Béthune-Nœux, il fut également administrateur des comités départementaux des colonies de vacances et des enfants de l’Assistance publique et du bureau de bienfaisance de Lens à partir de 1934. Son total dévouement lui valut de recevoir la Médaille d’or de la prévoyance sociale (1932) et le titre de chevalier de la Légion d’honneur (1933).

Pour compléter le triptyque habituel des grands dirigeants mineurs du Pas-de-Calais d’option réformiste, Henri Mailly joua un rôle politique non négligeable parallèlement à son action syndicale et mutualiste. Membre de la commission exécutive de la Fédération socialiste du Pas-de-Calais depuis 1910, il fut choisi en 1920 comme secrétaire de l’éphémère Fédération régionale du Nord du Parti SFIO, qui disparut dès la scission de 1921. Il fut alors, avec Charles Ferrand et Alfred Maës, l’artisan de la réorganisation de la "vieille maison" dans le Pas-de-Calais. Conseiller municipal de Nœux-les-Mines de 1919 à 1925, conseiller d’arrondissement pour le canton d’Houdain de 1919 à 1929, Mailly subit un échec lors des élections législatives de 1928 dans la 4e circonscription de Béthune. A l’occasion de la préparation des élections suivantes (1932), l’annonce de la désignation de Jean Zyromski comme candidat officiel du Parti SFIO dans la 4e circonscription de Béthune fut à l’origine d’une démission temporaire de Mailly. S’il réintégra par la suite les rangs socialistes, il se refusa désormais à assumer la moindre responsabilité.

Bien qu’il ait pris sa retraite en 1934, Henri Mailly n’en continua pas moins à détenir plusieurs mandats et notamment ceux de secrétaire de l’Union régionale des sociétés de secours des mines (1937-1945) et d’administrateur de l’Union nationale des Sociétés de secours des mines (1940-1945). De plus, il accepta le poste de vice-président du syndicat des mineurs du Pas-de-Calais de juin 1939 à 1944. Cette attitude qui aurait pu être assimilée à une collaboration de facto pendant l’Occupation fut pondérée par l’aide, tant matérielle que morale, que Mailly fournit aux syndicats clandestins et qui lui évita l’évolution d’un Kléber Legay. Son hostilité foncière au communisme devait l’amener à jouer un rôle important lors de la scission syndicale de 1947, et il figura parmi le noyau des fondateurs du syndicat CGT-Force ouvrière des mineurs du Pas-de-Calais dont il resta le président d’honneur jusqu’à sa mort. Patriarche à l’épaisse barbe blanche, portant des lunettes rondes cerclées d’écaille, il consacra sa vieillesse à la lecture, tout en participant à de nombreuses réunions en tant que secrétaire-trésorier des Vétérans socialistes du Pas-de-Calais.

A l’âge de quatre vingt-huit ans, après soixante-dix années de militantisme, Henri Mailly s’éteignit dans la petite maison du 23 de la rue du Quatorze Juillet à Lens où il s’était retiré depuis 1934.

Henri Mailly fut le grand-père de Claude Mailly, qui fut pendant de très nombreuses années le secrétaire général du SNFOCOS (Syndicat national FO des cadres des organismes sociaux) et l’arrière grand-père de Jean-Claude Mailly, élu secrétaire général de FO en 2004.

Il s’était marié en avril 1900 à Noeux-les-Mines avec Jeanne Lesert.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article119564, notice MAILLY Henri, Honoré, Anastase (père) par Yves Le Maner, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 19 octobre 2013.

Par Yves Le Maner

SOURCES : Arch. Nat. F7/13084. — Arch. Dép. Pas-de-Calais, M 177 (avec photographie), M 182, M 2372, M 2373 M 2387 M 2500 et M 5304. — J.-M. Lemaire, Mémoire de Maîtrise, op. cit. — Renseignements fournis par la mairie de Nœux-les-Mines. — L’Ouvrier des mines, mai 1957. — L’Espoir du Pas-de-Calais, 29 août 1965. — Notes de Louis Botella.— État civil.

ICONOGRAPHIE : Arch. Dép. Pas-de-Calais, M 177. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes t. II, op. cit., p. 425. — La CGT, op. cit., p. 551.

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