MARCELLIN Paul

Par Maurice Moissonnier

Né le 23 juillet 1874 à Carpentras (Vaucluse) ; mort le 5 juin 1943 à Vaulx-en-Velin (Rhône). Ouvrier métallurgiste puis employé dans une société d’électricité. Militant syndical CGTU puis CGT, membre du Parti communiste ; maire de Vaulx-en-Velin (1929-1935).

Les parents de Paul Marcellin étaient tous deux originaires de Sault (Vaucluse). Son père s’installa à Orange comme déménageur et sa mère plaçait de jeunes paysannes comme bonnes à tout faire dans la petite cité vauclusienne. Paul était l’aîné de six enfants. Autodidacte, il fit néanmoins, après l’école primaire, quelques études primaires supérieures à Carpentras. C’est dans cette dernière ville qu’il épousa Marie-Louis Mosetto née en 1878 à Volpiano, province de Turin, ouvrière en soie. De ce mariage naquirent deux filles. À cette époque, Paul Marcellin travaillait à l’usine Carnaud qui, à Carpentras, produisait des boîtes de conserves.
À l’âge de dix-sept ans, il avait adhéré au Parti ouvrier socialiste révolutionnaire où il commença à militer en compagnie de son père. Après 1905, il rencontra, dans les rangs du Parti socialiste SFIO, Alexandre Blanc , futur député socialiste, avec lequel il se lia d’amitié. Pionnier de l’éducation physique, il fit partie de la société de gymnastique "l’Espérance carpentrassienne" puis fut l’un des créateurs de "l’Étoile carpentrassienne". Candidat à plusieurs élections locales, renvoyé de l’usine Carnaud en raison de ses activités syndicales et politiques, il "s’exila" dans la banlieue lyonnaise où sa sœur Marie et son beau-frère, liés au directeur de l’usine "Force et Lumière" ("La Grenobloise") installée à Pierre-Bénite (Rhône), facilitèrent son embauche comme électricien. En 1912, il s’installa à Vaulx-en-Velin, commune rurale de maraîchers spécialisés dans la culture du cardon où s’était installée une grande usine de rayonne contrôlée par la famille Gillet (Comptoirs des textiles artificiels, ancêtres de Rhône-Poulenc).
Mobilisé dès le début de la Première Guerre mondiale à Avignon, avec le grade de sous-lieutenant, il fut envoyé au front. Deux fois blessé, il appartint à cette génération du feu que la haine de la guerre renforça dans une détermination militante. Dès sa démobilisation, il reprit son emploi et en 1920, dirigea pendant vingt-et-un jours une grève (victorieuse) des électriciens de la région lyonnaise.
La même année, il rallia, au sein du Parti socialiste les partisans de l’adhésion à la IIIe Internationale. En 1921, il entra au Parti communiste SFIC et milita dans la section de Vaulx-en-Velin constituée à l’initiative de Jean Peyri. Aux élections municipales de 1929, il fit partie de la liste du Bloc ouvrier et paysan qui l’emporta à Vaulx-en-Velin au second tour. D’abord adjoint, il devint, quelques mois plus tard, maire de la commune. Militant de la CGTU, il affirmait alors de solides convictions de libre penseur (bien que ses filles aient été "baptisées en cachette" selon l’expression de l’une d’elles). Sa municipalité s’attaqua immédiatement aux problèmes du logement, de l’électrification, de l’amélioration du réseau routier, de la protection contre les redoutables inondations du Rhône. Elle mena une action en faveur des plus défavorisés en créant successivement le "Sou de poche des vieillards", le "Sou du soldat" en faveur des appelés et une allocation municipale délivrée aux chômeurs. Pour la jeunesse, la municipalité du Bloc ouvrier et paysan construisit, en outre, les deux premiers grands groupes scolaires de l’agglomération et soutint l’œuvre du cinéma éducateur qui animait les patronages du jeudi. Vaulx-en-Velin fut enfin dotée au cours de son mandat d’une nouvelle mairie, d’un bureau de postes et d’un établissement de bains-douches.
Ces résultats attirèrent l’attention de Jacques Doriot, responsable du contrôle des municipalités communistes qui, à la fin de 1933 fit admettre par le secrétariat du parti que Marcellin soit chargé d’inspecter toute une série de municipalités du Vaucluse pour y faire appliquer les orientations correctes. Le 22 décembre 1933, Waldeck Rochet, alors secrétaire de la région lyonnaise, dans un rapport au secrétariat marquait plus que des réticences : le bureau régional informait qu’il appliquerait la décision pour des raisons de pure discipline car il s’était "déclaré à l’unanimité en désaccord complet avec le contenu de la lettre de Doriot" transmettant la volonté exprimée par le secrétariat.
Waldeck Rochet considérait que "le camarade Marcellin avec lequel il (était) personnellement en très bon rapport (aurait) les plus grandes difficultés à remplir une mission politique de cette nature" et que "Doriot (exagérait) les résultats obtenus à Vaulx-en-Velin" où le Bureau régional avait eu "depuis le début d’énormes difficultés pour éviter, atténuer ou expliquer des fautes grossières de (la) municipalité". Parmi les "grosses incompréhensions et les résistances opportunistes rencontrées", Waldeck Rochet signalait l’invitation du maire radical de Lyon, Édouard Herriot, et du maire socialiste de Villeurbanne, Lazare Goujon, au vin d’honneur qui avait suivi la cérémonie d’inauguration des écoles. Le rapport du bureau régional se prononçait en outre contre la nomination du gendre de Marcellin à un poste au sein de la Fédération des municipalités communistes. Il est certain que l’image politique de Marcellin fut ternie dans le parti par le patronage de Jacques Doriot. Son comportement cependant ne laisse pas supposer qu’il ait suivi en quoi que ce soit l’orientation doriotiste. Présent dans les démonstrations dirigées contre les Ligues, il fut sérieusement matraqué le 19 juin 1934 lors d’une échauffourée avec la police rue Auguste-Comte à Lyon, devant une salle où Jean Renaud, secrétaire de "Solidarité française" tenait un meeting (au cours de cette manifestation le traminot Juston fut mortellement blessé et il semble bien que P. Marcellin lui portait secours lorsque, à son tour, il fut frappé).
Il est néanmoins possible que les difficultés de la fin de l’année 1933 et du début de 1934 aient ébranlé le prestige du maire de Vaulx-en-Velin au point d’expliquer son échec aux élections municipales de mai 1935. Au deuxième tour, en effet, la municipalité sortante fut battue par un "bloc anticommuniste".
En 1936, P. Marcellin fut présenté par le PCF aux élections législatives dans la 10e circonscription de Lyon. Il obtint 2 212 voix (contre 802 en 1932 pour le candidat communiste d’alors) mais le candidat URD, Peyssel, battit tous les candidats du Front populaire dès le premier tour avec 11 766 voix. Il semble bien qu’au moment de la préparation du congrès d’Arles, P. Marcellin ait exprimé des réserves à l’égard de la politique de la main tendue aux catholiques préconisée par la direction du PCF.
Il fut condamné en juin 1940 par le tribunal correctionnel de Lyon à un an de prison pour propagande de mots d’ordre de la IIIe Internationale.
En butte à la répression à l’époque du gouvernement de Vichy, il fut arrêté et emprisonné à Saint-Paul, prison centrale de Lyon en 1941. Il avait alors soixante-sept ans. Les mauvais traitements qu’on lui infligea ébranlèrent gravement sa santé et, libéré, il s’éteignit le 5 juin 1943, dans sa maison de la rue de l’Espérance.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article119995, notice MARCELLIN Paul par Maurice Moissonnier, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 29 avril 2022.

Par Maurice Moissonnier

SOURCES : Arch. Dép. Rhône. — Bibliothèque marxiste de Paris., doc. 649-49 à 649-51. — La Voix du peuple, 1934-1936 (en particulier, celle du 11 avril 1936). — Le Progrès. — Lyon Républicain, mai 1935-avril-mai 1936. — Le Temps du 10 juin 1940 (notes de Daniel Grason). — La Marseillaise, édition du Vaucluse, 27 février 1983. — Interview de sa fille Henriette. — Arch. familiales.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément