MARCHAND Ludovic

Né le 23 février 1870 à Chazay, commune de Saint-Aubin-des-Bois (Eure-et-Loir), mort à Paris le 5 avril 1933 ; professeur ; militant socialiste et franc-maçon.

Fils de petits cultivateurs, Ludovic Marchand fit de brillantes études comme boursier au lycée de Versailles (Seine-et-Oise). Lauréat du concours général, il prépara au lycée Henri IV le concours de l’École normale supérieure et obtint à son premier essai une bourse de licence à l’Université de Nancy, qui lui fut retirée après quelques mois parce qu’il avait participé à une manifestation socialiste. Il revint alors à Paris, gagna sa vie avec de petites besognes de librairie et d’enseignement, parvint à obtenir la licence d’histoire et de géographie, mais échoua à l’agrégation.

Dans les années mille neuf cent quatre-vingt-dix, il milita activement avec les socialistes dans les petits cercles animés au Quartier latin par Lucien Herr et fut de toutes les campagnes en faveur de Dreyfus. Il fut même candidat socialiste — malheureux — aux élections municipales de 1892 à Saint-Mandé. Il appartenait à l’extrême gauche du Parti. Délégué au congrès international de Londres de 1896, il rompit avec l’Internationale quand elle condamna les positions anarchistes, mais non avec le socialisme : il disait même que la IIIe Internationale, ses amis et lui l’avaient fondée à Londres en 1896... En 1901 on le retrouve au groupe des Étudiants socialistes internationalistes ; il avait alors plus de trente ans. Il avait appuyé de toutes ses forces les premiers efforts de Charles Péguy aux Cahiers de la Quinzaine et on devait l’y estimer puisque le treizième cahier de la 2e série (juin 1901), présenta un arbitrage signé Ludovic Marchand : Péguy lui avait demandé de trancher un différent qui était apparu entre Jean Grave et Urbain Gohier, et il le fit avec une grande hauteur de vues, en faveur de Jean Grave. Mais Marchand ne suivit pas Péguy dans son évolution.

Perdant peu à peu la vue, il se trouva écarté de la vie socialiste militante, mais il gardait une grande admiration pour Jaurès. En 1910, il entra au Grand Orient de France, et sa vie maçonnique fut pendant des années, un long effort de vulgarisation positiviste et rationaliste. En 1914, presque aveugle et âgé de quarante-quatre ans, il ne put être mobilisé, et il supporta avec une immense tristesse les années de guerre qui voyaient périr l’un après l’autre les compagnons de jeunesse et d’espoir. Il fut douloureusement atteint par un article du Populaire qui, le 26 août 1918, le confondit avec le lieutenant Marchand, "auxiliaire de la police et des conseils de guerre". Ludovic Marchand, qui n’avait jamais été que soldat de deuxième classe et n’avait jamais renié ses principes pacifistes et socialistes, eut beau protester, il n’obtint jamais de rectification.

Il publia, en prose et en vers, quelques fantaisies humoristico-philosophiques dans l’Acacia, revue du Grand Orient ; il avait collaboré un temps à la Grande Encyclopédie de Berthelot pour des articles de géographie, mais l’essentiel de son œuvre est resté inédit. Sans ambition pour lui-même, il disait que le socialisme avait besoin de cadres moyens et pensait que son premier devoir était de pédagogie.

Ludovic Marchand était le père de Jacqueline Marchand.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article120062, notice MARCHAND Ludovic , version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 28 avril 2021.

SOURCES : Notes de Jacqueline Marchand.

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