MARGNE Carle [MARGNE Charles, Eugène dit Carle]

Par R. Prager

Né le 17 avril 1911 à Villeurbanne (Rhône), mort le 14 décembre 1982 à Paris (XIVe arr) ; postier syndicaliste et militant trotskyste.

Charles Margne perdit son père qui était ingénieur en 1915. Venu à Alfortville (Seine) en 1924, il débuta à quinze ans aux PTT comme télégraphiste. Nommé en 1929 au central télégraphique de Paris et il y effectua toute sa carrière. Ce service comptait un effectif de plusieurs milliers de personnes et connut une animation syndicale et politique importante. Membre de la Ligue internationale des combattants de la paix de Victor Méric, de 1931 à 1933, où il connut Joannès Bardin, futur dirigeant trotskyste, il se rapprocha par ailleurs de la Ligue communiste (trotskyste). Il y adhéra en 1934 alors que s’y déroulait le débat sur "l’entrisme" dans la SFIO. Il rejoignit ainsi avec ses camarades trotskystes le Parti socialiste en août 1934 et milita à la XIVe section.

A la fin de 1935, les trotskystes se divisèrent après leur exclusion de la SFIO. Inquiet, Margne écrivit à Trotsky pour demander des éclaircissements, voire une médiation. La réponse assez abrupte ne put le satisfaire et il suivit le groupe éditant la Commune animé par P. Frank et R. Molinier qui fonda, le 8 mars 1936 le Parti communiste internationaliste. Margne fut élu au comité central et reconduit à ce poste au congrès de septembre 1937.

Adhérent à la CGT depuis 1929, Margne dirigea avec Maurice Legué et d’autres trotskystes la section syndicale de son entreprise de 1934 à 1937 avant d’être écarté par une coalition communiste et réformiste. Anticipant sur l’unité syndicale, les trotskystes avaient pu obtenir la mise en place au Central d’un comité inter-syndical.

Le PCI ayant décidé en décembre 1938 l’adhésion de ses membres au Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP) de Marceau Pivert, Margne milita un certain temps dans ce parti, toujours dans le XIVe arr. Au début de la guerre, n’étant pas mobilisé, il fit partie, avec Caillon et Gailledrat, du trio de direction de l’organisation trotskyste clandestine et joua un rôle prééminent d’animateur. A la suite d’imprudences commises par de très jeunes militants, une quinzaine d’arrestations furent opérées par la police à partir du 13 février 1940 et Margne fit partie du lot. Il comparut comme principal inculpé devant le 2e tribunal militaire de Paris, le 8 mai, et fut condamné à cinq ans de prison, peine qu’il purgea presque entièrement. L’offensive allemande entraîna son transfert successivement aux camps de Gurs et de Maussac, puis à la prison de Nontron (Dordogne), d’où il fut libéré le 10 juin 1944 par une action de maquisard. Intégré dans un maquis qui couvrait la Haute-Vienne, la Creuse et l’Indre, il reçut mission de prendre en charge le ravitaillement. Il participa à la libération de Limoges et fut nommé capitaine. Ne souhaitant pas faire partie de la première armée de De Lattre de Tassigny, Margne revint à Paris, en novembre 1944 et obtint sa réintégration dans les PTT. Il fut présenté à Paris comme candidat du PCI aux élections du 2 juin 1946. On vit à nouveau Margne en tête de la lutte du central télégraphique qui eut un rôle important dans le déclenchement de la grève générale des postiers, dont le mot d’ordre fut lancé, début août 1946, par un comité de grève élu démocratiquement.

Membre de la commission de contrôle du PCI animée par Bleibtreu et Lambert, après la scission des trotskystes en 1952, Margne quitta l’organisation en 1955 pour manifester sa solidarité avec la tendance Bleibtreu-Lequenne qui venait d’en être exclue. Mais ne voulant pas suivre ses amis qui décidèrent d’adhérer à la Nouvelle Gauche, il réintégra l’Organisation communiste internationaliste en février 1971. Nul plus que lui ne déplora la division des trotskystes et en souffrit.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article120185, notice MARGNE Carle [MARGNE Charles, Eugène dit Carle] par R. Prager, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 23 janvier 2019.

Par R. Prager

SOURCES : Arch. PPo., carton 45. — Arch. Trotsky, Harvard, Papiers d’exil 2977, 2978 et 9462. — L. Trotsky, œuvres, vol. 8, p. 61. — La Commune, 13 mars et 23 octobre 1936. — La Vérité, n° 13 et 15 de mars et septembre 1983. — Informations ouvrières, n° 510 et 1089 des 3 mars 1971 et 14 janvier 1983. — Notes de J.-M. Brabant et L. Bonnel. — Témoignage autobiographique du 15 février 1977.

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