MARTY-ROLLAN Eugène, Jules dit parfois MARTY-ROLLAND

Par Madeleine Rebérioux et Yves Lequin

Né le 9 juin 1876 à Toulouse (Haute-Garonne) ; mort le 17 novembre 1936 ; ouvrier serrurier, puis employé à la compagnie du Gaz ; militant socialiste et syndicaliste.

Eugène Marty-Rollan est né à Toulouse dans une famille ouvrière, mais, filleul d’un gardien de la Faculté de Droit, son éducation primaire fut suivie de près et poussée plus loin que le certificat d’études. Nature riche, bouillante, orateur véhément, capable de rédiger, mais aussi susceptible de découragement, Eugène Marty-Rollan, d’abord ouvrier serrurier, puis employé de commerce avant d’entrer à la compagnie du Gaz de Toulouse, milita dès 1897 dans les organisations socialistes et syndicales de la ville. Il entra de bonne heure en contact avec les dirigeants blanquistes de la Bourse du Travail de Toulouse et notamment avec Marius Pinel. Devenu socialiste, il se présenta aux élections municipales de mai 1904 sur la liste de concentration socialiste. Mais, sans abandonner le Parti (il adhéra à la fédération SFIO et collabora en 1906 à La Cité), il allait trouver dans l’action syndicale un domaine mieux adapté à ses goûts et à sa personnalité.

Révoqué en 1906 pour avoir participé à la rédaction d’un manifeste syndicaliste lors d’une grève de l’Alimentation, il devint quelque temps plus tard secrétaire de l’Union départementale des syndicats de Haute-Garonne et le resta jusqu’après la Première Guerre mondiale. Dès le début de 1905, il était devenu secrétaire adjoint de la Bourse du Travail de Toulouse — voir Bousquet François — et plus spécialement chargé de la propagande (ce pour quoi il recevait un salaire de 150 F par mois), puis secrétaire de l’Union départementale de la Haute-Garonne. Il le restera jusqu’en 1923. Il y défendit les positions antimilitaristes de la CGT sans faire d’efforts particuliers d’approfondissement ou de réflexion et sans préconiser l’action directe violente : on le verra pendant la grève des cheminots de 1910 où il exhortera les travailleurs à la fois à continuer la grève et à garder leur calme. Il avait joué un rôle actif dans la grève des délaineurs de Mazamet (Tarn) en 1909 : présence sur le terrain, organisation du soutien, accueil d’enfants de grévistes à Toulouse. Si bien que le groupe socialiste mazamétain lui demanda de représenter le parti aux élections législatives de 1910. Son influence sur les ouvriers de Mazamet en aurait fait un bon candidat, mais il refusa : "Dans les milieux ouvriers de Mazamet, il s’est consacré exclusivement à l’action syndicaliste ; il serait regrettable qu’en acceptant une candidature politique le parti adverse puisse mettre en doute le désintéressement qu’il a apporté à la défense économique des travailleurs et ne voir dans cette action qu’une ambition politique." Il participa aux XVIe , XVIIe et XVIIIe congrès nationaux corporatifs : Marseille, 1908, Toulouse, 1910, Le Havre, 1912 et se lia d’amitié avec Griffuelhes et avec Jouhaux. En septembre 1902, il avait également été délégué au Xe congrès de la Fédération nationale des Bourses du Travail à Alger.

Il était depuis 1910 trésorier de la Fédération régionale des coopératives syndicales des travailleurs agricoles et président de la coopérative du centre de Portel (Aude). Mobilisé en 1914, il fut libéré en décembre 1918 avec le grade de brigadier d’artillerie. Il avait conservé alors, comme l’atteste sa correspondance, l’antimilitarisme profond qui l’avait conduit à participer aux campagnes pour la libération de Rousset en 1912 et contre le vote de la loi Berry-Millerand ordonnant l’envoi des condamnés de droit commun dans des bataillons spéciaux.

Au lendemain de l’armistice, l’Union départementale mena une campagne active pour la transformation des ateliers militaires en usines civiles. Rien ne fut réalisé à l’époque mais les syndicalistes obtinrent la création d’un fonds de chômage pour les licenciés des usines de guerre. Marty-Rollan imprima un cours offensif à l’action de l’UD, en 1919 (les grèves touchèrent dix-neuf corporations) et au congrès de Lyon, en septembre, il réclama une CGT antimilitariste, antipatriote et antiparlementaire. Pourtant, élu à la commission administrative de la CGT en janvier 1920, il y défendit les conceptions majoritaires et réussit à garder à la majorité confédérale la quasi totalité des syndicats de Haute-Garonne. Bientôt chargé de la propagande confédérale (novembre 1920), il entra au bureau confédéral. Les départements voisins de l’Aude, de l’Ariège et du Tarn-et-Garonne ayant suivi les unitaires, Marty-Rollan entreprit en mai 1922, une campagne pour regrouper les syndicats réformistes isolés. Il créa une Union interdépartementale CGT dont il assura la direction. En 1923, elle comptait entre quinze mille et dix-huit mille adhérents dont huit mille pour la Haute-Garonne. Ayant quitté la région en février 1923, il fut remplacé par Julien Forgues et demeura membre du Bureau confédéral jusqu’à la réunification de mars 1936. Collaborateur régulier du Peuple et de la Voix du peuple, après avoir écrit dans la Bataille syndicaliste et dans l’Avenir, il était depuis le début du siècle militant du Parti socialiste SFIO et l’un des fondateurs de son périodique régional le Midi.

Aux élections municipales du 30 novembre 1919, Marty-Rollan fut battu avec toute la liste socialiste. Il préconisa l’adhésion à la IIIe Internationale mais se ravisa avant le congrès de Tours et resta à la SFIO

Il fut membre du Conseil national économique, suppléant, de1931 à 1936, au titre du travail salarié (industrie). Présenté au JO comme « délégué à la propagande de la CGT ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article120770, notice MARTY-ROLLAN Eugène, Jules dit parfois MARTY-ROLLAND par Madeleine Rebérioux et Yves Lequin, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 16 septembre 2020.

Par Madeleine Rebérioux et Yves Lequin

ŒUVRE : La petite prison de Marty-Rollan ou Vingt jours de captivité politique à Saint-Michel de Toulouse, du 1er au 20 juillet 1911, Imprimerie toulousaine, s.d., 22 p. — Comment fut élaborée la Charte d’Amiens, 1933, 24 p.

SOURCES : Arch. Dép. Haute-Garonne 4 M 110, 114 et 118. — Lettre de Marty Rollan à Jouhaux en date du 31 octobre 1914 dans B. Georges et D. Tintant, Léon Jouhaux, cinquante ans de syndicalisme, PUF, 1962, pp. 496-499. — Maurice Labi, La grande division des travailleurs, première scission de la CGT, Éd. Ouvrières, 1964.— Comptes rendus des congrès de la CGT depuis 1906, notamment du congrès de Lyon, 1919. — La Cité, 1906. — La CGT, op. cit., p. 497. — Rémy Cazals, Avec les ouvriers de Mazamet..., Paris, Maspero, 1978 (réédition revue et augmentée en 1995 par le CLEF 89, avec index). — Arch. Nat. F7/12986 et 13602. — Compte rendu du congrès de la CGT, Lyon, 1919. — La CGT et le mouvement syndical, op. cit., p. 497. — Le Midi socialiste, 1919. — La Voix des travailleurs, 19 avril 1930.

ICONOGRAPHIE : Avec les ouvriers de Mazamet, hors-texte 28 et 29. — La CGT et le mouvement syndical, op. cit., p. 616.

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