MASI Henri, Léon (pseudonymes : Gaspard, Mouclier)

Par Antoine Olivesi et Jean-Marie Guillon

Né le 10 janvier 1910 à Paris (XIe arr.), mort le 17 juillet 1998 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; garçon d’hôtel puis marin ; militant communiste et CGT ; membre de l’Organisation spéciale (OS), des Francs-tireurs et partisans (FTP) et responsable régional des Mouvements unis de la Résistance (MUR).

Fils de Sauveur Masi, sculpteur, et de Lucie Orsetti, sans profession, Henri Masi commença comme garçon d’hôtel puis entra comme marin aux Messageries maritimes. Il adhéra en 1927 aux Jeunesses communistes et au Parti communiste en 1935. Il était membre du bureau du syndicat CGTU des marins.
Marié avec Gracieuse Doneddu à Marseille le 22 mai 1936, il s’engagea dans le soutien à l’Espagne républicaine. Il facilita l’envoi d’antinazis allemands en Espagne et aida la compagnie France-Navigation à acheminer du matériel vers Barcelone. Il prit à cette occasion contact avec l’amiral Muselier, commandant du port de Marseille.
Dès l’été 1940, il aurait réorganisé le syndicat clandestin des marins et participa à la reconstitution du parti communiste. Il hébergea et aida Joseph Gabalda*, ancien marin et ancien des Brigades internationales, devenu responsable régional OS. Aussi, lorsque Gabalda fut arrêté le 10 octobre 1941, fut-il désigné pour le remplacer avec Marcel Clouet* qui avait alors pour pseudonyme Lieutard. Il fut ensuite nommé interrégional OS par Alfred Martin* Thomas, responsable cadres zone Sud. Il supervisa les premiers attentats effectués dans la région, d’abord à Marseille, le 1er novembre 1941, contre un car de la commission d’armistice italienne à l’Estaque par Jean-Louis Guillaume*, puis à l’usine d’alumine de La Barasse, toujours à Marseille (le sabotage échoua), ensuite contre un kiosque de propagande sur la Canebière et contre une grue à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône). Il aurait assuré comme « responsable technico-militaire » le passage de l’OS aux FTP à la fin du printemps 1942, mais il fut coupé de l’organisation un mois après à la suite de l’échec d’un sabotage de voie ferrée avec de la dynamite venant de militants de l’Estaque. Dénoncé, il échappa à l‘arrestation. Au début de 1943, il obtint un contact avec Wolf Wexler chargé de l’organisation de maquis par le mouvement Combat qui recherchait quelqu’un pour s’occuper des premiers maquis de l’Armée secrète, l’un au Revest-du-Bion (Alpes-de-Haute-Provence) et l’autre dans le Ventoux (Vaucluse) sous la direction de Philippe Beyne. Masi succéda à Wexler lorsque celui-ci fut arrêté par la police allemande, le 13 mai 1943. Installé dans la région de Manosque (Alpes-de-Haute-Provence), il travailla sous le pseudonyme d’Honoré Mouclier en étroite coordination avec le socialiste Louis Martin-Bret*, chef de Combat puis des MUR dans le département. Ils transportèrent ensemble des armes venant d’un dépôt de l’armée à Aups (Var) et installèrent des camps de réfractaires dans le secteur de Banon (Alpes-de-Haute-Provence). Masi contrôlait aussi le premiers noyaux maquisards du secteur dans le Luberon (Vaucluse) et ordonna notamment à celui de Grambois de se disperser après une attaque des GMR le 1er juin 1943. Il prit contact à Marseille avec Félix Germain Morvan, ancien communiste comme lui, qui allait créer un important maquis AS, puis FTP, à la lisière des Hautes-Alpes et de la Drôme. La présence notable de communistes chevronnés dans l’organisation maquis du secteur (Auguste Dumay* et Émile Sellon* notamment) laisse supposer que Masi n’était pas coupé du PC et couvrait un certain entrisme dans l’AS. Au moment de la création du Service maquis des MUR, leur chef régional, le capitaine Chevance Bertin, désigna Masi pour le diriger, mais le commandement national du Service avait désigné de son côté Jean Montiès Labarthe, d’où des frictions avant qu’un modus vivendi ne soit trouvé, Masi continuant de s’occuper de son secteur bas-alpin et vauclusien et répartissant l’argent et les instructions qui transitaient par Labarthe. Masi aurait participé, en février 1943, à un attentat à l’explosif contre un train de permissionnaires allemands. C’est probablement le moment où il proposa à la direction des MUR la création de groupes francs dans les Basses-Alpes. Inculpé d’attentat et de tentative d’homicide volontaire, il fut condamné à mort par contumace par le Tribunal militaire de la 15e région.
Martin-Bret et Masi furent arrêtés par les carabiniers et soldats italiens le 10 juin 1943 à la ferme du Grand Valgas, propriété de Martin-Bret, à Manosque, où étaient entreposées des armes et où se trouvaient aussi des réfractaires. Le tribunal correctionnel de Digne (Alpes-de-Haute-Provence) ouvrit une information. Aux policiers français de Nice, Mouclier se dit représentant de commerce, mais l’adresse qu’il donna à Marseille était fausse. Pour la police, il était l’un des chefs de la Résistance du Sud-Est en tournée d’inspection des camps de réfractaires. Détenus à Manosque, au 19 boulevard de la Plaine, Martin-Bret et Masi s’évadèrent dans la nuit du 10 au 11 juin par une porte déverrouillée par un complice et allèrent se cacher dans les villages de la région, notamment chez le maire de Villeneuve pendant deux jours, puis à Saint-Maime, au Revest-des-Brousses, etc. Masi se sépara de Martin-Bret et se réfugia à Mison chez Albert Lieutier*, qui sera tué par les Allemands le 9 juin 1944. Il continua son travail de responsable maquis. répartissant entre les camps les moyens dont il disposait. En mission à Sault (Vaucluse), le 19 septembre 1943, il aurait tenté d’exécuter avec un autre résistant un « agent de la Gestapo » (plus probablement un agent de l’Abwehr) qui se défendit, bien que sérieusement blessé. Il fut arrêté à nouveau le 17 novembre 1943 par la police allemande à Marseille sur la Canebière, au bar de l’Oasis où il avait rendez-vous avec un officier qui, d’après lui, appartenait au 2e bureau. Il fut interrogé et maltraité pendant trois jours au 425 de la rue Paradis, siège du Sipo-SD. Déporté à Mauthausen, il fut libéré le 5 mai 1945 par les Américains.
En 1946-1947, il refusa de partir pour la guerre d’Indochine et fut rétrogradé par l’Armée.
Vice-président dès 1945 puis président en 1958 de la section des Bouches-du-Rhône de la FNDIRP (Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes), il fut membre du Comité national et du conseil d’administration de cette association. Il avait également présidé l’UFAC (Union française des associations de combattants et victimes de guerre) des Bouches-du-Rhône et, en 1976, le comité de coordination des associations d’anciens combattants. Il était alors commandeur de la Légion d’honneur.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article120827, notice MASI Henri, Léon (pseudonymes : Gaspard, Mouclier) par Antoine Olivesi et Jean-Marie Guillon, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 19 novembre 2021.

Par Antoine Olivesi et Jean-Marie Guillon

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône 2663 W 2. — Arch. Com. Marseille. — site Fondation pour la mémoire de la Déportation (www.bddmd.org/liv/recherche.php) . — Amicale du Maquis Morvan, Maquis et bataillon Morvan, Marseille, Imp. Lamy, 1987. ⎯ Claude Arnoux, Maquis Ventoux, quelques pages de la Résistance en Vaucluse, Avignon, Les Presses Universelles, 1974. — Madeleine Baudoin, Témoins de la Résistance en R2, intérêt du témoignage en histoire contemporaine, Aix-en-Provence, Université de Provence (Aix-Marseille I), thèse d’État en Histoire, 1977. — Marcel-Pierre Bernard, Les communistes dans la Résistance, Marseille et sa région, Aix-en-Provence, Université de Provence (Aix-Marseille I), thèse 3e cycle d’Histoire, 1982. — Jean Garcin, De l’armistice à la Libération dans les Alpes de Haute-Provence 17 juin 1940-20 août 1944, Digne, 1983. — Robert Mencherini, Résistance et occupation (1940-1944), tome 3 de Midi rouge, ombres et lumières, Paris, Syllepse, 2011. — Jean Vial, Un de l’Armée secrète bas-alpine (souvenirs d’un résistant), Aix-en-Provence, 1946. — Renseignements communiqués par Marcel-Pierre Bernard et l’intéressé. — État civil. — Le Provençal, 11 novembre 1988. — Le Patriote résistant, août 1998.

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