MATHEU Ferréol, André

Par André Balent

Né et mort à Céret (Pyrénées-Orientales) : 18 septembre 1897-15 novembre 1983 ; agriculteur ; militant communiste et syndicaliste ; résistant.

Ferréol Matheu naquit dans une famille de petits agriculteurs cérétans domiciliés dans la sous-préfecture du deuxième arrondissement des Pyrénées-Orientales.Son père Joseph Matheu était âgé de trente-et-un ans en 1897. Sa mère, Marie Saqué avait vingt-six ans à la même date. Il fréquenta l’école primaire puis, après le Certificat d’études, le cours complémentaire. À la mort de son grand-père en 1912, il interrompit ses études pour travailler à l’exploitation familiale.

Mobilisé le 1er août 1915, il participa aux combats du Chemin des Dames (avril-mai 1917) où les sanglantes attaques le révoltèrent. Il devint lecteur de la Vague de Pierre Brizon*. Lors d’une permission, il se mêla, en compagnie de quelques camarades de tranchée, aux manifestations des midinettes parisiennes. Devenu pacifiste par horreur de la guerre, il évolua rapidement vers le socialisme.

Après l’armistice, son régiment fut envoyé à Neuss, près de Düsseldorf (Allemagne). Au retour d’une permission, il fut intégré au 18e régiment de tirailleurs algériens qui partit aussitôt en Hongrie combattre Bela Kun sur le front de la Tisza. Le 18e RTA fit ensuite mouvement vers le Banat de Temesvar (aujourd’hui Timisoara, en Roumanie). Matheu combattit contre son gré l’armée de la République hongroise des Conseils et revint acquis aux thèses de l’Internationale communiste.

Démobilisé, il regagna aussitôt Céret et intégra la section communiste dans les jours qui suivirent le congrès de Tours. S’étant fixé pendant quelques années à Reynés, Matheu forma une liste du Bloc ouvrier et paysan qui obtint deux sièges aux élections municipales de mai 1925. Élu, il siégea jusqu’en mai 1929, date à laquelle il s’installa définitivement à Céret. Vers 1935-1936, il fut élu trésorier de la section communiste et conserva cette responsabilité jusqu’à la dissolution du PC en septembre 1939.

Pendant la guerre d’Espagne, il franchit clandestinement la frontière franco-espagnole afin de transporter des armes destinées au comité des milices antifascistes de Figueres (province de Gérone). Il milita également au Secours rouge international, puis au Secours populaire de Céret.

Par ailleurs, Matheu participa vers 1922-1923 à la fondation d’un syndicat autonome des ouvriers agricoles de Céret qui rassembla 250 à 300 adhérents. Mais il quitta bientôt ce syndicat pour former un syndicat CGTU des travailleurs de la Terre qu’il présida jusqu’à la fusion syndicale. Peu avant le congrès de Toulouse (mars 1936), il fut délégué au congrès d’unification des deux unions départementales CGT et CGTU et fut élut président du syndicat unifié des ouvriers agricoles de Céret. Il fit partie de la commission administrative de la Fédération CGT départementale des syndicats des travailleurs de l’Agriculture des Pyrénées-Orientales lors de sa création le 15 novembre 1936 et fut réélu ensuite jusqu’en 1939.

Dès septembre 1939, Matheu prit en mains l’organisation du PC (voir Jean Paloma). Il assura la liaison entre la direction départementale et les militants de Céret et des communes voisines, diffusa la presse clandestine et organisa des distributions de tracts. Arrêté peu après la dissolution du PC, il fut relâché aussitôt. Dénoncé en 1942, il fut interpellé par la gendarmerie de Céret, mais réussit à la faire revenir sur son accusation.

Ferréol Matheu et Pierre Berdagué créèrent le Front national. Dès le début du mois de janvier 1942, toutes les organisations de résistance de la ville avaient décidé de travailler en commun, situation particulière dans le département. « Combat », animé par des membres de la SFIO, bientôt affiliés à « Libération » et le groupe communiste diffusèrent les journaux et les tracts de toutes les organisations. En décembre 1943, eut lieu à Céret au domicile d’Adrien Malart, responsable de « Combat », une réunion au cours de laquelle furent discutées les modalités de la libération de la ville. Il fut convenu qu’Édmond Barde*, Ferréol Matheu et Adrien Malart devraient occuper la sous-préfecture. Un comité local de Libération fut formé. Le président désigné fut Souquet. Matheu en fit partie. En janvier 1944, naquit un « Comité d’entente de la Résistance cérétane » où siégeaient les représentants des diverses organisations : Ferréol Matheu y représenta le Front national. Désigné comme chef du « maquis 44 », créé par l’Armée secrète, il perdit le contact en juin 1944 alors que le maquis faisait mouvement. Il resta pendant quelque temps isolé mais finit par retrouver la trace du maquis qui, le 29 août 1944, attaqua avec succès une colonne motorisée allemande au pont du Vilar (pont de Reynés, commune de Reynés) près de Céret. Matheu participa à la libération de la ville enlevant le drapeau allemand qui flottait sur la sous-préfecture avant d’aller siéger au comité local de Libération dont il fut le vice-président. Il fut ensuite désigné en octobre 1944 comme conseiller municipal de la municipalité présidée par Jacques Souquet*. Il siégea au conseil municipal jusqu’en 1947.

Membre du bureau de la section communiste de Céret, puis de la commission exécutive, Ferréol Matheu milita dans diverses organisations professionnelles paysannes jusqu’en 1947. Il fut pendant quelques années vice-président de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles. Il fut également un des administrateurs de la centrale (départementale) d’achats agricoles et siégea au conseil d’administration de la Mutualité agricole des Pyrénées-Orientales. Il fut candidat à Céret aux élections municipales du 8 mars 1959 sur la « liste d’union ouvrière et paysanne » présentée par le PCF. En 1962, il état secrétaire à l’organisation de la cellule n°2 de Céret qui groupait dix-sept adhérents en 1960.

Ferréol Matheu fut enterré civilement. Son fils André, né en 1922, était instituteur. En 1938, il était membre des JC. En 1944, il fit partie du "maquis 44" créé par l’AS de Céret et du Vallespir mais commun à cette organisation et aux FTPF.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article121004, notice MATHEU Ferréol, André par André Balent, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 16 avril 2016.

Par André Balent

SOURCES : Arch. com. Céret, registres de l’état civil. —Le Travailleur catalan, 1936-1939. — L’Action syndicale, décembre 1936. — L’Indépendant, 4 mars 1959. — Le Cri cérétan, 21 octobre 1944. — Pierre Mau, La Résistance à Céret, dactylog. (3 p.), 1945. — André Balent, DBMOF, "Matheu Férréol, André", 36, 1990, pp. 76-77. — Ramon Gual & Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane, II b, De la Résistance à la Libération, Prades, Terra Nostra, 1998, p. 510, 580, 587, , 590, 828. — Jean Larrieu, « Aspects de la Résistance française dans la montagne catalane », Fédération historique du Languedoc méditerranéen et du Roussillon, LIe volume, Montpellier, 1980, pp. 235-244. — Georges Sentis, Les communistes et la Résistance dans les Pyrénées-Orientales. Biographies, Lille, Marxisme / Régions, 1994, p. 150. — Georges Sentis, Éléments pour un dictionnaire des militants communistes des Pyrénées-Orientales dans les années 1945-1968, [publication de documents internes du PCF, 15e conférence fédérale , Perpignan 1er & 2 juin 1962], Lille, Marxisme / régions, 1998, sans pagination. — Annuaire-Guide des Pyrénées-Orientales, Nîmes, Chastanier et Alméras, 1937. — Entretiens avec Ferréol Matheu, Jean Paloma, 1974 ; Pierre Mau, 1984.

ICONOGRAPHIE : Gual & Larrieu, op. cit., p. 586, photo de groupe, banquet du "maquis 44" au mas Cremat, Prunet-et-Bellpuig, peu après la Libération, août 1944 ; p. 828, le 6 juin 1945, aux côtés d’autres dirigeants de la Résistance cérétane, États généraux de la Résistance française.

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