MAUPIOUX Georges, Louis

Par Jean-Louis Panné

Né le 27 septembre 1907 à Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle), mort le 24 janvier 1999 au Plessis Trevise (Val-de-Marne) ; ouvrier à la Monnaie, secrétaire du syndicat CGT des Monnaies et Médailles ; Pacifiste, dirigeant du Centre syndical d’action contre la guerre.

Fils d’un tailleur d’habits, Georges Maupioux dirigea le syndicat confédéré des Monnaies et Médailles qui présentait la particularité d’être à lui seul l’équivalent d’une fédération.
En octobre 1925, un Maupiou de Paris avait signé la Lettre à l’Internationale communiste, dite lettre des 250 (voir F. Loriot) : il est possible qu’il s’agisse de Georges Maupioux. Le 8 novembre 1925, lors du congrès des Jeunesses communistes de région parisienne (« 4e Entente »), un Maupioux, certainement le même, intervint pour défendre les conceptions de l’opposition communiste, et fut exclu (Bulletin communiste, 20 novembre 1925).

En 1933, le syndicat des Monnaies participa à l’action syndicale contre les baisses de salaires. L’unité d’action se réalisa entre autonomes, unitaires et confédérés, événement dont Maupioux rendit compte dans les colonnes de la Révolution prolétarienne. En 1934, le mouvement de protestation (grèves, manifestations) reprit avec les décrets-lois du gouvernement de G. Doumergue, mais cette fois-ci l’unité syndicale ne se réalisa pas aux Monnaies. Constatant l’échec du mouvement, Georges Maupioux restait néanmoins optimiste pour l’avenir car, selon lui, il y avait une plus grande unité chez les fonctionnaires que chez les ouvriers de l’industrie et ce facteur était l’annonce de mouvements futurs profonds.

Partisan de l’unité syndicale, Maupioux était, en la matière, proche des conceptions développées par les syndicalistes révolutionnaires de la Révolution prolétarienne. En 1935, après la déclaration de Staline justifiant la politique de défense nationale de la France, Georges Maupioux signa le manifeste : « Contre la guerre ! Contre l’union sacrée ! » lancé à l’initiative d’organisations syndicales (Union locale confédérée d’Arles ; syndicat confédéré des PTT), politiques (Rayon communiste de Saint-Denis, Front social, Entente des Jeunesses socialistes de la Seine, Union anarchiste), pacifistes (Ligue internationale des combattants de la Paix) et des revues (la Patrie humaine, la Révolution prolétarienne).

Ces organisations tinrent une conférence nationale les 10 et 11 août à la salle de l’Hôtel de ville de Saint-Denis. La présence de Georges Valois provoqua le retrait d’une grande partie des participants. Maupioux poursuivit son action pacifiste au sein du mouvement syndical. Il signa l’Appel aux syndiqués décidés à lutter contre la guerre que publia la Flèche le 1er avril 1938 et qui se concluait par ces mots d’ordre : « Ni la paix par la guerre ! Ni la liberté par l’acceptation de la servitude militaire ! mobilisation contre le massacre et la ruine ! » Cet appel, signé de syndicalistes du Livre (Largentier, Charbit), des Métaux (Roy, Duvernet, Dionnet), des PTT (J. Mathé), du Bâtiment (R. Froideval, H. Vieilledent), des cheminots (Magail, Simonet), d’enseignants (C. Audry, G. et É. Lefranc, R. Hagnauer, L. Zoretti) et de responsables d’unions départementales (G. Dumoulin, M. Langlois), annonçait la naissance du Centre syndical d’action contre la guerre (CSACG) qui tint une première conférence les 4 et 5 juin suivant. Vraisemblablement membre du comité national du CSACG qui reçut environ trois mille adhésions individuelles et une trentaine d’adhésions de syndicats, Maupioux en devint le trésorier. Le Centre édita une Feuille bimensuelle d’informations syndicales dans laquelle les prises de positions de syndicats mais aussi d’écrivains tel Roger Martin du Gard, furent publiées. Le Centre rencontra l’hostilité du Parti communiste. Le Gouvernement interdit son meeting au moment de la crise de Munich. Il tint une seconde conférence nationale le 19 novembre 1938 à Paris.

En avril 1939, le CSACG soutint le Centre de liaison contre la guerre qui regroupait des organisations non exclusivement syndicales et des personnalités pacifistes (H. Jeanson, J. Giono...). Le 30 août parut la dernière Feuille bimensuelle, qui ne fut pas soumise à la censure et fut diffusée par des postiers pacifistes. Dans cette dernière manifestation, le Centre appelait le gouvernement à ne pas entrer dans la guerre « qui ne sauverait pas la Pologne ».
André Juin (gérant), Georges Maupioux et son épouse Anna furent arrêtés le 31 août. Le 28 novembre, ils furent condamnés à cinq ans (Juin) et quatre ans (les époux Maupioux) de prison par le tribunal militaire de Paris. Les époux Maupioux se voyaient infliger en plus une amende de 1 500 francs chacun. Le pourvoi en cassation fut rejeté le 8 décembre 1939. La défaite de juin 1940 fit qu’ils ne purgèrent pas leur peine, mais Maupioux perdit son emploi. Par la suite, il devint correcteur d’imprimerie.

Il fut secrétaire du syndicat des correcteurs de Paris de 1954 à 1957 et délégué aux congrès de la FFTL en 1955 et 1958.

Il présida également une association de tourisme et d’éducation populaire « Les Amis de la Nature ». Il avait repris sa collaboration à la Révolution prolétarienne y traitant des problèmes du Livre, notamment de l’attitude de la Fédération face à la tragédie hongroise (novembre 1956).

Maupioux s’était marié en 1934 à Paris (VIe arr.) avec Anna Habouzit, il habitait alors Alfortville (Seine).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article121177, notice MAUPIOUX Georges, Louis par Jean-Louis Panné, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 2 mai 2022.

Par Jean-Louis Panné

SOURCES : Archives de la justice militaire au Blanc.— J. Rabaut, Tout est possible, les « gauchistes » français 1929-1944, Denöel, 1974. — N. Faucier, Pacifisme et antimilitarisme dans l’entre-deux-guerres (1919-1939), Spartacus, 1983. — La Révolution prolétarienne, 1925-1939, puis après-guerre. — Feuille bimensuelle d’informations syndicales, juillet 1938- août 1939. — La Flèche de Paris, 1er avril 1938.— Notes de Jean-Pierre Besse et de Julien Chuzeville.

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