MAURIAT Henri [MAURIAT Victorin, Rosé, Henri]

Par Gérard Leidet, Antoine Olivesi, Jean-Marie Guillon

Né et mort à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), 26 janvier 1893-26 novembre 1969 ; instituteur ; militant syndicaliste ; militant socialiste, conseiller d’arrondissement du canton d’Aix-sud de 1931 à 1940.

Fils d’un facteur des PTT, Henri Mauriat, ancien élève de l’Ecole normale d’instituteurs d’Aix, instituteur dans cette ville, à l’école de la rue Duperrier, milita au Parti socialiste SFIO avant la Première Guerre mondiale. Il admirait beaucoup Jean Jaurès.

Mobilisé, après la guerre, il reprit son activité militante, syndicale et politique à Aix. Militant engagé et passionné, il se refusait cependant à influencer politiquement ses élèves. Enseignant, il milita rapidement au sein de la sous-section du Syndicat national (CGT) dont il devint trésorier puis secrétaire. Lors de la réunion du bureau de la section d’Aix du SN, le 14 octobre 1926, Henri Mauriat proposa que la liste des candidats au conseil syndical comprenne un nombre supérieur au nombre de candidats (un tiers par exemple) afin de permettre un choix « réel et efficace » et de donner au vote « le caractère qu’il doit avoir ». La proposition ne fut visiblement pas retenue, le secrétaire Cuchi faisant remarquer que « le nombre de candidats est toujours très limité et probablement il le serait encore davantage si on retenait la proposition de Mauriat ; nul ne se soucierait de se soumettre à un véritable jeu de massacre. Ce sont les militants les plus en vue, les plus dévoués, les plus actifs qui obtiennent généralement le moins de voix. On ne peut contenter tout le monde… ». Lors de cette même réunion, Henri Mauriat intervint sur la question des institutrices enseignant dans les écoles de garçons. Malgré la loi qui exige qu’une institutrice soit « parente avec l’instituteur » pour enseigner dans une école de garçons, malgré la « promesse formelle » de monsieur Boucher, inspecteur d’Académie, parue au Bulletin officiel, il constatait que deux institutrices avaient été nommées à l’école de garçons de la rue Duperrier. Il fit donc voter une motion selon laquelle la sous-section d’Aix du SN ne pouvait admettre que les quatre conseillers départementaux ne soient pas allés jusqu’à la démission collective. Un appel au personnel enseignant pour protester contre les nominations « illégales, scandaleuses et profondément injustes » figurait également et la question fut posée à l’Inspecteur d’Académie. A partir de 1937, on le retrouva fréquemment délégué de son syndicat à la Bourse du Travail d’Aix.

En 1929, Mauriat était secrétaire de la section socialiste SFIO d’Aix-en-Provence. Deux ans plus tard, il fut élu conseiller d’arrondissement du canton d’Aix-sud, en octobre 1931, avec 910 voix au premier tour sur 4 675 inscrits et 1 376 au second tour contre Cartoux (républicain socialiste) et Sertour (communiste). Il fut élu aussitôt vice-président du conseil d’arrondissement ; un rapport du sous-préfet d’Aix le décrivait ainsi : « Jeune, intelligent, laborieux, actif, il peut briguer mieux. D’opinions très avancées mais conciliant en matière administrative, il entretient d’excellentes relations avec les pouvoirs publics. »
Il dirigeait également le journal socialiste local, La République aixoise, en 1935. A cette date, il représentait à Aix la gauche du Parti socialiste favorable à l’unité d’action avec les communistes. Il était considéré par la sous-préfecture comme le second de Félix Gouin à Aix.

 Devenu président du conseil d’arrondissement en 1935, il conserva son siège de conseiller en octobre 1937 avec 1 329 voix au premier tour et 2 000 au second sur 5 110 inscrits, face au militant communiste Fortuné Ferrini.

Depuis 1933, Henri Mauriat était trésorier du Syndicat national des instituteurs (CGT) de l’arrondissement d’Aix, qui ne comptait que vingt-cinq adhérents. Il était chargé de coordonner chaque année le journal Aix-1er Mai qui était tiré à cette date à 2 500 exemplaires et distribué gratuitement. Tous les syndiqués de l’Union locale CGT d’Aix qui regroupait alors l’ensemble des tendances à la Bourse du Travail, pouvaient s’y exprimer. Rapporteur de la commission du journal de l’Union locale Aix 1er mai en 1932-1933 puis en 1936-1937, il était présent et très actif dans d’autres commissions de la Bourse du Travail en rapport avec son métier d’instituteur : commission de l’enseignement, commission des colonies de vacances notamment. En 1936, au moment du Front populaire Mauriat était membre de la commission de propagande de l’Union et délégué de la Bourse à l’office des HBM, responsabilités qu’il conserva jusqu’en 1939.

Henri Mauriat fut mobilisé comme officier en 1939, puis, après la défaite, fut l’un des premiers socialistes à rejoindre les rangs de la Résistance. Il fut poursuivi par la vindicte des pétainistes de la Légion française des combattants et, en particulier, par celle du professeur Pierre Médan, le président de la section d’Aix qui écrivit à plusieurs reprises aux autorités
Résidant dans le quartier pavillonnaire de Saint-Jérôme, il fut dénoncé par les légionnaires qui le surveillaient spécialement pour écoute de la BBC en juin 1941 alors que celle-ci était interdite sur la voie publique car on en entendait les émissions de l’extérieur. Deux inspecteurs de police furent envoyés pour confirmation le 19 juin. Inculpé et défendu par Me Juvénal, il argua de son absence ce soir-là, assistant à une répétition de la société musicale municipale qu’il présidait. Déféré devant le tribunal correctionnel le 31 juillet, il fut relaxé le 2 octobre, mais son épouse qui avait reconnu écouter régulièrement Londres fut condamnée à 100 francs d’amende et aux dépens. Aucun de leurs voisins ne s’était associé à la plainte. Ayant fait appel, elle fut condamnée, le 30 décembre 1941, à un mois de prison avec sursis et à la même amende. Marie Mauriat née Blinette était d’origine lorraine. Elle était née le 28 septembre 1897 à Montzéville (Meuse). Mauriat l’avait connu en 1915 à Verdun, alors qu’il était soldat. Elle ne travaillait pas. Les Mauriat étaient parents de deux enfants.
Henri Mauriat fut alors écarté du conseil d’administration de l’hôpital psychiatrique. Il. fut écroué en mai 1942 après l’interpellation de l’un de ses collègues, surpris en train de coller des papillons du Mouvement ouvrier français en compagnie de son épouse dans la nuit du 30 avril au 1er mai. Ce couple d’instituteurs étaient des réfugiés alsaciens. La police trouva chez eux un numéro du journal clandestin Libération. L’instituteur reconnut dans un premier temps que les papillons et le journal lui avaient été remis par Mauriat. La perquisition chez lui fut vaine, mais Mauriat et son collègue furent écroués et passèrent plus d’un mois en détention provisoire. Un tract circula en ville pour dénoncer ces arrestations, ce qui suscita l’ire de Médan qui, dès le 1er mai, avait écrit au sous-préfet pour souhaiter que « cette affaire nous débarrassera, nous l’espérons, d’un fonctionnaire, le seul des instituteurs à avoir fait grève pour le 1er mai 1936 et dont le maintien dans sa place nous a toujours paru un défi au bon sens et aux règles d’une saine politique ». Mauriat fut condamné à six mois de prison avec sursis et son collègue à neuf mois le 4 juin 1942. Mauriat fut révoqué de l’enseignement et de l’office des HBM. Engagé sans le mouvement Libération, à forte composante socialiste, avec pour pseudonymes Roland Marsac, Merlin, Vivian, il dirigea la section aixoise du Parti socialiste clandestin en relation avec Max Juvénal et Horace Manicacci.
Il fut décoré de la Médaille de la Résistance le 24 avril 1946.

Après la Libération, Mauriat siégea au conseil municipal d’Aix et administra l’hôpital psychiatrique de Montperrin dont il devint par la suite président d’honneur de la commission administrative. En 1945, candidat au conseil général dans le canton d’Aix-sud, devancé au premier tour par le communiste Pascal Fieschi*, il se retira en faveur de ce dernier, lequel fut battu, au second tour, par la candidate du MRP.

Mauriat s’occupa longtemps à Aix d’activités culturelles. Amateur de musique, il présida pendant un demi-siècle la musique municipale aixoise, remplacé à ce poste par un autre instituteur militant du SNI, Pierre Davin. Il fut également délégué régional des Jeunesses musicales de France à Aix et leur donna une impulsion sur le plan local. Il présidait également la commission de surveillance du conservatoire Darius Milhaud de la ville.

Grande figure du socialisme aixois, Henri Mauriat était officier de la Légion d’honneur, titulaire de la Croix de guerre 1914-1918, médaillé de la Résistance française, officier des Palmes académiques et chevalier des Arts et Lettres.

Une avenue d’Aix porte son nom.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article121216, notice MAURIAT Henri [MAURIAT Victorin, Rosé, Henri] par Gérard Leidet, Antoine Olivesi, Jean-Marie Guillon, version mise en ligne le 18 mai 2012, dernière modification le 2 mai 2022.

Par Gérard Leidet, Antoine Olivesi, Jean-Marie Guillon

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, III M/54 et 56 ; V M 2/282 ; M 6/10808 ; XIV M 24/62 (anciennes cotes), 1 W 2919, 3 W 347, 99 W 234. — SHD Vincennes, GR 16 P 405599 (nc). — Archives de la Bourse du Travail d’Aix-en-Provence, dossiers 1930, 1933-1936, 1939. — Bulletin du Syndicat national des institutrices et instituteurs publics, section des Bouches-du-Rhône, octobre-décembre 1926. — Le Provençal, septembre 1945. — Le Provençal, édition d’Aix, 27 et 30 novembre 1969 — DBMOF, notice par A. Olivesi. — Nicolas Dusserre, Syndicalisme et mouvement ouvrier aixois : la Bourse du Travail de 1920 à 1939, Mémoire de maîtrise d’histoire contemporaine, Université de Provence, 2000. — Renseignements communiqués par la mairie d’Aix-en-Provence et par le petit-fils d’Henri Mauriat.

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