MAZEROLLE Emmanuel, Laurent

Par Bruno Poucet

Né le 14 octobre 1879 à La Rochelle (Charente-Maritime), mort le 24 mars 1957 à Paris (XVe arr.) ; professeur d’allemand dans l’enseignement secondaire privé ; syndicaliste autonome, puis CFTC ; président de la Fédération française des syndicats chrétiens de l’enseignement libre CFTC de 1945 à 1956, membre du bureau confédéral de la CFTC à ce titre.

Emmanuel Laurent Mazerolle était le fils aîné d’une famille « nombreuse et fortunée » ce qui lui a permis de voyager en Europe slave et germanique, mais également en Espagne, au Maroc, aux États-Unis : son père, Jules Mazerolle, exerçait la profession d’horticulteur à La Rochelle ; sa mère, Marie élevant la famille ; Pierre Mazerolle, son grand-père, était lui-même pépiniériste à La Rochelle. Emmanuel Mazerolle s’était marié le 26 août 1901 à Scey-sur-Saône (Haute-Saône) avec la fille d’un médecin, Edmée-Valentine Guilleminot, née le 11 février 1880 et décédée à Paris le 29 septembre 1967 ; après avoir beaucoup voyagé, il vit dans la dernière partie de sa vie à Paris, dans le XVè arrondissement. Il ne semble pas, contrairement au milieu habituel de l’enseignement privé, avoir une pratique religieuse « commune ».

Licencié ès lettres (allemand), Emmanuel Mazerolle a enseigné à Prague, en Allemagne (à Görlitz où il a été directeur d’école), en Grande Bretagne. Il a été ensuite professeur en France dans différents établissements d’enseignement privé catholique ou non. On le retrouve ainsi successivement en 1907, professeur d’allemand et d’anglais à Dijon (Côte d’Or) ; en 1909, professeur au collège de Normandie à Clères (Seine-Maritime) ; en 1912, professeur au collège Stanislas à Versailles (Yvelines) ; en 1913, directeur de l’institution Michaud à Dijon (Côte-d’Or) ; professeur à Juilly ; en 1939, professeur à Saint-Jean-de-Béthune à Versailles (Yvelines) ; en 1945, professeur dans un établissement laïque de Paris.

En 1906, Emmanuel Mazerolle adhéra au Syndicat de l’Enseignement Libre Supérieur, secondaire, technique. Il s’agissait d’un syndicat autonome regroupant essentiellement des professeurs de l’enseignement secondaire et de l’enseignement supérieur. Celui-ci était implanté d’abord à Paris et ultérieurement dans quelques villes importantes, telles que Bordeaux (Gironde) et Lille (Nord). Emmanuel Mazerolle fut d’abord simple adhérant et quitta d’ailleurs ce syndicat pendant un certain temps de 1922 à 1936, date à laquelle il fut réintégré. Il n’occupera de fonction officielle qu’à partir de 1940.

En 1942, Emmanuel Mazerolle fut élu président du Syndicat de l’Enseignement Libre Supérieur, Secondaire et Technique, mais il refusa d’exercer la fonction, à cause de ses activités de résistance. Pour autant, Emmanuel Mazerolle participa à la gestion du syndicat qui, malgré tout, tint quelques réunions clandestines à Paris. Vaille que vaille une activité a été poursuivie : définition d’un statut des professeurs laïcs, relèvement des traitements, création d’une caisse de retraite, organisation de l’enseignement libre. Toutefois, le syndicat se déclara opposé à une aide financière du gouvernement de Vichy.

Ce ne fut qu’à la Libération, qu’Emmanuel Mazerolle devint, en octobre 1944, président du syndicat. Par ailleurs, dès 1945, il adhéra à la CFTC en même temps que l’ensemble de son syndicat qui fusionna avec la Fédération des Syndicats Chrétiens de l’Enseignement Libre CFTC. De ce fait, le 30 juin 1945, Emmanuel Mazerolle succéda, d’abord à titre provisoire, puis définitif, à Jean Baumgartner président-fondateur de cette Fédération. Celle-ci quitta la ville de Lyon (Rhône) pour Paris et s’installa dans les locaux du syndicat autonome, rue de Sèvres (6è). Emmanuel Mazerolle a donc été l’artisan principal de l’adhésion du syndicat autonome à la CFTC, car il souhaitait qu’un véritable syndicat puisse exister dans l’enseignement privé. Emmanuel Mazerolle ne fut jamais permanent syndical, mais reçu, à titre de dédommagement une indemnité de fonction - à laquelle, d’ailleurs, il dût renoncer, compte tenu des difficultés financières traversées par son organisation, en 1954.

Faute de pouvoir obtenir de la part des responsables de l’enseignant privé la fixation d’un barème de traitement des maîtres, Emmanuel Mazerolle se rapprocha, en 1945, du ministère du travail, en demandant la convocation d’une commission paritaire. Il chercha également à obtenir une ordonnance modifiant la loi Falloux sur les titres universitaires nécessaires pour enseigner et sur la participation des professeurs de l’enseignement public dans l’enseignement privé : celle-ci a été rédigée, mais, sur pression des responsables de l’enseignement privé, elle ne sera pas promulguée.

Il contribua à définir une ligne d’indépendance par rapport aux autorités de l’enseignement privant, déclarant ainsi au congrès fédéral de Lyon : « Comme catholique nous nous inclinons respectueusement devant nos directeurs spirituels, mais comme citoyens, nous revendiquons notre complète indépendance dans le domaine social et politique ». Et de rappeler que « la plupart des instituteurs gagnent moins qu’une femme de ménage et qu’un grand nombre de professeurs du second degré sont moins payés qu’une dactylo ». Il entra ainsi très vite en conflit avec les directeurs d’établissement de l’enseignement privé pour fixer le montant des traitements des maîtres ; à défaut de succès dans cette entreprise, il fit étudier en 1946 un projet de statut professionnel de l’enseignement privé ; il lui faudra aussi contribuer à asseoir la Fédération CFTC contre la Fédération des syndicats diocésains de l’enseignement libre (autonome, présente dans l’enseignement primaire), il estimait, en effet, que celle-ci était une association de défense de l’enseignement privé et non un véritable syndicat ; il se montra préoccupé de la formation professionnelle des enseignants et suggéra la création d’un « certificat d’aptitude à l’enseignement », fit adopter en 1945 une motion exigeant la possession de la licence pour exercer dans un établissement privé d’enseignement secondaire, s’efforça de s’opposer à l’entrée en trop grand nombre d’enseignants du public exerçant leurs fonctions en heures supplémentaires ; il s’occupa de la création de caisses de retraite ; il signa, au nom de la Fédération, les premières conventions collectives de l’enseignement privé en 1950 ; compte tenu de ces fonctions, Emmanuel Mazerolle siégea au Secrétariat d’études pour la liberté d’enseignement dont il fut vice-président dès 1945. Il démissionna de cette fonction en 1952, ne voulant pas, cautionner ainsi toutes les orientations des représentants de l’enseignement privé qui se satisfaisaient du vote des lois Marie-Barangé de septembre 1951. Il siégea également au Comité National de l’Enseignement Libre (CNEL) pendant toute la durée de son mandat. Emmanuel Mazerolle a été également l’un des artisans du paiement direct des maîtres par l’État en demandant dès le congrès fédéral de 1947 « que le gouvernement aide l’enseignement libre en participant, dans une mesure à déterminer, aux traitements du personnel enseignant ». Emmanuel Mazerolle fut d’ailleurs reçu, au nom de la Fédération, par la Commission d’études des problèmes scolaires, le 3 janvier 1951 où il expliqua que le monopole étant irréalisable, faute de moyens financiers et en personnels, il fallait que l’État acceptât le concours de l’enseignement privé, en faisant passer le personnel de l’enseignement privé sous le contrôle de l’État.

Cela étant, Emmanuel Mazerolle avait une conception assez « autocratique » voire paternaliste du syndicalisme, donnant peu de responsabilité aux syndicats départementaux et aux responsables intermédiaires, comme en témoignent les comptes rendus de congrès en 1948 où il est précisé que l’assemblée « remercie pour son activité de Bureau fédéral et plus spécialement M. Mazerolle qui se dévoue à défendre les intérêts de tous ses collègues ». Par ailleurs, entre en 1952 et 1953, le conseil fédéral ne fût pas réuni. Cela étant, sous sa direction la Fédération passa de 1 000 adhérents à 5 000 et accepta la modification des statuts confédéraux de 1947 qui procéda à une déconfessionnalisation de l’idéologie confédérale.

Parallèlement à son activité fédérale, de 1945 à 1954, date de sa démission, Emmanuel Mazerolle a été président du syndicat de l’enseignement libre CTFC de la région académique de Paris qui regroupait l’ensemble des sections du primaire à l’enseignement supérieur. Ce syndicat fournit en effet de 1945 à 1960 la plupart des membres du bureau de la Fédération.

Par ailleurs, et jusqu’en 1953, Emmanuel Mazerolle exerça des fonctions au sein de la Confédération CFTC. Dès 1945, il fut nommé, par cooptation, membre du bureau confédéral de la CFTC, à ce titre, il siégea à la Commission exécutive confédérale (de 1945 à 1947) à la commission confédérale des problèmes agricoles (1946-1947) puis à la commission confédérale CFTC des loisirs (à partir de 1947) : il en fut le président aidé, dans l’exercice de cette responsabilité, par Simone Troisgros. De 1953 à 1955, il fut élu membre du Conseil confédéral CFTC. Les interventions d’Emmanuel Mazerolle au sein des organismes de direction de la confédération n’ont pas été nombreuses : il prit la plupart du temps la parole lorsqu’il s’est agi de question touchant l’enseignement privé. Il se montra plus proche de la Confédération qui défend la liberté d’enseignement que du SGEN ; néanmoins Emmanuel Mazerolle, comme Paul Vignaux s’efforcèrent de ne pas trop mettre en difficulté la confédération sur la question de l’enseignement privé, malgré leur divergence en cette matière. Il s’intéressa à quelques questions à caractère plus général, en particulier celle du montant des salaires, demandant (en vain) que la Confédération réclamât « le salaire minimum vital pour toutes les catégories de salariés » (1945), fût chargé (en 1946) avec d’autres d’un rapport sur les méthodes de travail du bureau confédéral. On l’aura, en tout cas compris, il ne se retrouva pas dans la minorité autour du groupe Reconstruction et resta proche des dirigeants historiques de la CFTC.

En avril 1956, Emmanuel Mazerolle n’a pas été réélu à la présidence de la Fédération de l’enseignement libre, après un conflit entre certains syndicats de l’enseignement primaire, conduits en particulier par Jean Deroo : outre les problèmes de gouvernement de la Fédération, il lui était reproché de n’avoir pas assez soutenu la loi Marie-Barangé d’une part et d’avoir été trop complaisant, avec le SGEN, d’autre part ; il hésita, alors entre deux stratégies : se retirer ou créer un syndicat de l’enseignement secondaire, ce qui aurait entraîné une scission ; il choisit, finalement, la première solution : réélu membre du conseil fédéral, mais non de bureau fédéral, il n’accepta pas cette situation et démissionna de la totalité de ses mandats, en juin 1956 ; il fut, en revanche nommé président d’honneur du syndicat de Dijon, qui l’avait soutenu dans ce qui allait être son dernier combat. Il mourut en effet brutalement le dimanche 24 mars 1957 d’une crise d’angine de poitrine. Un office religieux à l’église Saint- Jean-Baptiste-de-la-Salle (Paris 15e) précéda son inhumation.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article121395, notice MAZEROLLE Emmanuel, Laurent par Bruno Poucet, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 18 avril 2021.

Par Bruno Poucet

SOURCES : Arch. Nat., F17/17541 : déposition devant la commission Boncour, 3 janvier 1951. - Arch. Confédérales CFDT, 2G2, 2G3, 1G12, 1G16, 10P18 (commission d’outre-mer). - Arch. FEP-CFDT, 3Y1, 13Y2, 13Y3, 23Y12. - Bulletin mensuel du syndicat de l’enseignement libre supérieur, secondaire et technique (1902-1945), 1936, n° 300. - L’Enseignement Libre CFTC, 1946, n° 334 ; 1956, n° 390 ; 1957, n° 393. - Bruno Poucet, Entre l’Église et la République, une histoire de la Fédération de la Formation et de l’Enseignement Privés CFDT, Paris Éditions de l’Atelier, 1998, 252 p. ; Histoire et mémoire de la FEP-CFDT, Paris, Éditions de L’Harmattan, 1999, 226 p.

ICONOGRAPHIE : photographie en 1951 à la tribune du congrès de Marseille de la Fédération des syndicats chrétiens de l’enseignement privé CFTC, dans Bruno Poucet, Histoire et mémoire de la FEP-CFDT, Bâtisseurs d’avenir, Paris, Éditions de L’Harmattan, 1999, hors texte, p. III.

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