MAZIER Antoine, Marius

Par Christian Bougeard, Yves Le Floch, Gilles Morin, François Prigent

Né le 11 octobre 1908 à Saint-Étienne-Cantalès (Cantal), mort le 6 décembre 1964 à Paris (XIIIe arr.) ; professeur agrégé d’histoire ; militant et député socialiste des Côtes-du-Nord (1946-1958) ; conseiller général, maire de Saint-Brieuc (1962-1964).

Antoine Mazier
Antoine Mazier
Assemblée nationale

Aîné de trois enfants, Antoine Mazier perdit son père, ouvrier agricole (cultivateur sur l’acte de naissance), tué au front en 1916, et sa mère, sans profession, peu après. Recueilli par une vieille tante, pupille de la Nation en 1919, il vécut dans une grande pauvreté. Il reçut une éducation religieuse succincte. Boursier à l’école primaire supérieure de Pleaux, élève de 1924 à 1927 à l’École normale d’instituteurs d’Aurillac (Cantal) puis de 1927 à 1928 à celle de Toulouse (Haute-Garonne), il entra à l’École normale supérieure de Saint-Cloud. Il fut nommé en octobre 1930 professeur à l’École normale d’instituteurs de Saint-Brieuc. 



Militant socialiste, membre du Secours rouge, Antoine Mazier créa au printemps 1931 un groupe de Jeunesses socialistes puis partit au service militaire en octobre. Élève officier de réserve à Saint-Maixent, il le termina à Cosne (Nièvre) en 1932. À son retour, le directeur de l’École normale de Saint-Brieuc et l’inspecteur d’Académie, pour des raisons tenant à sa vie privée et du fait de son militantisme, firent en sorte qu’il ne puisse reprendre ses cours à l’ENI de Saint-Brieuc malgré des interventions de parlementaires en sa faveur. Il fut nommé à l’ENI de Saint-Lô (Manche) avec un complément de service à l’école primaire supérieure de filles. Il étudia seul le latin et obtint une licence et un diplôme d’études supérieures à la faculté des lettres de Caen. Membre de la section socialiste SFIO de Saint-Lô, il défendit la majorité blumiste du parti au sein de la section et participa, en 1934, à la constitution de la section de la Manche de la Fédération générale de l’Enseignement. Le directeur de l’ENI et l’inspecteur d’Académie demandèrent son déplacement « à la suite d’événements politiques auxquels il s’est trouvé mêlé ». Il fut nommé en octobre 1934 à l’EPS de Lamballe, à la demande de l’ancien député (1919-1924) le radical-socialiste Henri Avril * qui dirigeait cet établissement, puis demanda sa mutation pour l’ENI d’Aurillac (Cantal). Lors de la manifestation à Aurillac, le 14 juillet 1935, il aurait défilé « en tête du cortège du Front populaire » et porté « la bannière rouge du Parti communiste » selon le rapport de police. Mais atteint d’une grave affection pulmonaire, il avait dû prendre un congé en mars 1935 qui se transforma en congé de longue durée jusqu’en octobre 1937. Il revint dans les Côtes-du-Nord, pour de brefs séjours qui lui permirent de participer à quelques réunions en 1936, notamment celle qui, en août, lança la section de Châtelaudren, et de présider le congrès fédéral de janvier 1937.

Antoine Mazier se maria le 16 mars 1933 avec Jeanne Kervizic, la fille de l’un des principaux responsables du Parti radical-socialiste des Côtes-du-Nord dans les années 1920, conseiller municipal de Saint-Brieuc. Son épouse, divorcée, mère de deux enfants, continua à résider à Saint-Brieuc. Elle devint en 1937 correspondant et agent de publicité d’un quotidien régional, puis en 1939 obtint un poste d’aide économe à l’internat en régie municipale du collège de jeunes filles de Saint-Brieuc. Elle quitta cet emploi en 1943 pour devenir commerçante.

_De nouveau installé à Saint-Brieuc, Mazier retrouva un poste à l’ENI à la rentrée d’octobre 1937. Alors que les socialistes briochins sont touchés par la scission néo-socialiste de leur dirigeant et maire Octave Brilleaud, Antoine Mazier et son épouse rejoignirent le Secours Rouge animé par les communistes à l’automne 1934, quelques mois après les socialistes du Trégor qui pratiquaient une ligne unitaire avec le PCF dans les luttes paysannes. Il anima le Secours populaire avec l’écrivain Louis Guilloux. Secrétaire de la section socialiste, membre du comité de rédaction de l’organe fédéral Combat social, présenté à l’élection législative partielle du 26 mars 1939, il recueillit 1 949 voix, 14,36 % des suffrages exprimés (plus 1,43 % sur 1936). Au second tour, il se désista pour le radical-socialiste François Auffray qui fut élu en remplacement d’un radical entré au Sénat. 
Paul Faure vint soutenir sa candidature de celui qui était devenu le délégué dans la fédération de la motion ultra-pacifiste « Redressement »

Réformé depuis 1938, Antoine Mazier ne fut pas mobilisé au début de la Seconde Guerre mondiale. Après la suppression des écoles normales, son poste fut transféré à titre provisoire au lycée puis il fut nommé à l’école primaire supérieure, futur collège moderne, de Guingamp, à la rentrée 1941. Pendant ces années, constamment suspecté par l’administration, menacé d’être muté d’office, il multiplia les démarches pour protester contre les accusations, allant parfois jusqu’à afficher « son loyalisme », ce qui ne convainquait pas l’administration. Admissible à l’agrégation d’histoire en 1939 et en 1942, il fut reçu en 1943. Après avoir refusé des nominations à Fougères, à Angers et à Courbevoie, il finit par obtenir un détachement d’agrégé au lycée de Saint-Brieuc en octobre 1943. Tout en conservant des contacts avec ses camarades, il ne participa pas à la Résistance et ne reprit son action socialiste qu’après la Libération.

Très rapidement, Antoine Mazier devint l’homme fort de la Fédération socialiste SFIO des Côtes-du-Nord. Secrétaire administratif (n° 2 en 1945), puis secrétaire fédéral, directeur du journal fédéral Le Combat social dont il assurait pratiquement tous les éditoriaux et suivait la réalisation technique pas à pas. En 1944-1945, la fédération SFIO des Côtes-du-Nord était favorable à la fusion avec le PCF. Lors élections à la première Assemblée constituante du 21 octobre 1945 (21,4 % des voix), il figura en deuxième position et ne fut pas élu préférant s’effacer devant son camarade Yves Henry*, un cultivateur résistant membre du CDL qui fut l’un des sept députés des Côtes-du-Nord. La SFIO était en plein essor passant de 5 000 adhérents en 1945 à 10 000 en 1946, dépassé toutefois par le PCF (deux députés). Après le rejet du premier projet de Constitution de justesse dans le département (50,18 % de non, 61 % en Bretagne), Mazier conduisit la liste de la SFIO (22,4 % des voix) et il fut élu député avec Yves Henry à la deuxième Assemblée constituante le 2 juin 1946 devenant membre de la commission des moyens de communication et des postes, télégraphes, téléphones. Le 10 novembre 1946, Mazier fut le seul député socialiste réélu, sa liste ayant recueilli 19,95 % des voix alors celle du PCF en recueillait 31,5 %. Il siégea à la commission des moyens de communication pendant un an, puis à celle du travail et de la sécurité sociale dont il fut le vice-président en 1949-1951, à la commission de la marine marchande et des pêches, puis à celle de l’Éducation nationale en 1950. Il participa aussi au Conseil supérieur de la mutualité et à la Commission supérieure du crédit maritime mutuel. Il fut juré de la Haute Cour de justice entre 1947 et 1949. En juin 1951, Antoine Mazier fut réélu député à la tête de la de la SFIO (13,7 % des voix) qui obtient deux sièges (le second pour Alexandre Thomas *) grâce à son apparentement avec les listes MRP (deux élus) et UDSR-droite (liste Pleven, trois élus) alors que la PCF (26,6 %) perdait ses deux sièges et que le RPF (16,9 %) n’en avait aucun. Il se consacra à la commission des finances. Seul de sa liste (16,3 %) à être réélu député en 1956, toujours membre de la commission des finances, il devint président du Conseil supérieur de l’établissement national des invalides de la Marine et siégea au Palais-Bourbon jusqu’en 1958. Pendant ces trois mandats, il développa une grande activité concernant les marins, l’enseignement technique et l’aide aux petites communes rurales. Il se fit remarquer dans les débats sur les subventions à l’Enseignement privé en déposant, en septembre 1951, des « observations sur les bienfaits des écoles publiques, la domination de l’église catholique dans le passé, l’ordre moral du XIXe siècle, l’acharnement du clergé de l’Ouest ». 
S’appuyant sur le réseau de ses anciens élèves normaliens et sur celui des instituteurs ainsi que sur les réseaux socialistes paysans, Mazier fut aussi très actif dans la vie militante de son département

En 1946, Mazier avait été l’un des signataires de la motion « pour le redressement du parti » conduite par Guy Mollet* mais il commença à s’éloigner du nouveau secrétaire général dès 1948. Dans une SFIO de plus en plus opposée aux communistes, il se montra très rapidement un partisan de l’accord entre les partis ouvriers après avoir subi de violentes attaques de son collègue député communiste Marcel Hamon* au début des années 1950. Il fut un farouche opposant à la Communauté européenne de défense. 

Ses positions anticoloniales furent encore plus originales dans la SFIO de ces années : au congrès de 1950, après le rapport de Gaston Defferre*, Mazier proposa un amendement demandant au groupe parlementaire de « faire passer cette résolution dans les faits ». Il recueillit 7 voix seulement. Il participait avec Ernest Labrousse et Charles-André Julien à un groupe où se discutaient en particulier les questions d’Outre-Mer.


Farouche adversaire de la direction de la SFIO durant la guerre d’Algérie, il fut le premier député du groupe parlementaire à faire, le 28 février 1956, une déclaration solennelle d’opposition. Durant les deux années suivantes, il fut l’un des principaux animateurs de la minorité socialiste. Avec ses amis Andrée Viénot et Daniel Mayer, il signa les principaux textes minoritaires dès le congrès de Lille en 1956. Il se présenta sans succès à l’élection au Comité directeur au congrès de Toulouse en 1957 où il provoqua un incident lorsqu’il apporta son soutien à André Philip, exclu quelques mois auparavant. Hostile au retour au pouvoir du général de Gaulle, refusant son investiture le 1er juin 1958 avec les deux députés communistes des Côtes-du-Nord, il appela à voter « non » au référendum de septembre 1958. 

Sa fédération, qui apportait à la minorité de la SFIO un soutien sans faille, le suivit majoritairement dès l’automne 1958 lorsqu’il participa à la création du Parti socialiste autonome en septembre 1958. Mazier lança Le Combat socialiste, l’organe du PSA, puis du PSU. Aux élections législatives de novembre 1958, dans une circonscription briochine au découpage peu favorable à la gauche, au premier tour avec l’étiquette du PSA Mazier (16,5 %) devança le candidat officiel de la SFIO Le Garzic (5,7 %), mais il fut battu au second tour (36,6 % des voix) dans une élection triangulaire emportée par Victor Rault (50,9 %), le maire MRP de Saint-Brieuc dont il était le premier adjoint, tout en devançant l’UNR Gallais (12,3 %). Après la dissolution de 1962, Antoine Mazier connut à nouveau l’échec dans la première circonscription en 1962. Au premier tour, il avait recueilli 28,3 % des suffrages (près de 12 % de plus qu’en 1958) mais au second tour, il était battu de justesse par l’entrepreneur l’UNR-UDT Robert Richet (51,6 %). Une dynamique d’union de la gauche était déjà à l’œuvre à Saint-Brieuc. Il connut aussi l’échec aux élections sénatoriales de 1959 et de 1962.


Redevenu professeur au lycée de Saint-Brieuc en 1958, puis à l’ENI de la ville en 1962, postes qu’il n’occupa que dans l’intervalle de nombreux congés, Antoine Mazier fut élu membre de la commission administrative provisoire du PSA à son congrès de Montrouge en mai 1959. Mais il ne se présenta pas à la direction nationale du PSU lors de sa formation en avril 1960. Élu au CPN l’année suivante et réélu aux troisième et quatrième congrès du PSU, il soutint à partir de 1963 la liste majoritaire conduite par Édouard Depreux contre la majorité de ses anciens camarades du PSA. Il fut à partir de sa création en 1960 le secrétaire de la fédération des Côtes-du-Nord du PSU, alors que son épouse Jeanne en était la secrétaire administrative chargée de la propagande.



Après avoir été battu dans des élections cantonales (1949 à Etables, 1951 à Plancoët, 1955 à Saint-Brieuc), Antoine Mazier fut élu conseiller général de Saint-Brieuc-sud (53,7 %) en battant Marie-Madeleine Dienesch, député MRP depuis 1945, en avril 1958. Il avait bénéficié des voix communistes et du retrait du candidat travailliste-Jeune République, mouvement issu d’une scission de gauche du MRP. Il fut réélu conseiller général en 1964.

Antoine Mazier fut élu conseiller municipal de Saint-Brieuc en 1947 dans une municipalité de gauche dirigée par un socialiste indépendant et devint premier adjoint du maire MRP après les élections de 1953 (12 MRP, 7 SFIO contre 6 PCF et 4 RPF). Aux élections municipales de mars 1959, il mena une liste d’Union de la gauche au deuxième tour comprenant des communistes et aussi des progressistes chrétiens (travaillistes) qui fut devancée (13 sièges) par la liste d’union du centre et de la droite (18 sièges). L’évêque étant intervenu, le jour de l’élection, pour recommander aux paroissiens de ne pas voter pour la liste Mazier, les élections furent annulées en juillet 1962 et la liste d’union de la gauche fut élue en août (18 contre 13). Ces élections portèrent Antoine Mazier à la tête de la mairie de Saint-Brieuc avec Edouard Prigent, premier adjoint communiste, qu’il administra jusqu’à son décès en décembre 1964. Yves Le Foll (PSU)* prit la relève d’Antoine Mazier, conseiller général et maire en 1965, arrachant la circonscription en 1967 jusqu’en 1968, réélu de 1973 à 1978. Le campus universitaire de Saint-Brieuc porte aujourd’hui le nom d’Antoine Mazier, le socialiste qui par son action avait fait de sa ville le laboratoire de l’Union de la gauche en Bretagne.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article121402, notice MAZIER Antoine, Marius par Christian Bougeard, Yves Le Floch, Gilles Morin, François Prigent, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 29 avril 2013.

Par Christian Bougeard, Yves Le Floch, Gilles Morin, François Prigent

Antoine Mazier
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SOURCES : Arch. Nat., F17 28342, 581AP/128/435. — Arch. Ass. Nat. — Arch. de l’OURS, dossier Mazier. — L’Éveil breton.Le Combat social.L’Avenir de la Manche, 15 avril 1933 et 12 mai 1934. — Tribune du socialisme.Tribune socialiste. — Bulletin intérieur SFIO — É. Prigent, Antoine Mazier maire de Saint-Brieuc. — Témoignage de Madame Mazier. — Notes de Jacques Girault. — Christian Bougeard, Le choc de la guerre dans un département breton : les Côtes-du-Nord des années 1920 aux années 1950, thèse d’Etat, Rennes 2, 1986. — Le PSU vu d’en bas, s. d. de Tudi Kernalegenn, François Prigent, Gilles Richard, Jacqueline Sainclivier, Rennes, PUR, 2009.- François Prigent, Les réseaux socialistes en Bretagne des années 1930 aux années 1980, thèse, Rennes 2, 2011. En particulier la notice Mazier, vol. 2, p. 161-164.

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