MAZZELLA Michel

Par Albert Ayache, René Gallissot, Georges Oved

Né le 27 juillet 1907 à Oran (Algérie), mort le 10 avril 1980 à Concarneau (Finistère) ; instituteur à Marnia (Algérie) puis avec sa femme, en poste double à Mazagan, Casablanca et Oran (1954-1962) et dans l’Algérie indépendante ; l’un des principaux organisateurs du Parti communiste au Maroc, auprès de Léon Sultan, et assurant la promotion de Ali Yata au secrétariat général ; expulsé du Maroc en 1952.

Né dans une famille de Français d’Algérie, Michel Mazzella était le fils d’Elisabeth Lubrano de Lavarra, épouse Mazzella, et de Nicolas Léonard Mazzella, chauffeur dans la marine. Il fit ses études primaires supérieures à Oran puis entra en 1923 à l’École normale d’instituteurs de la Bouzaréah près d’Alger.

Il prit son premier poste d’instituteur à Marnia (département d’Oran à l’époque) qu’il occupa d’octobre 1926 à novembre 1927. Il fit ensuite son service militaire à Oujda (Maroc) de novembre 1927 à avril 1929 et choisit de s’installer au Maroc avec sa femme, Lucette Gorré venue elle aussi d’Oran, en poste double d’instituteurs et l’on peut dire aussi en poste double d’action militante. Le couple Mazzella fut nommé d’abord à Mazagan (El Jadida, 1929-1931) puis à Casablanca, à l’école du Maarif, quartier à la fois « petit blanc » et très « mêlé » de la ville coloniale (1931-1948), puis à l’école des Roches Noires, quartier industriel et ouvrier, de 1948 au 10 décembre 1952 ; ce jour-là (après les manifestations et la répression à Casablanca faisant suite à l’assassinat du leader syndical tunisien Ferhat Hached), il fut en effet arrêté dans sa classe pour être expulsé le lendemain vers l’Algérie.

En 1933-1934, les jeunes militants communisants, notamment les jeunes enseignants, étaient membres des sections socialistes de la SFIO, le parti français autorisé au Maroc alors que le Parti communiste était interdit. Ces groupes communistes se réunissaient ainsi en cellules clandestines, cellule d’avocats avec Léon Sultan, venu lui aussi d’Algérie ; cellule populaire comme au Maarif, la cellule animée par le boucher Xavier Gransart* que fréquentaient les Mazzella. Michel Mazzella fut aussi un des secrétaires du Comité de rassemblement populaire. Après l’arrivée du général Noguès, nommé Résident général par le gouvernement de Front populaire, à partir d’octobre 1936, le Parti communiste agit publiquement, mais se trouva, en 1937, secoué par une crise d’organisation entre les partisans d’un Parti communiste propre au Maroc (groupe Hiroux/Grondin), et ceux qui restaient attachés au Parti communiste français (groupe Gransart avec Charles Dupuy, si tant est que cet affrontement, fort confus, ne recouvrait pas d’autres motifs de querelle. La conférence régionale du Parti communiste, c’est-à-dire statutairement de la Région du Parti communiste, Section Française de l’Internationale communiste, tenue à Casablanca le 4 avril 1937, se termina dans la division.

Michel Mazzella participa alors aux efforts de regroupement des communistes. Il s’occupa plus particulièrement des Jeunesses communistes, où l’on retrouva principalement des lycéens et des étudiants, et de la section du Secours populaire à Casablanca. Le Parti communiste fut dissous en 1939 et les communistes pourchassés. C’est après le débarquement américain du 8 novembre 1942 et la libération des militants communistes et syndicaliste détenus, que l’opération de rassemblement des communistes reprit autour de Léon Sultan jusqu’à la formation du Part communiste marocain à la conférence constitutive du 13 novembre 1943 : Michel Mazzella devint secrétaire à l’organisation.

À l’école du quartier du Maarif, il fit la connaissance d’un jeune enseignant d’arabe : Ali Yata*, qui participait aux cercles de jeunes nationalistes marocains avant d’adhérer au Parti communiste. Quand en juillet 1944, Léon Sultan s’engagea dans l’armée française de débarquement en Europe, c’est sur Michel Mazzella et Henri Lafaye qui suivaient surtout l’action syndicale, que reposa la direction du Parti communiste ; en février 1945, Ali Yata entrait au secrétariat du Parti communiste.

À cette époque, dans l’engagement de guerre contre l’Allemagne aux côtés de l’URSS – et également dans la perspective d’agir dans le domaine réservé que représente le domaine colonial français qui supportera le projet d’Union française auquel le Parti communiste français restera attaché –, le mouvement communiste se prononçait contre l’indépendance et contre les nationalismes d’Afrique du Nord. C’était au sein du secrétariat du Parti communiste français, André Marty qui était chargé de « suivre » selon la ligne du « centre », c’est-à-dire de Moscou, les trois partis communistes d’Afrique du Nord. Avec Léon Sultan, Michel Mazzella condamna le Manifeste pour l’indépendance du 11 janvier 1944 (Manifeste de l’Istiqlal), puis il se trouva conduire l’opposition communiste au parti de l’Istiqlal. Lors des obsèques de Léon Sultan, décédé des suites de ses blessures de guerre, il lui revint .de prononcer l’éloge funèbre que, brisé par l’émotion, il ne put achever (25 juin 1945).

Tout en dénonçant la répression qui frappait les leaders et militants politiques marocains, c’est la position d’union à la France, que défendit encore le rapport politique de Michel Mazzella présenté au premier congrès du Parti communiste marocain : « au service du peuple dans les villes et les campagnes », les 5, 6, 7 avril 1947. L’infléchissement du mouvement communiste dans les trois pays d’Afrique du Nord comme ailleurs, amorcé à l’été 1946, poussait à une meilleure représentation des nationaux aux côtés des « Européens » dans les instances du parti et des syndicats. C’est alors Ali Yata qui présenta le rapport politique au comité central des 3 et 4 août 1946, évoquant la fin du Protectorat et l’élection d’une Assemblée nationale souveraine. Le 26 août 1946, Michel Mazzella faisait partie de la délégation communiste reçue au Palais par le Sultan.

C’est à partir de 1947 et plus encore de 1948, en cessant de se référer à l’Union française, que le Parti communiste marocain en vint à l’idée d’indépendance nationale, prétendant de surcroît avoir été le premier parti « à poser nettement le problème national marocain ». La répression à partir de 1948 s’abattit sur les militants marocains, nationalistes, syndicalistes, et communistes. L’action devint pour partie clandestine ; Michel Mazzella s’employa à protéger et couvrir les dirigeants marocains du parti et tout particulièrement Ali Yata. Au 2e congrès du Parti communiste marocain en avril 1949, c’est Abdeslam Bourquia* qui fut chargé de présenter le rapport politique. Il constatait que les résistances à la marocanisation du parti et à son orientation nationale n’avaient pas disparu ; aussi le congrès accéléra la marocanisation : Michel Mazzella fut déplacé sur le poste de trésorier général et n’appartenait plus au secrétariat général. Il est vrai que pendant cette période très dure, il n’en continuait pas moins à prendre une part très active à la direction du parti, aux côtés donc d’A. Yata et A. Bourquia, jusqu’à son expulsion le 11 décembre 1952 vers son « département d’origine » : l’Oranie.

Il y continua son activité politique et syndicale. Instituteur à l’école Ferdinand Buisson à Oran, il fut un des secrétaires de l’Union départementale des syndicats CGT d’Oranie. Il échappa avec sa femme à une tentative d’assassinat par l’OAS, le 22 mai 1962.

Revenu à Oran après l’indépendance de l’Algérie, Michel Mazzella fut directeur de l’école d’application Lamoricière. Le couple quitta l’Algérie en 1964.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article121431, notice MAZZELLA Michel par Albert Ayache, René Gallissot, Georges Oved, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 26 avril 2021.

Par Albert Ayache, René Gallissot, Georges Oved

SOURCES : G. Oved, La Gauche française et le nationalisme marocain, t. 2. — A. Ayache, Le mouvement syndical au Maroc, t. 1 et 2. — « Droite et gauche dans le Protectorat français au Maroc », La Pensée, août 1976, — « Les communistes du Maroc et les Marocains », Mouvement ouvrier, nationalismes et communisme dans le monde arabe, R. Gallissot éd., Éditions ouvrières, Paris 1978. — Correspondances de Michel Mazzella en réponse à A. Ayache, lettres du 17 décembre 1973, 31 janvier 1975, 1er et 14 octobre 1976. — Arch. Nat. Outre-mer, Aix-en-Provence, Oran 307 (Note de Louis Botella).

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