MÉRIAUX Éloi

Par Yves Le Maner

Né et mort à Valenciennes (Nord) : 3 mai 1890-22 décembre 1978 ; ouvrier boulanger ; militant syndicaliste et communiste du Nord ; secrétaire du syndicat CGTU de l’Alimentation de Valenciennes ; secrétaire du syndicat régional unitaire de l’Alimentation ; secrétaire régional des Amis de l’Union soviétique ; secrétaire du rayon communiste de Valenciennes ; secrétaire de l’Union locale CGT de Lille (1947-1957).

La mère d’Éloi Mériaux devint veuve alors que ses quatre enfants étaient en bas âge et dut s’employer comme lavandière. Éloi quitta l’école à douze ans pour devenir apprenti boulanger à Trith-Saint-Léger (Nord) ; le premier ouvrier de la boulangerie, Jules Bart, militant guesdiste, lui apprit son métier et l’initia au syndicalisme et au socialisme en l’entraînant aux réunions dominicales et en lui inculquant des rudiments de marxisme. Après deux années d’apprentissage, il exerça son métier à Denain. Adhérent du syndicat CGT des boulangers de Valenciennes et ses environs depuis le 1er mai 1906, il refusa d’entrer au Parti socialiste SFIO qu’il jugeait trop peu révolutionnaire. Licencié en 1909 en raison de son activité militante, il travailla pendant six mois dans une coopérative ouvrière à Thiant qui avait été créée comme refuge des victimes de la répression antisyndicale, puis il effectua son service militaire pendant vingt-six mois. A son retour, Éloi Mériaux décida d’abandonner son métier et entra aux Forges et aciéries de Trith-Saint-Léger ; son nouvel emploi lui permit d’éviter le rythme pénible du travail de nuit et il décida de fonder un foyer en épousant en février 1914, Berthe Piette qui allait militer à ses côtés pendant près de cinquante ans.

Mobilisé en août 1914, il combattit près de quatre années au front et fut plusieurs fois blessé et endura des attaques de paludisme et de dysenterie lorsqu’il fut affecté sur le front d’Orient. Démobilisé en juillet 1919, il fonda dès son retour à Valenciennes la section locale de l’ARAC et se lia d’amitié avec Barbusse, Cachin et Vaillant-Couturier. Employé à l’usine des Wagons-lits à Trith-Saint-Léger, il prit une carte au syndicat des Métaux mais conserva celle du syndicat des boulangers. En octobre 1920, après une longue grève, le syndicat des boulangers parvint à obtenir la suppression du travail de nuit et Mériaux décida de reprendre son ancienne profession. Ce fut à cette date que débuta véritablement la carrière militante de celui qui allait être l’un des plus actifs dirigeants syndicalistes du Valenciennois pendant l’entre-deux-guerres. En 1921, il devint secrétaire et trésorier du syndicat des boulangers et entra à la commission exécutive de l’Union locale CGTU de Valenciennes. La même année, il fut élu au conseil des prud’hommes de l’arrondissement ; il devait y siéger jusqu’en 1972 (à l’exception des cinq années de guerre), assumant les fonctions de vice-président puis de président du conseil prud’homal de 1945 à 1972 et celles de délégué régional de la première région de France des conseils de prud’hommes (Nord-Pas-de-Calais) de 1951 à 1973. Mais, ce fut évidemment à l’organisation syndicale qu’il consacra l’essentiel de son énergie.

Dès 1921, il fit partie du groupe dirigeant des comités syndicalistes révolutionnaires de la région de Valenciennes et, en janvier 1922, passa à la CGTU avec la quasi totalité des militants du syndicat des boulangers. Après une grève de plusieurs mois en 1925, le syndicat obtint le repos du dimanche et Mériaux décida l’année suivante de transformer et d’élargir son groupement en « syndicat unitaire des ouvriers et ouvrières des industries de l’Alimentation et parties similaires de Valenciennes et ses environs ». Membre du comité exécutif de l’Union départementale unitaire, il fut choisi en 1930 pour occuper les fonctions de délégué régional des syndicats CGTU de l’Alimentation du Nord, du Pas-de-Calais, de la Somme et de l’Aisne. Il conserva ce poste, ainsi que celui de secrétaire du syndicat des boulangers de Valenciennes à l’issue de la réunification de 1935 et assura ces responsabilités, respectivement jusqu’en 1947 (date de la suppression de la charge de délégué régional) et jusqu’en 1972 avec une lacune correspondant aux cinq années de guerre. Organisateur méticuleux, « gréviculteur » notoire aux yeux des patrons, Éloi Mériaux subit évidemment de multiples renvois et dut pendant plusieurs années travailler comme peintre ou comme manœuvre maçon ; il dut attendre la victoire du Front populaire pour connaître une relative sécurité de l’emploi.

Les rapports qu’Éloi Mériaux entretint avec le Parti communiste pendant l’entre-deux-guerres furent marqués par une alternance de conflits et d’accords. Il avait refusé d’adhérer au PC naissant de 1921 en raison du trop grand nombre de transfuges « bourgeois » issus du Parti socialiste qui y figuraient et attendit les mesures de « bolchevisation » pour prendre sa carte en 1924. Secrétaire de la cellule de Trith-Saint-Léger, il fut l’un des créateurs, en février 1927, du mouvement des Amis de l’Union soviétique au niveau national. Ce fut à ce titre qu’il y effectua en octobre de la même année son premier voyage au sein de la délégation française invitée pour les fêtes du 10e anniversaire de la révolution d’Octobre. A son retour, il organisa une campagne destinée à créer des sections des AUS dans les grands centres ouvriers du Nord ; utilisant les abondantes notes prises au cours de son voyage, il donna pendant l’année 1928 plusieurs dizaines de conférences illustrées par un film soviétique, Krassine, le brise-glace. A la fin de 1928, la 1re Union régionale des Amis de l’AUS fut créée afin de regrouper les sections locales du Nord, du Pas-de-Calais et de la Somme ; Éloi Mériaux en assuma les fonctions de secrétaire, secondé par un militant d’avenir, Fernand Grenier. Après des débuts prometteurs (trente-trois sections, environ cinq cents adhérents en 1930), l’Union régionale connut une brutale crise, liée à celle, plus générale, du PC, crise aggravée par le départ de Grenier pour Paris ; en 1932, il fut décidé de la dissoudre, les effectifs étant tombé à douze sections et deux cents membres seulement. Une Fédération fut reconstituée en 1934 pour le département du Nord, mais Mériaux en abandonna la direction l’année suivante pour pouvoir se consacrer aux comités de chômeurs du Valenciennois. Mais, à cette époque, ses rapports avec le PC avaient déjà traversé une très grave crise.

Nommé secrétaire du rayon communiste de Valenciennes en 1930, Éloi Mériaux le trouva en grande difficulté : les deux sous-rayons (Onnaing et Saint-Amand) et les vingt-six cellules locales ne comptaient plus que trois cents adhérents environ. Chargé par Florimond Bonte et Arthur Ramette de relancer le recrutement dans les entreprises, il se heurta à la démobilisation ouvrière due à la vague de chômage. Conscient de la difficulté de former de nouveaux militants sur les bases « classe contre classe » dans un tel contexte, Mériaux préféra organiser des comités de chômeurs dès les premiers mois de 1931, initiative pionnière qui fut rapidement imitée dans toute la France. Taxé d’« opportunisme » par la direction régionale du PC, il fit l’objet en décembre 1932 d’une mise en cause par le biais d’une conférence de « bouches ouvertes » ; cette réunion très particulière se tint à Valenciennes sous la présidence de Raoul Calas, secrétaire régional. Mériaux y subit un procès en règle durant neuf heures consécutives, le réquisitoire étant présenté par les membres du comité de rayon qu’il avait lui-même initiés au militantisme. Il fut immédiatement déchu de toutes ses fonctions au sein du PC et rétrogradé à la base ; il quitta le PC en 1935, mais y reprit sa place après la Seconde Guerre mondiale.

L’extrême popularité de Mériaux n’avait cependant pas permis de l’évincer de ses responsabilités à la tête des mouvements de chômeurs du Valenciennois. Son action lui attira de multiples ennuis avec la justice et la police. Déjà condamné à des peines d’amende à plusieurs reprises, il fut violemment frappé par les gardes mobiles alors qu’il tentait de s’interposer lors de la saisie des meubles d’un chômeur en juin 1935 ; hospitalisé après avoir subi neuf jours d’incarcération, il faillit mourir à cause d’hémorragies internes répétées. Rétabli, il organisa une manifestation monstre devant la mairie de Valenciennes où il tint des propos qui lui valurent six mois de prison.

Arrêté en octobre 1939, il fut libéré le 31 décembre, le tribunal de Valenciennes n’ayant pu étayer l’accusation de « reconstitution de ligue dissoute » en raison des liens très distendus qu’il avait alors avec le PC. Mais, le 25 avril 1940, il était à nouveau arrêté et interné à la prison de Seclin (Nord) où il fut placé au régime de droit commun, les gardiens lui rasant de force cheveux et moustache. En mai 1940, le fort de Seclin fut évacué devant l’avance de l’armée allemande et les prisonniers politiques furent repliés, à pied, vers Dunkerque sous la surveillance de gardes mobiles qui n’hésitèrent pas à abattre des militants âgés qui ne pouvaient suivre, tel François Süe. Transférés en Angleterre, les rescapés y furent détenus pendant plusieurs semaines avant d’être dirigés sur l’Afrique du Nord. Affecté comme jardinier à l’hôpital de Casablanca (Maroc), Mériaux fut libéré après le débarquement allié en Afrique du Nord ; il parvint alors à se faire embaucher comme aide-comptable à la base aérienne 305 où il fonda un syndicat du personnel civil, collaborant à la direction de l’Union locale CGT de Rabat.

Rapatrié en France en janvier 1945, il participa aussitôt à la reconstitution de la Fédération CGT de l’Alimentation aux côtés de Simonin. Conseiller municipal de Valenciennes de 1947 à 1951 et de 1959 à 1963, Éloi Mériaux devint secrétaire administratif de l’Union locale CGT de Lille après la scission de 1947 jusqu’en 1957. Il appartint à la même époque à de nombreux organismes mutuels et aux commissions de sécurité des professions de l’Alimentation.

Victime d’un infarctus en 1963, il dut réduire son activité, puis l’interrompre totalement après une seconde attaque en 1972.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article121764, notice MÉRIAUX Éloi par Yves Le Maner, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 30 novembre 2010.

Par Yves Le Maner

SOURCES : Arch. Nat. F7/13129. — Arch. Dép. Nord, M 154/191, M 154/195B , M 154/200 et M 595/35. — A. Pocquet, Biographies des militants du PC et de la CGTU du Nord de 1920 à 1940, Mémoire de Maîtrise, Lille III, 1968. — H. Ieria, Mémoire de Maîtrise, 1974, op. cit. — État civil.

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