MEUNIER Fernand, Joseph

Par Pierre Broué

Né le 17 juillet 1894 à Jallieu (Isère) ; mort le 18 janvier 1974 à Neuville-sur-Oise (Val-d’Oise) ; instituteur, puis journaliste ; militant du Parti communiste.

Fils d’un employé des postes et d’une directrice d’école maternelle, Fernand Meunier entra en 1910 à l’École normale d’instituteurs de Grenoble et n’occupa pas de poste à sa sortie en 1913. Mobilisé en 1914, il fut démobilisé en avril 1919 et nommé à Corbelin (Isère).

Il prit alors contact avec l’écrivain et militant Raymond Lefebvre, alors en cure à Allevard, et c’est en liaison avec lui qu’il fut un des initiateurs de l’ARAC dans le département, avec Raoul Faure, à travers un appel aux anciens combattants qui fut publié dans le Droit du peuple. Le 13 juillet 1919, il était à la tête d’une manifestation de l’ARAC dans les rues de Grenoble, et, au congrès de Lyon (6-8 septembre 1919) de cette association, il fut élu à son comité central. Il conserva cette fonction au congrès de Levallois (août 1921), puis à celui de Limoges (août 1922).

Il avait également adhéré au Parti socialiste où il entraîna nombre de militants de l’ARAC, pour y lutter en faveur de l’adhésion à la IIIe Internationale. En 1920, il était membre de sa commission exécutive fédérale et du comité pour la IIIe Internationale, collaborait au Droit du peuple, et fut l’un des signataires, dans l’Isère, de la motion du Comité de la IIIe internationale, dite motion Cachin-Frossard.

Il fut aussitôt l’un des dirigeants de la jeune Fédération communiste, délégué suppléant au congrès du parti en octobre 1922. Partisan déterminé de la collaboration, au sein du parti, entre le centre et la gauche — qu’il appelait « la seule fraction communiste reconnue comme telle par l’Internationale » — , il fit appel au IVe congrès de l’Internationale, dans les colonnes du Travailleur de l’Isère, contre ce qu’il appelait « le coup de force opéré par le centre » au congrès de Marseille, afin d’« éviter un nouveau Livourne ».

Aux environs de 1925, il fut appelé à quitter l’Isère, devint rédacteur à l’Humanité, secrétaire du rayon Paris-ouest et l’un des animateurs de la société des Amis de l’URSS. Il donna également aux Cahiers du bolchevisme un intéressant article sur le fascisme en Italie. En novembre 1927, il effectua dans l’Isère une tournée de propagande et, selon la police, fut horrifié du manque de rigueur des militants de la région et du laissez-aller qui y régnait. Il y revint l’année suivante, d’abord avec François Billoux pour une campagne de recrutement, ensuite comme candidat aux élections législatives dans la deuxième circonscription de Grenoble, où il s’opposa au dirigeant SFIO et maire de la ville, Paul Mistral. Il obtint 2 223 voix au 1er tour. En désaccord avec la tactique dite « classe contre classe », il aurait souhaité se désister au second tour en faveur de Mistral, arrivé en tête, et, selon certains, l’aurait même publiquement déclaré au cours de réunions précédant le premier tour. Aussi, quand le Parti communiste décida son maintien, refusa-t-il de faire personnellement campagne au second tour, laissant les militants grenoblois soutenir sa candidature qui n’obtint que 862 voix. En mai 1929, il fut candidat aux élections municipales à Saint-Denis et obtint 188 voix.

Quelque mois plus tard, il fut renvoyé de l’Humanité, apparemment en raison de la façon dont il avait rendu compte des incidents franco-italiens de Vintimille. Il fut exclu du Parti communiste en 1930, en même temps que son ami André Guibbert , accusé de « dilapidation de fonds » et soupçonné de sympathies pour le Parti d’unité prolétarienne. Il demanda et obtint alors sa réintégration dans le cadre des instituteurs et exerça jusqu’à la guerre dans l’Ain. Il expliquait alors qu’en dépit de son exclusion, ses sentiments étaient « du côté du parti ».

Revenu dans l’Isère en 1939, instituteur à Vienne, il eut des démêlés retentissants avec le maire désigné par Vichy qui obtint son déplacement en 1941. En 1942, il enseignait à l’École nationale professionnelle de Voiron (Isère) et y milita au sein du noyau résistant d’enseignants et de grands élèves qui organisèrent l’exécution de Jourdan, chef de la milice locale. Fernand Meunier rejoignit alors les FFI et combattit dans leurs rangs jusqu’à la Libération. Il aurait alors vainement demandé sa réintégration dans le PCF, qui lui aurait été refusée par les instances régionales et nationales.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article121989, notice MEUNIER Fernand, Joseph par Pierre Broué, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 24 avril 2021.

Par Pierre Broué

SOURCES : Arch. Dép. Isère, 77 M 2, 82 M 2. — Arch. Dép. Haute-Savoie, 268. — Le Droit du peuple, 12 juin 1919. — Le Travailleur des Savoies et de l’Isère, 28 octobre et 4 novembre 1922. — Cahiers du bolchevisme, 30 avril 1926. — G. Bouchet, Le PC dans l’Isère 1923-1925, TER, Grenoble, 1972. — Éliane Juquel, Biographies de militants, TER Grenoble, 1970. — Geneviève Teyssere, Aux origines du PC dans l’Isère, TER Grenoble, 1973. — M. Lazar, Origines et débuts d’une organisation du mouvement ouvrier : l’ARAC, Mémoire de Maîtrise, 1975.

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