MIGNOT Élie, Louis, Henri

Par René Gallissot

Né le 30 juillet 1909 à Avoine (Indre-et-Loire), mort le 23 janvier 1992 à Évry (Essonne) ; militant et dirigeant communiste en Algérie (1934-1938), puis permanent de la section coloniale du Parti communiste français ; conseiller de l’Union française (1947-1958).

Aîné d’une famille de six enfants, fils d’un artisan cordonnier et d’une couturière qui tenait une épicerie, Élie Mignot commença à treize ans son apprentissage de menuisier, après avoir travaillé comme domestique chez un médecin. A seize ans et demi, il était ouvrier menuisier à Tours (Indre-et-Loire). En 1926, il entreprit son Tour de France, comme compagnon du Devoir, et devint par la suite traceur d’escalier puis chef d’atelier dans une entreprise d’agencements de magasins et d’appartements. Il accomplit son service militaire dans la Marine en 1930-1931.

Son premier engagement politique portait la marque de l’anarcho-syndicalisme qui prédominait parmi les compagnons du Tour de France ; il participa à Biarritz, en 1927, aux manifestations contre l’exécution de Sacco et Vanzetti et, en septembre 1928, donna son adhésion à la CGTU à Lyon. Il était à Paris au moment des manifestations du 6 février 1934 et participa à la riposte du 9 février. Le lendemain, 10 février, il adhéra au Parti communiste français.

En octobre 1934, Élie Mignot quitta la France pour chercher du travail en Algérie ; il milita à Alger dans le syndicat CGTU du Bâtiment, mais en cette période de crise et de répression patronale, il ne réussit guère à trouver un travail stable. Son activité militante — il fut désigné comme candidat communiste à Alger aux élections municipales de mars 1935 — le fit entrer au bureau de ce qui était encore la région algérienne du Parti communiste et, à partir de septembre 1935, il devint permanent du parti. Il fut chargé de la mise en page de l’hebdomadaire la Lutte sociale. La Région communiste d’Algérie était alors en pleine réorganisation et progression sous l’impulsion de Jean Chaintron, envoyé en mission, sous le nom de Barthel, par André Ferrat*, responsable de la commission coloniale du PCF. Les positions communistes en Algérie étaient connues à cette date par ce que l’on nommait la « circulaire Barthel » (octobre 1935), qui revendiquait radicalement l’indépendance de l’Algérie.

Dans les campagnes politiques de 1936, en dépit de la mise en retrait du mot d’ordre d’indépendance, Jean Chaintron maintint la double perspective du Front populaire et du Front anti-impérialiste. Lors des élections législatives d’avril-mai 1936, Élie Mignot fut candidat dans la deuxième circonscription d’Alger. Les communistes se désistèrent pour les candidats du Front populaire les mieux placés.

En février 1937, Jean Chaintron partit combattre en Espagne dans les Brigades internationales. Élie Mignot devint alors sur place l’un des principaux représentants communistes français. Lors de la constitution du Parti communiste algérien en octobre 1936, par transformation de la région du PCF, il entra au bureau politique dont le secrétaire était l’Algérien Ben Ali Boukort, et lui-même devint responsable de la région algéroise (département d’Alger).

Membre du Rassemblement de Front populaire, le Parti communiste algérien soutint le modeste projet d’élargissement du droit de vote en Algérie connu sous le nom de projet Blum-Viollette. Le PCA fut même l’animateur du Congrès musulman, tentative de front commun des forces politiques algériennes ; c’est dire sa situation intermédiaire. Mais surtout l’objectif de l’indépendance algérienne disparut alors de la perspective communiste et le PCA entra en conflit avec le mouvement de Messali Hadj, appelé d’abord L’Étoile nord-africaine, puis le Parti du peuple algérien. Le Parti communiste algérien agit dans un sens antifasciste, évident en milieu colonial très sensible aux solutions de force, mais aussi en insistant de plus en plus sur l’union avec la France, puis en reprenant des idées assimilationnistes développées bien antérieurement par les socialistes coloniaux et la littérature européenne d’Algérie.

La ligne communiste, illustrée notamment par Robert Deloche*, qui dirigeait la commission coloniale du PCF et vint suivre à Alger le PCA à ses débuts, substitua au mot d’ordre de la nation algérienne indépendante celui de la perspective d’un développement par « fusion des races » entre européens et colonisés perçus en leur diversité d’origine ethnique. En décembre 1938, Élie Mignot fut appelé à Paris auprès du comité central du PCF pour entrer à la commission coloniale ; il accompagna Maurice Thorez lors de sa tournée en Algérie, en février 1939, au cours de laquelle le secrétaire général du PCF prononça son fameux discours sur « la nation algérienne en formation par le mélange de vingt races ». Élie Mignot adhéra pleinement à cette orientation qu’il maintint au sein de la section coloniale du PCF après 1945. Dans ses articles publiés par les revues communistes, comme sa contribution sur « Les guerres coloniales de l’Indochine à l’Algérie » (1972), il défendit encore cette continuité, « dénuée de toute ambiguïté », de l’action communiste en Algérie en matière coloniale. Sa perception de la question coloniale en dehors d’une problématique de libération nationale, est caractéristique d’une réaction ouvrière française, portée à la lutte revendicative, à la défense des exploités et des petits, mais enfermée en son nationalisme.

Fait prisonnier par les Allemands en 1939, rapatrié en mai 1941, Élie Mignot entra dans la Résistance et dirigea les FTP en Corrèze, puis dans la région de Limoges, et enfin fut placé à la tête d’une subdivision FTP de zone sud. Arrêté en août 1943, il fut transporté à Lyon où il subit la torture pendant cinq jours, fut emprisonné à Eysses, puis déporté en juin 1944 au camp de Dachau. Transféré à Blaichach (Bavière), il faillit être exécuté vers la fin de la guerre, mais réussit à s’enfuir en avril 1945.

Rentré à Paris, Élie Mignot reprit ses responsabilités à la section coloniale auprès du comité central du Parti communiste français ; il fut, de 1947 à 1958, conseiller de l’Union française. Amené à visiter la plupart des pays du domaine colonial français, à intervenir dans le mouvement communiste non seulement en Afrique du Nord, mais à la Martinique, à la Guadeloupe, en Guyane, voire au Proche-Orient arabe, il demeura le permanent communiste spécialiste des questions coloniales.

Élie Mignot écrivit des articles sur les questions coloniales dans l’Humanité, France nouvelle, les Cahiers du communisme, la Nouvelle critique et les Cahiers de l’Institut Maurice Thorez. Il fut l’auteur du chapitre « Les guerres coloniales de l’Indochine à l’Algérie » dans le volume collectif : La IVe  République. La France de 1945 à 1958 (Paris, Éditions sociales, 1972).

Élie Mignot s’était marié en mai 1937 à Brives-Charensac (Haute-Loire).

Il avait été fait chevalier de la Légion d’honneur le 1er décembre 1987.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article122287, notice MIGNOT Élie, Louis, Henri par René Gallissot, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 19 septembre 2017.

Par René Gallissot

SOURCES : RGASPI, 495 270 3834. — Arch. d’Outre-Mer, 9 H 49. — La Lutte sociale, avril et octobre 1936. — 93 Actualités, 24 juin 1981. — L’Humanité, 11 mai 1983 et 24 janvier 1992. — Interviews et témoignages. — État civil.

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