MINC Joseph

Par Yasmine Siblot, Alexis Spire

Né le 14 mars 1908 à Brest-Litovsk (empire russe), mort le 8 janvier 2011 à Paris ; dentiste ; militant du PC polonais puis du PCF et au sein d’organisations communistes juives à caractère social, secrétaire général de l’UGEVRE de 1950 à 1968. 

Joseph Minc naquit en 1908 à Brest-Litovsk dans une famille juive, d’un père commerçant et d’une mère, fille de rabbin, qu’il perdit à l’âge de 10 ans. Obligée de quitter Brest-Litovsk lors de l’évacuation de la population civile en 1914, la famille revint s’y installer en 1918 et traversa une période de grande pauvreté. Au terme d’une scolarité en école hébraïque, Joseph Minc devint en 1922 apprenti mécanicien-dentiste.

Après la conquête de Brest-Litovsk par les Bolcheviks, il se familiarisa avec les théoriciens marxistes et rompit avec toute appartenance religieuse. Il s’engagea en 1923 dans le Secours rouge ; en 1924, il adhéra au PC et devint secrétaire du syndicat de la métallurgie de Brest-litovsk. Participant à la propagande clandestine du PC, il s’opposait aux militants bundistes et sionistes mais prit ses distances en 1926 à l’égard du soutien du PC à Piłsudski et préféra se consacrer aux organisations de jeunesse et à la formation politique. Après avoir obtenu le bac tout en travaillant, il rencontra sa future femme, Lisa Bogacz, militante communiste et institutrice.

Empêché de poursuivre ses études parce que juif, il décida de quitter la Pologne en septembre 1931 pour rejoindre un ami à Bordeaux. Il s’y engagea dans les études de chirurgie dentaire, tout en travaillant pour un dentiste, et prit contact avec le PCF. En mars 1932 Lisa est arrêtée en Pologne. Ses parents obtiennent sa libération sous caution, elle quitte illégalement la Pologne pour la France, et rejoint Joseph en décembre. Le couple militait alors dans les organisations communistes juives et fréquentait d’autres émigrés juifs polonais communistes comme Max et Marthe Wolikow, Joseph et Paula Epstein ; ils se lièrent également à Georges Mercader. En 1937 ils s’installèrent à Paris où Joseph ouvrit un cabinet de prothésiste, et se marièrent, peu de temps avant la naissance de leur fille Betty, en août 1938.

En septembre 1939, Joseph obtint son diplôme de chirurgien dentiste et s’enrôla dans l’armée polonaise fin février 1940. Quelques mois plus tard, il fut fait prisonnier puis libéré grâce à son diplôme de dentiste. De retour à Paris, il reprit une activité de mécanicien dentiste puis entra dans la clandestinité en 1942. Membre du MNCR (Mouvement National Contre le Racisme) et de l’UJRE (Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide), il participa au sauvetage d’enfants juifs, et échappa de peu à plusieurs arrestations. Affecté à un groupe de la MOI (Main d’œuvre Immigrée) en 1944 pour préparer l’insurrection parisienne, il participa au « comité d’unité juif » en tant que responsable de la question des enfants.

Il prit alors une part active dans la création de la Commission Centrale de l’Enfance qui succéda début 1945 au « comité de l’enfance » de l’UJRE. Il y travailla comme permanent jusqu’en 1946 : son rôle était d’ouvrir des maisons accueillant des enfants de déportés et de superviser l’organisation de colonies de vacances. Membre également du CADI, le Centre d’Action et de Défense des Immigrés, il participa aux négociations qui débouchèrent sur la reconnaissance du droit d’exercer pour les médecins résistants et anciens combattants étrangers. Il ouvrit alors un cabinet dentaire, fut naturalisé en 1948, et eut un second enfant, Alain (Alain Minc), en 1949. Il participa à la création du MRAP en mai 1949, puis fut sollicité par le Parti pour prendre la tête de l’UGEVRE (Union Générale des Engagés Volontaires Résistants d’origine étrangère) où il fut élu secrétaire général en 1950 ; il occupa ce poste jusqu’en 1968 tout en continuant son travail de dentiste.

Ses premiers doutes à l’égard du PCF se firent sentir au moment de la campagne contre la culture yiddish en Union soviétique en 1952. Lorsqu’en 1953 éclata l’affaire des blouses blanches, il refusa de signer la pétition lancée auprès des médecins communistes pour soutenir Staline et fut alors sommé de s’expliquer sur ses rapports avec le « Joint », organisme de solidarité internationale financé par les Américains auquel il avait dû s’adresser en 1944 au nom de la CCE. En 1967, Joseph contesta l’attitude de l’URSS envers Israël durant la guerre des Six jours et lorsqu’une nouvelle vague d’antisémitisme éclata en Pologne en 1968, il exprima publiquement son désaccord au cours d’une réunion face à Roland Leroy. Déçu par les dénégations de la direction du Parti, il décida, de même que sa femme, de se retirer du PCF sur la pointe des pieds, quittant du même coup la direction de l’UGEVRE.

En 1978, Joseph Minc prit sa retraite. Lisa mourut en juin1999.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article122403, notice MINC Joseph par Yasmine Siblot, Alexis Spire, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 9 octobre 2021.

Par Yasmine Siblot, Alexis Spire

ŒUVRE : Joseph Minc, L’extraordinaire histoire de ma vie ordinaire, propos recueillis par Benoit Mougne, 2001,

SOURCES : Entretien avec Joseph Minc en juillet 2001. — L’extraordinaire histoire de ma vie ordinaire, Joseph Minc, multigraphié, 2001. — Le Monde, 16-17 janvier 2011.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément