MINEUR Henri, Paul

Par Nicole Racine

Né le 7 mars 1899 à Lille (Nord) ; mort le 7 mai 1954 à Paris (XIXe arr.) ; astronome adjoint à l’Observatoire de Paris (1925), secrétaire général du Service d’astrophysique (1936-1939), directeur de l’Institut d’astrophysique (1946-1954) ; membre du Cercle de la Russie neuve, du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, du mouvement Amsterdam-Pleyel.

Fils d’un professeur de mathématiques, reçu à l’École polytechnique et à l’École normale supérieure, Henri Mineur opta pour cette dernière, mais s’engagea pour la durée de la guerre. Il fut reçu à l’agrégation des sciences mathématiques en 1921. Après un an d’enseignement au lycée français de Düsseldorf, il soutint son doctorat ès sciences mathématiques (1924) et devint chargé de conférences à la faculté des sciences de Paris.

En 1925, il fut nommé astronome adjoint à l’Observatoire de Paris. En 1936, il fut chargé par les deux sous-secrétaires d’État à la recherche scientifique du gouvernement Léon Blum*, I. Joliot-Curie et J. Perrin, d’organiser les recherches stellaires. C’est ainsi qu’après la création d’un service de recherche d’astrophysique rattaché à la Caisse de la recherche scientifique (octobre 1936), Henri Mineur fut nommé secrétaire général du Service de recherche d’astrophysique et directeur du Laboratoire d’astrophysique de Paris (ce laboratoire prendra le nom, en 1945, d’Institut d’astrophysique).

Dans les années trente, Henri Mineur fit partie du petit groupe de savants et de philosophes qui, au sein du Cercle de la Russie neuve (fondé en 1927-1928) voulaient étudier le marxisme comme méthode scientifique, en sympathie avec l’expérience soviétique. Il s’y retrouva aux côtés de P. Langevin, J. Baby, M. Cohen, P. Labérenne, R. Maublanc, Ch. Parain, M. Prenant, A. Sauvageot, H. Wallon (le Cercle de la Russie neuve prit en 1936 le nom d’Association pour l’étude de la culture soviétique). Henri Mineur collabora au recueil collectif A la lumière du marxisme, issu des travaux de la commission scientifique du Cercle de la Russie neuve en 1933-1934, par une longue étude : La mécanique et l’astronomie. Henri Mineur milita au sein de l’Internationale des travailleurs de l’Enseignement. D’après G. Cogniot, il fut mandaté par l’ITE et le Comité international d’unité du corps enseignant pour participer à une commission d’enquête qui se rendit en Roumanie en 1935. Henri Mineur milita également au sein du mouvement Amsterdam-Pleyel et adhéra au Comité de vigilance des intellectuels antifascistes. Il fut chargé par le CVIA, ainsi qu’il ressort d’une lettre qu’il adressa à Paul Langevin, le 15 août 1934, de conduire une délégation en Allemagne en faveur de Thaelmann.

Au début de la guerre, en 1939-1940, Henri Mineur dirigea, dans le Laboratoire d’astrophysique, un bureau de calcul numérique pour la Défense nationale. D. Barbier, dans la notice nécrologique qu’il lui consacra, souligne son patriotisme et son goût pour les choses militaires : il rappelle qu’Henri Mineur fut engagé volontaire en 1940 et qu’il entra dans la Résistance. Arrêté à Paris en mars 1942 par les Allemands, puis relâché trois jours plus tard, il fut soupçonné par certains de ses camarades d’avoir été responsable des arrestations qui survinrent dans son réseau. Sa conduite fut reconnue inattaquable (il reçut la médaille de la Résistance) mais certains de ses camarades le tinrent toujours en suspicion.

En 1946, Henri Mineur — qui avait été révoqué par le gouvernement de Vichy — retrouva son poste de directeur de l’Institut d’astrophysique qu’il conserva jusqu’à sa mort en mai 1954. Ses travaux qui avaient porté surtout sur l’astronomie stellaire se concentrèrent alors sur la mécanique stellaire. Toujours tenu en suspicion, il ne put militer au PC ou dans les organisations proches de ce parti.

Marié en 1926 à Paris avec Suzanne Fromant, Henri Mineur se remaria à Gabrielle Cloche en 1930.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article122408, notice MINEUR Henri, Paul par Nicole Racine, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 29 juin 2020.

Par Nicole Racine

ŒUVRE CHOISIE : Bibliographie de ses travaux scientifiques dans Titres et travaux scientifiques de Henri Mineur, Centre de documentation universitaire, 1937, 67 p. ronéotées. — « La mécanique et l’astronomie », A la lumière du marxisme (Essais). Sciences physico-mathématiques, sciences naturelles, sciences humaines, Éditions sociales internationales, 1935, pp. 39-106. — « Galilée. Son œuvre. A propos du tricentenaire de la condamnation de Galilée », Les Cahiers rationalistes, décembre 1933. — Les héros de la Roumanie antifasciste, [1936].

SOURCES : Arch. Nat. 72 AJ 36. — Fonds Paul Langevin, École supérieure de physique et de chimie industrielle. — W. Drabovitch, Les intellectuels français et le bolchevisme. La Ligue des droits de l’Homme, le néo-marxisme universitaire. Quelques grands intellectuels, A. Gide, Romain Rolland et certains autres, Paris, Les Libertés françaises, 1937, 219 p. — Who’s who in France ? 1953-1954, J. Laffite. — Dictionnaire des contemporains, 1954, Pharos. — Curriculum vitae scientifique et militaire de H. Mineur, Institut d’astrophysique de Paris, 14 p., s.d. — D. Barbier, Henri Mineur, Annales d’astrophysique, tome 17, 1954. — Contributions de l’Institut d’astrophysique de Paris, série B, n° 10. — G. Cogniot, Parti pris, cinquante-cinq ans au service de l’humanisme réel, t. I. D’une guerre à l’autre, Éditions sociales, 1976, 540 p. — Paul Labérenne, « Le Cercle de la Russie neuve (1928-1936) et l’Association pour l’étude de la culture soviétique », La Pensée, juin 1979, pp. 12-25. — Lettre d’Évry Schatzman, 21 janvier 1985.

ICONOGRAPHIE : D. Barbier, Henri Mineur, op. cit.

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