MISSA Francis, Raphaël

Par Olivier Dedieu, Jacques Girault, Gilles Morin

Né le 28 février 1901 à Saint-Raphaël (Var), mort le 15 octobre 1992 à Fréjus (Var) ; négociant en musique puis journaliste ; militant socialiste ; résistant ; inspecteur général de la Radio-télévision française.

Son père, Edmond Missa (1861-1910), originaire de la Marne, organiste, compositeur de musique, fut mentionné entre 1880 et 1889 par le jury du Grand prix de Rome. Sa mère, issue d’une famille très bourgeoise, était surnommée la « Louise Michel ». Francis Missa, violoniste à Paris jusqu’en 1930, s’installa à Saint-Raphaël (commune d’origine de sa mère et de son épouse, mariage en janvier 1925 dans cette ville) comme professeur de violon. Il y créa une école de musique et une chorale. Tout en étant négociant en musique à Montpellier (Hérault), membre de la CGT et du Parti socialiste SFIO depuis 1919, ami de Jean Charlot, il représenta la section socialiste SFIO de Saint-Raphaël dans des congrès de la fédération socialiste SFIO du Var dont celui du 24 juin 1933. Il participa à la reconstitution du Parti après la scission des « néos ». Membre de la Ligue des droits de l’Homme, Franc-maçon, il représenta la loge « Le Niveau » (Grande loge de France) de Saint-Raphaël à des convents à la fin des années 1930.

Devenu secrétaire des émissions à la station radiophonique de Montpellier-Languedoc en 1936, Missa appela le personnel à faire grève en novembre 1938 et à cotiser pour les grévistes.

Mobilisé le 2 septembre 1939 comme secrétaire à Montpellier, Missa fut nommé sergent, puis fut démobilisé le 20 juillet 1940. Révoqué par le gouvernement de Vichy le 31 décembre 1940 en raison de son appartenance à la Franc-Maçonnerie, à la fin de 1941, il n’avait toujours pas d’emploi et son épouse était employée dans un centre de ravitaillement.

Après une première réaction individuelle (rédaction de tracts), avec des militants de la section socialiste de Montpellier, dont Louis Cauvet qui mourut en déportation et Albin Taxidor*, dès l’automne 1940, ils cherchèrent à s’organiser et il entra dans le groupe « Liberté », qui devait donner naissance au réseau « Combat ». Parallèlement, par l’intermédiaire de Jules Moch (ou André Philip), il rencontra Pierre Stibbe qui cherchait à développer « Libération-Sud » dans la région. Membre des deux organisations, il opta définitivement pour la deuxième, jugeant « Combat » trop à droite. Adjoint de Pierre Stibbe, chef régional, il lui succéda au départ de celui-ci en novembre 1942. S’appuyant sur ses connaissances socialistes ou maçonniques, sous les pseudonymes de « Leveillé », « Lapostole » ou « Ite », il contribua au développement de « Libération » qui devint le deuxième mouvement de la région. En contact avec Louis Trégaro, il assista « Libérer et Fédérer » dont il distribua le journal et qu’il aida financièrement. Parallèlement, il soutint le développement de « Franc-Tireur » dont il fut l’un des premiers correspondants. Au titre de responsable de « Libération-Sud » en R3, il intégra le directoire des Mouvements unis de Résistance, qui devint Mouvement de Libération nationale à la création de celui-ci. Missa entra en conflit avec Gilbert de Chambrun, estimant que ce dernier devenait crypto-communiste. Il recruta, avec Antoine Avinin, Henri Noguères, comme chef régional de « Franc-Tireur » pour rééquilibrer le directoire des MUR, afin de contrer Gilbert de Chambrun et l’influence communiste montante dans « Libération », mais aussi de défendre les intérêts des socialistes. Tous deux, avec Louis Torcatis, ancien communiste devenu socialiste, disposaient, selon Noguères, de l’atout majeur que représentait les équipes régionales des Groupes Francs. Malgré son ancienneté résistante, il n’obtint pas la présidence de cet organisme, face à l’opposition de « Combat » mais aussi au faible soutien apporté par sa direction nationale. Finalement, Gilbert de Chambrun* obtint cette direction, engendrant une lutte d’influence féroce entre socialistes et communistes. Noguères et Missa obtinrent que de Chambrun ne devienne pas le futur commissaire de la République et la reconnaissance du Parti socialiste SFIO au sein du Comité régional de Libération. Néanmoins, malgré l’appui de la direction des CFL et du chef régional FFI, les socialistes, se sentant progressivement mis en minorité, quittèrent le directoire pour obtenir une affiliation directe au réseau action R3 du DMR.

Selon Henri Noguères* avec lequel il devait rester très lié par la suite, Missa détenait dans les mouvements de Résistance de zone-Sud, la place du militant ayant exercé sans interruption, toujours dans la même région, les mêmes responsabilités régionales. Cumulant engagement partisan et résistant, il se montrait partisan de l’action immédiate et d’une répression effective de la collaboration.

Membre du Comité d’action socialiste dès son origine en 1941, Missa joua un rôle important dans la reconstitution du parti dans la région Languedoc : responsable régional du CAS dans la région R3 (Gard, Hérault, Aude, Aveyron, Lozère, Pyrénées-Orientales), membre du premier comité directeur du Parti socialiste SFIO clandestin et responsable régional (délégué national) de la SFIO dans la région de Montpellier en 1944. Avec Noguères, Daniel Mayer et Gaston Defferre, il échappa de peu à une souricière à Lyon en mars 1944. Suzanne Buisson, qui avait contribué à les prévenir, fut arrêtée et ne devait plus jamais revenir. Le 9 juin 1944, les trois membres du directoire régional du MLN, Chambrun, Missa et Noguères accueillirent la mission « Isotrope » des alliés et lancèrent des opérations de sabotages, de guérilla et de harcèlement des Allemands, en évitant le choc frontal.

Missa représentait le Parti socialiste SFIO au sein du Comité régional de Libération. En novembre 1944, il fut membre de la commission de vérification des mandats au Congrès national extraordinaire de la SFIO de novembre 1944, comme représentant du Comité zone-sud. Pendant quelques années, il fut membre de la loge du Grand Orient de France de Villefranche-de-Rouergue à l’initiative de Paul Ramadier qu’il avait côtoyé en 1943-1944 dans la résistance et le CAS.

La carrière professionnelle et politique de Missa fut, à l’issue de la guerre, principalement consacrée aux médias. Dès septembre 1943, avec Henri Noguères, il fut chargé par le comité directeur du MLN et le GPRF d’organiser clandestinement la radio, et fut à l’origine du réseau « Chaîne Duvernois » chargé de la mise en place d’émetteurs clandestins susceptibles d’être utilisés lors de la Libération. Il prit part à la rédaction du Cahier bleu préparant la mise en œuvre de la Radiodiffusion française. En 1944, il créa Le Populaire du Bas-Languedoc, Rouergue et Roussillon dont il fut propriétaire et directeur politique et qu’il légua à la fédération socialiste de l’Hérault lors de son départ en novembre 1945.

Installé à Paris, Missa inaugura ses nouvelles fonctions d’Inspecteur général de la Radio française puis de la Radio-télévision française tout en assumant un rôle de conseiller technique auprès des ministres socialistes. En 1946, il fut membre du cabinet d’Albert Gazier en Algérie, en 1958, il devint conseiller au cabinet d’André Le Troquer, président de l’Assemblée nationale. La même année, il opéra un rapprochement avec les minoritaires du parti, qu’il ne suivit pas au Parti socialiste autonome. Il fut membre, au titre de l’Etat, des conseils d’administration (Sofirad, Radio Monte-Carlo, Havas publicité).

A la fin de 1968, Missa prit sa retraite mais resta administrateur de Technisonor dont il était actionnaire. Retiré à Saint-Raphaël, il continua à militer au sein de l’association des résistants de la RTF dont il avait été le président. Dans la loge de Saint-Raphaël où il avait été initié, il fut successivement 31e en 1951, 32e en 1954, 33e en 1989.

Commandeur de la Légion d’honneur, titulaire de la Médaille de la Résistance, Missa fut inhumé à Saint-Raphaël dans le caveau familial.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article122485, notice MISSA Francis, Raphaël par Olivier Dedieu, Jacques Girault, Gilles Morin, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 14 juin 2018.

Par Olivier Dedieu, Jacques Girault, Gilles Morin

SOURCES : Arch. Nat., F/7/15295. — Arch. Dép. Hérault, 91 J 15, 172 W 56, et Var, 4 M 59.2. — Arch. J. Charlot (Centre d’Histoire sociale du XXeme siècle). — Archives de l’OURS, dossiers Hérault. — Bulletin Intérieur de la SFIO, n° 80 et 87. — Presse locale et nationale. — Renseignements fournis par l’intéressé à J. Girault. — Lettres de M. Edmond Missa à O. Dedieu (17 septembre 1997 et 7 mars 2001). — DBMOF, notice par J. Girault. — Notes de Jean-Marie Guillon. — Gilbert de Chambrun, Journal d’un militaire d’occasion, Avignon, Aubanel, 1982 ; André Combes, La Franc-Maçonnerie sous l’Occupation, Paris, éditions du Rocher, 2001 ; Laurent Douzou, La Désobéissance, histoire du mouvement Libération Sud, Paris, Odile Jacob, 1995 ; Marie Granet et Henri Michel, Combat, Paris, PUF, 1957 ; Daniel Mayer, Les Socialistes dans la Résistance, Paris, PUF, 1968 ; Henri Noguères, Histoire de la Résistance, 4 tomes, Paris, Robert Laffont, 1967-1976.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément