MITARD Henri, Pierre, Baptiste

Par Jacques Cousin

Né le 25 octobre 1909 au Beugnon (Deux-Sèvres), mort le 25 février 1984 à Nice (Alpes-Maritimes) ; instituteur en Mayenne, puis conseiller d’orientation professionnelle ; militant syndicaliste ; militant socialiste.

Son père, qui était artisan menuisier, fut tué à la guerre en 1917 comme son fils aîné. Sa mère, très croyante, devint journalière agricole. Henri Mitard reçut les premiers sacrements catholiques. Pupille de la Nation, élève de l’école primaire supérieure de Parthenay (Deux-Sèvres), il entra à l’École normale d’instituteurs de Laval (Mayenne) avec la promotion 1927-1930 et en sortit avec le brevet supérieur. Il affirma son militantisme pacifiste en s’opposant à la préparation militaire qu’il cessa de suivre en deuxième année.

Mitard épousa uniquement civilement le 23 mars 1932 à Laval, Germaine Marion, une institutrice syndicaliste (voir Germaine Mitard*). Le couple eut deux enfants qui ne reçurent aucun sacrement religieux.

Mitard fut successivement instituteur à Bais jusqu’en 1936, puis à Saint-Pierre-sur-Erve (Mayenne) où il occupait aussi les fonctions de secrétaire de mairie.
Mitard adhéra au Parti socialiste SFIO en 1931, deux ans après sa femme. Secrétaire départemental du groupe des Étudiants socialistes, il représenta la section socialiste de Laval au congrès de la Fédération socialiste SFIO de la Mayenne le 8 juillet 1934. Le couple Mitard quitta le parti après les accords de Munich qu’ils n’approuvaient pas.

Mitard adhéra au Syndicat national (CGT) après son service militaire en 1931. Dans L’Amical, bulletin mensuel de la section mayennaise du SN de juin 1934, il souligna la nécessité de militer au sein du comité antifasciste créé le 22 février et enjoigna aux militants du Syndicat des membres de l’enseignement laïc (CGTU) comme à ceux du SN de réclamer aux instances nationales des deux syndicats d’enseignants de convoquer et réunir un congrès corporatif de fusion.

Lors de la réunion de la commission administrative de la section mayennaise du SN, le 12 juillet 1934, Mitard, Logeais, Quinton et Mourtiau annoncèrent leur intention de présenter une liste de protestation au moment des élections pour le renouvellement de la commission administrative. Ils voulaient dénoncer les mauvaises conditions de lancement de la grève contre le coup d’état fasciste du 6 février 1934. Les contestataires parurent rentrer dans le rang après les explications détaillées de Gresser*, secrétaire général de la section. Cependant, à l’assemblée générale du 18 octobre 1934, au nom des protestataires, Mitard présenta leurs revendications statutaires dans les cadres départemental et national. Finalement, le nombre total de candidats étant inférieur aux postes à pourvoir, tous les postulants, dont Mitard, furent élus. Dans L’Amical d’octobre 1935, il se prononça en faveur d’une participation de responsables syndicalistes à un gouvernement de Front populaire, cet appoint pouvant selon lui, d’être décisif pour sa réussite. Une commission mixte, de deux délégations de 10 membres chacune, se réunit le 24 octobre et le 21 novembre 1935 pour préparer l’assemblée générale de fusion. Mitard y assista au titre du SN. Les participants y discutèrent des futurs statuts du syndicat unifié et notamment de la législation sur laquelle il reposerait : loi de 1884 sur les syndicats ouvriers ou loi de 1901 sur les associations. L’assemblée générale de fusion se déroula le 5 décembre 1935 et trancha en faveur de la loi de 1884. Après adoption des statuts et désignation des délégués au congrès national de fusion, on procéda à l’élection de la commission administrative comprenant 10 ex-confédérés (parmi lesquels Mitard) et 6 ex-unitaires.

Le 12 décembre 1935, Mitard fut élu secrétaire général de la toute nouvelle section mayennaise du Syndicat national des instituteurs réunifié. En octobre 1936, La Voix Syndicale, organe de la section, publia son rapport moral. Le secrétaire se félicitait de la solidité de l’union réalisée l’année précédente. À cette date, le SNI comptait 444 membres. Jugeant ce chiffre insuffisant, il proposa d’atteindre les 600 adhérents pendant l’année scolaire 1936-1937. Dans le même bulletin, Mitard, qui venait de participer au congrès de Lille, critiqua le rapport moral d’André Delmas*, secrétaire national du SNI. La défense de la paix, selon lui, n’était abordée qu’au travers d’une « énumération de formules trop souvent rabâchées » et il regrettait que les mots « grève générale » ne soient pas prononcés. Au conseil syndical du 5 novembre 1936, il proposa que les huit membres à remplacer pour renouveler par moitié cette instance comprennent trois ex-unitaires et cinq ex-confédérés. Il fit partie de ceux dont le mandat fut reconduit pour un an. Cependant, au conseil syndical du 7 janvier 1937, ayant accepté un poste avec secrétariat de mairie à Saint-Pierre-sur-Erve, il invoqua de lourdes charges de travail pour annoncer sa décision de ne pas renouveler son mandat et fut remplacé par un ex-unitaire, René Sauleau*. Il resta à la commission administrative où il fut chargé du secrétariat de la commission d’éducation sociale.

En janvier 1938, le renouvellement de la CA eut lieu, non plus en assemblée générale, mais par un vote où chaque canton eut à élire son propre représentant. Mitard fut élu pour le canton de Sainte-Suzanne. À la réunion de la CA du 13 janvier 1938, l’élection du bureau le désigna comme secrétaire adjoint de la section dès le premier tour, par 9 voix contre 3 à Micard*, 1 à Sauleau* et 2 à Brunet. Un conflit ouvert (par tribune libre de La Voix Syndicale interposée) l’opposa à Micard à qui il reprocha de trop soutenir le bureau national. À l’assemblée générale du 30 juin 1938, il intervint pour critiquer le rapport moral du bureau national. Il critiqua l’insuffisance d’action pour les traitements, soulignant que les ouvriers avaient obtenu satisfaction par l’action directe et non par la collaboration. Selon lui, le désir de ménager le Front populaire avait conduit le SNI d’abandon en abandon. À l’issue de la réunion, en présence de Delmas, le rapport moral du bureau national fut approuvé par 85 voix contre 39 et 2 abstentions. Après ce vote, Mitard informa immédiatement le secrétaire de son intention de démissionner du poste de secrétaire adjoint. Les attaques de Micard* dans les colonnes de La Voix Syndicale d’octobre contre les minoritaires renforcèrent sa détermination. Démissionnaire à l’AG du 6 octobre suivant, Mitard se défendit toutefois d’appartenir à une tendance organisée en dépit de sa proximité avec « les Amis de l’École émancipée ». Remplacé provisoirement au poste de secrétaire adjoint par Micard, il ne se représenta pas à l’élection de la nouvelle CA, le 15 décembre 1938.

Mitard et sa femme figuraient parmi les 22 signataires de l’appel à la grève du 30 novembre 1938 lancé à leurs collègues mayennais. Il respecta son engagement et fit grève le 30 novembre. L’échec du mouvement lancé par le comité confédéral de la CGT entraîna de profonds bouleversements dans le fonctionnement de la section du SNI et notamment la démission de son secrétaire Rouillet*. Les 45 instituteurs grévistes mayennais furent sanctionnés par un retrait de 8 jours de traitement, perte compensée grâce à un vaste appel à la solidarité en leur faveur, lancé par la section départementale du SNI. La femme et les deux enfants de Fernando Pedro, membre du gouvernement basque, chassés du pays basque par le régime de Franco, furent accueillis au foyer des Mitard.

Mitard fut délégué à la première assemblée générale de la MAAIF, à Fontenay-le-Comte. Abonné aux publications de l’Ecole moderne (Célestin Freinet*), il s’intéressa, avec son épouse, au fonctionnement des écoles pratiquant ces méthodes. Ils s’en inspirèrent « pour rendre plus vivant, plus attrayant notre travail pour nous et nos élèves notre travail quotidien », mais « nous n’avons pas eu le courage de nous lancer dans cette aventure ». Abonné à L’École émancipée et à La Révolution prolétarienne, correspondant de La Patrie humaine, il participa, sans toutefois être initié, à des réunions franc-maçonnes.

Mobilisé en avril 1940, puis rendu à la vie civile, Mitard reçut, ainsi que sa femme, un blâme pour son engagement syndical, qualifié d’activités extra-scolaires illicites. Résistant, il adhéra au Front National en février 1944.
Peu de temps après la Libération, le 12 octobre 1944, Mitard réunit un petit groupe d’instituteurs mayennais pour relancer les activités de la section syndicale. Ils constituèrent un bureau provisoire dont le secrétariat lui fut confié. Le 23 novembre 1944, il accompagna Marthe Martinne*, Clément Durand* et Francis Robin* à l’inspection académique pour y réclamer des programmes scolaires nettement définis et la création d’une école nationale, libérée de tous les dogmes religieux, ainsi que la suppression des subventions aux écoles privées.

Peu après, Mitard partit comme stagiaire à l’institut national d’orientation professionnelle dont il obtint le diplôme en 1945. Il abandonna ses responsabilités dans le SNI et Robin accepta de le remplacer provisoirement après l’assemblée générale du 21 décembre 1944.
Retraité, avec son épouse, Mitard habitait Nice dans les années 1970.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article122504, notice MITARD Henri, Pierre, Baptiste par Jacques Cousin , version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 5 janvier 2012.

Par Jacques Cousin

SOURCES - Renseignements fournis à Jacques Girault en 1977. - Arch. dép. Mayenne, Fonds de la section départementale du SNI-PEGC, L’Amical, La Voix Syndicale, Feuille d’information du SNI (grand format, non datée, mais de 1944, imprimée en recto-verso). – DBMOF, notice par Jacques Omnes.

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