MONIER Charles, Jean

Par Jacques Girault

Né et mort à Bollène (Vaucluse), 5 décembre 1915- 27 novembre 2009 ; instituteur dans le Vaucluse puis dans la Drôme ; résistant ; militant communiste dans la Drôme et du Vaucluse, conseiller municipal de Valence, adjoint au maire de Bollène.

Son père, ouvrier potier de la Drôme, devenu fabricant de poterie au hameau de La Croisière à Bollène, blessé grièvement pendant la Première Guerre mondiale, conseiller municipal communiste, lors de la crise, redevint ouvrier à l’usine Valluy (briques réfractaires) avant de décéder de silicose en juin 1937. Sa mère, Augustine Monier*, originaire de la région parisienne, "sans profession", communiste, transforma l’atelier de la poterie en restaurant et devint gérante de la recette des postes dans le hameau de La Croisière.

Charles Monier, élève du cours complémentaire de Bollène, entra à l’Ecole normale d’instituteurs d’Avignon (Vaucluse) en 1931 où il refusa de suivre la préparation militaire. Titulaire du brevet supérieur, instituteur, syndiqué depuis 1934, il demanda un poste dans la Seine, département déficitaire. Il enseigna en 1934-1935 à l’école du Centre à Romainville (Seine, Seine-Saint-Denis), la presse annonçant, à la fin de 1934, qu’il était le plus jeune instituteur de France. Il fut muté à l’école Jules Ferry à Clamart (Seine, Hauts-de-Seine) où il habitait chez sa tante et son oncle, employé à la Société des transports en commun de la région parisienne. Il adhéra aux Jeunesses communistes en 1934 à Clamart et devint responsable des pionniers qui participèrent, avec lui, au défilé commémoratif, le 12 février 1935 à Paris. Il suivit les cours de l’Université ouvrière.

Monier effectua son service militaire dans les chasseurs alpins à Menton (Alpes-Maritimes) à partir d’octobre 1936. Il suivit le peloton d’élève-officier de réserve mais resta soldat de première classe en raison de ses antécédents politiques dans un régiment de tirailleurs algériens à Avignon (novembre 1937- octobre 1938).

Monier retrouva un poste d’instituteur en novembre 1937 à Bollène. Membre du Syndicat national des instituteurs, militant des "Amis de l’École émancipée", gréviste le 30 novembre 1938, il fut sanctionné d’une retenue de huit jours de salaire. A la suite du décès d’un jeune communiste qui effectuait son service militaire en janvier 1939, il prononça un discours antimilitariste. L’inspecteur d’Académie lui infligea un blâme oral.

Monier adhéra au Parti communiste à la fin de 1937. Il animait un Comité de loisirs pour organiser des bals ou tenir des réunions de jeunes dans la salle du café-restaurant de sa mère au hameau de La Croisière. Il fut accusé d’avoir organisé un bal, le 14 juillet 1939, où fut chantée l’Internationale. Aussi, le commissaire spécial proposa-t-il de l’inscrire comme "présumé révolutionnaire" (PR).

Il fut mobilisé à Avignon en septembre 1939 au 27eme régiment de Tirailleurs algériens où ses lettres furent saisies et on lui reprocha ses propos défaitistes et antimilitaristes. Il fut envoyé dans les Ardennes et sur la frontière de la Sarre, avant d’être démobilisé le 28 juillet 1940. Mais pour avoir participé lors d’une permission à Bollène à une réunion du comité de loisirs, suspecté d’avoir reconstitué une organisation interdite, il avait été suspendu de ses fonctions d’instituteur à la suite d’un arrêté préfectoral de février 1940. Rendu à la vie civile, il ne reprit pas son poste d’instituteur. Réintégré dans l’enseignement avec rétrogradation de la cinquième à la sixième classe, il fut déplacé en octobre 1941 à Valsaintes (Alpes-de-Haute-Provence) et rejoignit ce poste à l’école du hameau de Boulinette au début de 1942 et en mai fut réintégré dans la cinquième classe.

Monier se maria civilement en décembre 1940 à Bollène avec Andrée Blachère (voir Andrée Monier), qu’il avait connue au comité de loisirs. Sans profession, fille d’une commerçante et d’un cultivateur décédé en 1933, elle devint une militante communiste en 1943. Le couple eut une fille en novembre 1941 qui reçut seulement le baptême catholique pour satisfaire la famille maternelle.

Charles Monier était, depuis octobre 1940, responsable des jeunesses communistes du Vaucluse et responsable politique de la section communiste de Bollène en 1940-1941. Pendant l’été 1941, des arrestations à Avignon le privèrent de ses contacts avec le Parti. Il les renoua en juillet 1943 au cours de vacances à Bollène. La répression contre la Résistance locale s’accentuant à la demande du Parti, il quitta, avec sa famille, son domicile en septembre 1943 pour Valence (Drôme) "avec mission d’organiser la Résistance dans cette ville où je n’étais pas connu". Après avoir été de septembre 1943 à février 1944 "polo" du secteur Vaucluse sous le pseudonyme d’« Oreste », en février 1944, il devint responsable à l’organisation et à la propagande dans le triangle de direction de la région Drôme-Ardèche avec Denis Bizot*. En août 1944, passé aux FTPF, il séjourna à Marseille, puis retourna à Valence et participa à sa libération, le 29 août.

Monier fut désigné par les milices patriotiques pour siéger au conseil municipal provisoire de Valence. En mai 1945, pour les élections municipales, il figurait sur la liste communiste qui n’eut pas d’élus.

En congé pout convenances personnelles de 1945 à 1951, Monier, membre du secrétariat de la fédération communiste de la Drôme, responsable de l’organisation et de l’éducation, dirigea l’hebdomadaire fédéral La Voix populaire de la Drôme. Après avoir suivi le stage d’éducateurs à Arcueil (Seine) en juin 1946, pressenti pour qu’il accepte la responsabilité d’instructeur à la section centrale d’éducation, il refusa par lettre, le 26 novembre 1946, en raison de la santé de son épouse, angoissée par la perspective de vivre dans la capitale. Il suivit l’école centrale d’un mois du PCF à la fin de 1947. Il resta membre du secrétariat fédéral, puis fut désigné pour le seul bureau fédéral. Il donnait des cours à l’école fédérale du PCF. Secrétaire de la section communiste de Valence en 1950-1951, il reprit son poste d’instituteur dans le Vaucluse à Bollène (école de la cité IV) en novembre 1951 où il redevint secrétaire de la section communiste de Bollène. Il demanda sa mutation professionnelle pour la Drôme et fut nommé instituteur à Bourg-les-Valence en 1952, puis à Livron. En 1954, il obtint la direction de l’école de Saint-Paul-Trois-Châteaux, poste qu’il occupa jusqu’à sa retraite en 1973. Il vécut les transformations de la société locale avec le développement du site nucléaire du Tricastin et l’école de garçons passa de trois à dix classes pendant la durée de sa direction.

Monier, toujours adhérent du Syndicat national des instituteurs, devint membre du bureau départemental de la FEN-CGT en octobre 1952. Il militait aussi dans le mouvement laïque et fut le secrétaire adjoint de l’association laïque de Saint-Paul-Trois-Châteaux (patronage, ciné jeunesse).

Monier réintégra le bureau de la fédération communiste en 1954, puis fut désigné au seul comité fédéral à partir de 1956 en raison de son éloignement de Valence. Membre du comité (1955-1958, puis 1963-1964) puis secrétaire (1958-1963) de la section communiste de Saint-Paul-Trois-Châteaux, il participa au bureau fédéral de la Drôme en 1961-1964, puis le comité fédéral à partir de 1965 où il fut réélu jusqu’à son départ de la Drôme en 1972. Lors d’une réunion du comité fédéral en septembre 1965 consacrée à l’élection présidentielle, Pierre Villon* qui suivait la fédération, nota que Monier disait "souvent des choses raisonnables". Plus tard, le 27 octobre 1968, il donna raison au PCF pour sa réaction dans l’affaire tchèque et ajouta "ce qui a été le plus difficile à admettre pour moi c’est qu’un différend puisse exister entre le PCF et le PCUS".

Militant de l’Association républicaine des anciens combattants, de l’Association nationale des anciens combattants de la Résistance, de l’amicale des anciens FTPF, du Mouvement de la paix, Monier fut élu conseiller municipal de Valence en novembre 1947.

Monier, candidat communiste aux élections législatives dans la deuxième circonscription (Montélimar), obtint en 1962 7 969 voix sur 54 761 inscrits. Son épouse (Andrée Monier) fut candidate en 1967 (8 714 voix sur 60 795 inscrits) et en 1968 (7 629 voix sur 60 660 inscrits). Chaque fois, ils se désistèrent pour le candidat socialiste Maurice Pic* qui retrouva toutes leurs voix. Malade, il ne fut pas candidat à l’élection partielle en 1971. Il fut candidat au conseil général en 1970 dans le canton de Saint-Paul-Trois-Châteaux.

Retraité en 1973, Monier s’installa à Bollène où il avait acheté une maison, la "Frigoulette" en 1964. Élu conseiller municipal de Bollène en 1977, en 1983 sur la liste d’union de la gauche "Bollène et ses quartiers", il fut adjoint au maire communiste Georges Sabatier, responsable des finances, et président du groupe communiste du conseil municipal. En 1989, il se représenta sur la liste conduite par le maire sortant avec seulement une partie des conseillers municipaux, dont Monier, le Parti socialiste présentant une liste qui l’emporta au deuxième tour. Élu, il ne fit plus partie de la majorité municipale.

Monier adhéra au SNUIPP au début des années 1990. Plus tard, comme il l’avait déjà fait pour d’autres injustices locales, il suscita une action collective, qui fut victorieuse, contre les tarifs imposés par la Lyonnaise des eaux. Il continuait par ailleurs à verser sa participation aux diverses souscriptions organisées par le PCF et la presse communiste.

Monier, dans les dernières années de sa vie, anima la confection d’une plaquette d’ "Hommage aux Résistants bollénois" et la rédaction d’un ouvrage collectif de l’association "Les amis de la Résistance" qu’il avait contribué à créer affiliée à l’Association nationale des anciens combattants de la Résistance, Les chemins de la Résistance à Bollène et dans le canton (1939-1944), (Dolfin, 2002). Dans celle-ci, il publia des extraits de son journal pendant sa mobilisation en 1939-1940 et des documents sur sa révocation en 1940. Il donnait de nombreuses conférences dans les établissements scolaires. Il écrivit aussi en 2005 Bollène au temps où fumaient les cheminées. Une mémoire ouvrière, (Association Bollène, information, pluralisme) et termina en 2007 son autobiographie.

Lors de ses obsèques civiles, la famille, selon sa volonté, demanda de soutenir financièrement l’Humanité ou le Secours populaire français.

La cellule du PCF de Bollène portait le nom d’Andrée et Charles Monier depuis 2012 avec l’accord de sa fille.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article122724, notice MONIER Charles, Jean par Jacques Girault, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 7 septembre 2016.

Par Jacques Girault

SOURCE : Arch. Dép. Vaucluse, 1 M 825, 826, 10 M 36. — Arch. Mun. Bollène (Blandine Augier), 142 W 3, 301 W 3, 4. — Archives du comité national du PCF. — DBMOF, notice par François Roux. — Contre vents et tempêtes, l’espoir guidait leurs pas, autobiographie éditée par sa fille en 2011 (236 p.). — Sites Internet sur Bollène, la Drôme et Charles Monier. — Renseignements fournis par sa fille, Mireille Monier-Lovie. — Chaffel (Alain), Les communistes de la Drôme de la Libération au printemps 1981, Paris, L’Harmattan, 1999 . — Presse nationale. — Notes de Gilbert Ramière.

ICONOGRAPHIE : Charles Monier en 1962, Charles Monier, photo d’identité vers 2000. Andrée et Charles Monier en 2005

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