MONTAGNE Eugène, Joseph, Claudius

Par Jacques Girault

Né le 21 mars 1888 à Toulon (Var), mort le 26 février 1969 à Six-Fours ; fonctionnaire ; maire socialiste de Six-Fours (1935-1941, 1947-1965) ; conseiller général socialiste SFIO du canton de La Seyne (1949-1955).

Eugène Montagne dans son bureau à la préfecture de Marseille en 1931
Eugène Montagne dans son bureau à la préfecture de Marseille en 1931

Fils d’un débitant de tabacs, originaire de l’Ardèche, installé à Six-Fours et conseiller municipal de gauche, Eugène Montagne reçut les premiers sacrements catholiques. Il fit ses études au lycée de Toulon et à la faculté de droit d’Aix. Il s’inscrivit comme avocat au barreau de Toulon en 1913. Après son service militaire en Corse (1908-1910), puis après avoir fait toute la guerre dans l’Infanterie coloniale, il entra en 1919 dans l’administration préfectorale à Marseille comme rédacteur. Il devint chef de bureau et en 1931, inspecteur du travail, publia plusieurs ouvrages sur la législation du travail. Il soutint une thèse à la faculté d’Aix publiée en 1924 sous le titre La Fonction industrielle du port de Marseille. Il devint directeur du service départemental de la main-d’œuvre à la préfecture de Marseille.

Eugène Montagne se maria religieusement en avril 1914 à Marseille. Veuf, il s’y remaria en novembre 1921. Divorcé, il y fit de même en avril 1931.

Lors de sa campagne électorale, Le Populaire du Var, le 8 juin 1935, publia sa lettre à Pierre Renaudel, où, en 1930, il sollicita son admission au Parti socialiste SFIO, écrivant notamment :
"Il est nécessaire d’être poussé et étayé par des appuis politiques efficaces. Où en trouverai-je de plus sûrs et de plus actifs que dans le Parti qui représente la classe sociale dont je suis issu ?"
Après avoir participé aux congrès fédéraux de 1933, Montagne suivit Renaudel à la fin de 1933 au Parti socialiste de France et devint l’un des principaux animateurs du nouveau parti dans la région toulonnaise où le Parti socialiste SFIO avait conservé des forces.

À Six-Fours, le maire socialiste SFIO l’emporta en 1929 à la tête d’une liste d’union composée de socialistes SFIO et de radicaux-socialistes. La scission provoqua des renversements d’alliances. Eugène Montagne constitua une liste "d’action républicaine et sociale" avec des socialistes dissidents et l’appui du cercle des Campagnards, de nuance radicale-socialiste. Le 5 mai 1935, elle l’emporta contre celle du maire sortant, Eugène Montagne arrivant en tête avec 532 voix sur 1 298 inscrits. Il fut élu maire le 19, bien que demeurant à Marseille. Ayant obtenu l’autorisation préfectorale de s’absenter tous les jeudis (par erreur selon le témoignage de Madame Montagne). Plus tard, le commissaire spécial de Toulon indiqua qu’il se rendait à Six-Fours, "par intermittence le dimanche". Il vint habiter Six-Fours après se retraite en 1940.

Renaudel, sur son lit de mort, aurait souhaité que le nouveau maire de Six-Fours reprenne le flambeau selon le témoignage de l’épouse d’Eugène Montagne qui fut désigné comme candidat aux élections législatives complémentaires dans la deuxième circonscription de Toulon. De nombreux amis politiques de Renaudel vinrent lui apporter leur appui au cours de la campagne électorale (René Gounin, Marcel Déat entre autres). Les polémiques atteignirent des sommets d’autant plus qu’il était la cible privilégiée du Parti socialiste SFIO et du Parti communiste. Par exemple, Léo Lagrange, dans une réunion contradictoire à La Seyne, utilisa notamment la lettre écrite à Renaudel dans laquelle il aurait déclaré, selon le député du Nord, "qu’il ne suffisait pas d’être un bon fonctionnaire pour arriver, mais qu’il fallait aussi des protections politiques". Ce jour-là, le communiste François Billoux le traita d’"affairiste qui s’est servi de la politique comme d’un tremplin pour arriver à une haute situation administrative". Le candidat communiste ne cessa de l’appeler le "candidat équivoque". Son programme, placé sous "l’invocation de Jean Jaurès" le désignait implicitement comme le seul successeur de Renaudel. On y retrouvait les thèmes chers aux néo-socialistes, "réorganiser l’État, rajeunir les rouages, restaurer sa puissance", "pour une démocratie libérée : anticapitalisme", "pour une démocratie nationale [...] et pacifique". Le 23 juin 1935, arrivé en deuxième position avec 2 963 voix sur 19 638 inscrits précédant le socialiste SFIO, il se retira "purement et simplement", n’appelant pas à voter pour le communiste Jean Bartolini, arrivé en tête. Il ne participa pas à la campagne de la gauche en faveur de ce dernier pour le deuxième tour.

Désigné à nouveau comme candidat par le congrès de l’Union socialiste et républicaine du 9 février 1936, Eugène Montagne se plaça sous le double patronage de la "pensée de Pierre Renaudel" et du Front populaire. Aux termes d’une campagne moins agitée, le 26 avril 1936, en deuxième position avec 3 821 voix sur 20 335 inscrits, il se désista pour le député sortant communiste arrivé en tête. Deux ans plus tard, le 14 février 1938, un arrêté préfectoral le désigna pour la commission de constatation des salaires normaux.

Des heurts entre son épouse, qui avait été membre des Jeunesses socialistes à Six-Fours, et la section de la Légion s’ajoutèrent aux nombreux incidents. Eugène Montagne proposa aux conseillers municipaux de démissionner collectivement, en mai 1941. Peu de temps auparavant, il adhéra aux "Amis de L’Effort, journal de Charles Spinasse. À la Libération, il aurait refusé la proposition de reprendre son poste de maire. Il ne réadhéra au Parti socialiste SFIO que dans le courant de 1945. Réélu à la tête d’une liste d’union à majorité socialiste SFIO en octobre 1947, il devait conserver son poste de maire jusqu’en 1965 où, malade, il ne se représenta pas.

Eugène Montagne devint conseiller général du canton de La Seyne, après avoir obtenu, le 20 mars 1949, 4 187 voix sur 16 751 inscrits. Président de la commission départementale, membre des commissions des finances, de l’hydraulique, des bourses scolaires, de gestion des fonds de la caisse départementale scolaire (Loi Barangé), du tourisme, il fut délégué du Conseil général à la commission d’adjudication des travaux et fournitures pour le compte du département, au comité technique des transports, à la commission consultative du port de commerce de Toulon, à la commission d’expropriation des terrains en vue de travaux d’utilité publique, à la commission de surveillance de la maison maternelle départementale du Pradet, à la commission de constatation des salaires normaux et courants, au comité de patronage et au conseil d’administration de l’Office des HLM du Var, au syndicat des communes du littoral du Var. De plus, il participa à diverses commissions interdépartementales (Hydraulique, PTT, Compagnie des chemins de fer de Provence, Comité consultatif du service d’hygiène social). Vice-président de l’assemblée départementale, secrétaire du groupe socialiste, il perdit son siège au renouvellement d’avril 1955, après avoir obtenu 4 717 voix sur 19 749 inscrits au premier tour.

Eugène Montagne figura en cinquième position sur la liste "d’union socialiste et de défense républicaine. Parti socialiste SFIO (apparentée au MRP, au Parti radical-socialiste, Indépendants et paysans)" aux élections législatives de 1951. La liste, le 17 juin 1951, eut deux élus et 41 081 voix sur 218 459 inscrits, Montagne obtenant personnellement 40 864 voix (quatrième position). Il fut aussi candidat suppléant de Frank Arnal, aux élections législatives du 23 novembre 1958, dans la quatrième circonscription du Var (Sud-Ouest varois), qui obtint 8 940 voix, puis 8 252 voix sur 72 223 inscrits.

Non membre du comité fédéral socialiste SFIO, mais désigné comme représentant du conseil général au comité fédéral en septembre 1950, Eugène Montagne joua un grand rôle dans la vie de la Fédération socialiste SFIO, notamment dans la période où il assura le secrétariat du groupe socialiste au conseil général, intervenant dans les congrès au nom du groupe. Il condamna le rapprochement à Toulon entre communistes et socialistes (voir Edouard Le Bellegou) en 1955. Sollicité de faire acte de candidature pour les élections législatives de 1956, il refusa par lettre, le 13 novembre 1956, condamnant implicitement la nouvelle orientation du Parti. Lors du congrès fédéral du 7 septembre 1958, il se prononça pour une réponse positive au référendum.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article122838, notice MONTAGNE Eugène, Joseph, Claudius par Jacques Girault , version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 24 juin 2018.

Par Jacques Girault

Eugène Montagne dans son bureau à la préfecture de Marseille en 1931
Eugène Montagne dans son bureau à la préfecture de Marseille en 1931

ŒUVRE : La Fonction industrielle du port de Marseille, thèse, Marseille, imprimerie de Barlatier, 1924, 191 p.

SOURCES : Arch. Dép. Var, 18 M 98, 99, 3 Z 2 6, 4 20, 4 32, 167. — Renseignements fournis par l’épouse de l’intéressé. — Arch. Jean Charlot (Centre d’histoire sociale du XXeme siècle). — OURS, département du Var. — Notes de Jean-Marie Guillon et de Salvator Liberace.

ICONOGRAPHIE : Eugène Montagne dans son bureau à la préfecture de Marseille en 1931.

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